Réduire la dépense publique est une chance, pas une obligation

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Francois Facchini.
Francois Facchini. (Crédits : DR)
La taille du secteur public en France fait débat. Or contrairement à ce qui est souvent dit et écrit, réduire la dépense publique ce n'est pas appliquer un programme de rigueur, c'est au contraire desserrer la contrainte politique qui pèse sur les choix de consommation de chacun et créer ainsi des opportunités pour les entrepreneurs. Par François Facchini, professeur agrégé des Universités, Centre d'économie de la Sorbonne, Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Parmi les sujets de l'élection présidentielle d'avril 2017 il y a naturellement la taille du secteur public et la composition des dépenses. Naturellement parce que la loi de finance est au cœur de la vie politique. La taille du secteur public conduit à s'interroger sur l'arbitrage financement public - financement privé. La composition des dépenses publiques traite de nos choix de consommation. Souhaite-t-on consommer de l'éducation, de la défense nationale ou réaménager notre salle de bain ?

La taille du secteur public en France représentait 57,3% de la production intérieure brute (PIB) en 2015. Ce niveau est historiquement à son plus haut. Ce ratio, dépenses publiques totales, soit la somme des dépenses de l'Etat central, des administrations de sécurité sociale et des administrations publiques locales sur PIB, était de 14,22% en 1895, et de 39,65% en 1973.

Les conséquences productives souvent débattues

Cet élargissement de la taille du secteur public n'est pas sans conséquence productive, d'une part, et allocative, d'autre part. Les conséquences productives sont souvent débattues. La Courbe de BAR, du nom de trois économistes américains Barro-Armey-Ram montre qu'il existe une relation en U inversé entre la taille du secteur public et la croissance de la production. Au-delà d'un certain seuil, la dépense publique et sa structure ont un effet net négatif sur la dynamique de la production. En France, on estime qu'au-delà de 30% la taille du secteur public ne maximise plus le potentiel productif du pays. La figure 1 (ci-dessous) illustre cette relation en U inversé pour la France à partir du calcul des moyennes sur dix ans depuis 1896 des taux de croissance du PIB et des moyennes du ratio dépenses publiques sur PIB. Il permet de dessiner la courbe de BAR pour la France.

Figure 1

La Courbe de BAR pour la France ou la relation croissance/taille du secteur public (1896-2015)

graphique dépense publiques

Source : actualisation du travail de Facchini et Melki  publié dans l'European Journal of Political Economy en 2013.

Une telle relation fait encore l'objet de discussions parmi la communauté des économistes, mais elle rappelle avec certitude qu'un euro public dépensé n'a pas toujours un effet net positif. Un euro public dépensé au-delà d'un certain seuil crée moins de richesse qu'il n'en détruit. Il crée moins d'emploi qu'il n'en détruit.

Des quantités trop importantes de biens publics

Une telle situation arrive dès que l'Etat et plus généralement les acteurs publics produisent des biens qui ne relèvent pas de leurs prérogatives et/ou mettent à la disposition des citoyens des quantités trop importantes de biens publics. La définition des prérogatives du secteur public est l'objet de la théorie économique de la frontière de l'Etat et du marché. Avec l'effondrement du modèle soviétique, il est admis que le marché a sa place dans la production et l'affectation des richesses. Peu d'économistes aujourd'hui soutiennent que le marché et les entreprises ne produisent pas correctement des automobiles, du pain, des installations électriques ou des médicaments. La conséquence est qu'au-delà d'un certain seuil le secteur public commence à produire et à financer des biens que le secteur privé pourrait produire en quantité suffisante, et à moindre coût. Cela permet de rappeler que la mission des entreprises est aussi de répondre aux besoins sociaux. Lorsque les agriculteurs produisent du lait, ils répondent à une demande sociale. Lorsque les producteurs d'automobiles produisent des voitures hybrides, ils donnent une solution aux préoccupations écologiques des consommateurs-citoyens. Le risque alors d'un secteur public trop important est qu'il utilise plus de ressources que les entreprises pour produire la même quantité de biens et de services et/ou qu'il  produise des services publics qui ont moins de valeur pour les consommateurs que la plupart des biens qu'ils pourraient acheter sur le marché. Laisser le taille du secteur public croître jusqu'à un ratio dépenses publiques totales sur PIB de 100% serait tout simplement soutenir que le marché et l'entreprise doivent totalement s'effacer devant l'Etat et ses administrations. Ce serait défendre qu'il n'y a pas de frontière Etat-marché, que seul l'Etat est compétent.

Un moyen d'améliorer l'efficacité productive du pays

Lors du choix politique de 2017, chaque électeur doit ainsi avoir conscience que la réduction des dépenses des administrations publiques est un moyen d'améliorer l'efficacité productive du pays, autrement dit de redonner du pouvoir d'achat et des opportunités de gain pour les entrepreneurs. Les administrations publiques rendent bien des services à la nation, mais avec un coût en terme de croissance qui aujourd'hui obère durablement nos choix futurs.

Les électeurs doivent aussi avoir conscience que la baisse des dépenses publiques est un moyen de redonner au consommateur son pouvoir de choix. Si le ratio dépenses publiques sur production était de 100%, l'ensemble des biens et des services consommé serait le résultat d'un choix politique. Je devrais peut-être renoncer à acheter des meubles parce que l'Assemblée nationale a décidé que je devais consommer de l'éducation ou des installations sportives. Réduire la dépense publique, c'est en ce sens redonner à chacun le droit de choisir ce qu'il fait de son argent. C'est redonner au consommateur sa souveraineté. Contrairement à ce qui est souvent dit et écrit, réduire la dépense publique ce n'est pas, par conséquent, appliquer un programme de rigueur ou « se serrer la ceinture », c'est au contraire desserrer la contrainte politique qui pèse sur les choix de consommation de chacun et créer ainsi des opportunités pour les entrepreneurs de reprendre leur place dans l'économie française et créer des emplois pour répondre aux besoins sociaux qui s'expriment sur tous les marchés de France et dans le monde.

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Commentaires
a écrit le 13/03/2017 à 16:11 :
Cette théorie ne repose sur rien. Toutes les corrélations sont possibles. Vraiment, de la m... en BAR
a écrit le 13/03/2017 à 16:11 :
Cette théorie ne repose sur rien. Toutes les corrélations sont possibles. Vraiment, de la m... en BAR
a écrit le 12/03/2017 à 11:39 :
Merveilleux exemple de comment des universitaires essaient de nous refiler le dogme "neoliberal" comme scientifique. Mais ici l'absurdité des arguments est frappante.
Absurdité scientifique : La courbe de BAR consiste à comparer deux grandeurs de l'économie française entre 1895 et 2015, en faisant simplement abstraction de tout le reste ! Qui peut croire que l'on puisse ainsi comparer des situations aussi différentes ?
Absurdité logique : "Laisser le taille du secteur public croître jusqu'à un ratio dépenses publiques totales sur PIB de 100% ..."Tout le monde sait que le passage a une limite absurde entraine des conséquences absurdes. En quoi peut on déduire que 30% serait mieux que 57% ?
Absurdité économique : " renoncer à acheter des meubles [pour] consommer de l'éducation [pour mes enfants]". L'ignorance généralisée est bonne pour la croissance n'est-ce pas ? (Je suis prêt à parier que ce monsieur préférera payer des études à ses enfants pluôt que d'acheter des meubles)
Et tout çà pour quoi ? La référence aux médicaments est édifiante. Les laisser au seul marché signifie qu'il soit normal d'exploiter au maximum la détresse de personnes dont la vie est menacée.
Beurk !
a écrit le 11/03/2017 à 19:24 :
Ca me fait toujours marrer, cette haine du public. Déjà, je n'apprécie pas trop les fonctionnaires car ils n'ont aucune liberté d'initiative. Notez, la prise de risque n'est pas pas sans ... risque. Derrière, faut assumer et nous sommes dans une période maximale d’infantilisation. Donc, de domination serviliste. Sinon, juste pour ANALYSER des FAITS : regardez juste la couverture maladie en France en général et ... en Alsace-Lorraine... Dans ces deux départements, les gars sont ... bénéficiaires. Ca en bouche un coin, non..?? Alors le débat, tu te le prends et tu le tailles bien en pointe.
a écrit le 11/03/2017 à 8:36 :
L'essentiel est de réduire les prélèvements sur la production des entreprises et de les reporter sur la consommation, soit sous forme de taxe sur la consommation (TVA, taxe sur l'énergie), soit sous forme de prélèvements sur les revenus (CSG, impot sur le revenu), ou directement par épargne volontaire. L'essentiel, c'est la réduction des prélèvements sur la .production. Cela dépend de la localisation de la dépense: nomade ou sédentaire. Il y va de notre survie économique.
Réponse de le 11/03/2017 à 18:50 :
Augmenter les prix a la consommation c'est augmenter les prix a la production pour cause d'une demande en baisse! Cercle vicieux!
Réponse de le 12/03/2017 à 11:10 :
C'est pour cela qu'il faut agir progressivement. Merci.
a écrit le 11/03/2017 à 8:00 :
Il suffirait de basculer la fiscalité du travail sur la consommation d'énergie. C'est écrit page 12 de la note n°6 du conseil d'analyse économique.
a écrit le 10/03/2017 à 22:46 :
Un article décevant pour un enseignant de ce niveau!

Tout d'abord il englobe dans la sphère publique les transferts sociaux qui ne sont que des transferts de la poche de X vers Y (retraites, allocations chômage et familles, remboursements sécu...) et qui représentent l'essentiel de la dépense publique. Hors dépense sociale la France est dans la moyenne européenne, ceci n'est pas un détail!

La courbe nous montre que lorsque la croissance diminue le poids de la dépense publique rapporté au PIB augmente. C'est une évidence, on appelle cela des stabilisateur automatiques. Le renversement de causalité tenté par l'auteur est pour le moins périlleux!

Il aurait pu aussi mettre en relation niveau de richesses et dépenses publiques dans le monde il aurait à coup sur trouvé une magnifique corrélation!

La supériorité des marchés comme mode d'allocation n'est contestée par presque personne, mais les marchés connaissent des limites importantes ("market failure") et en premier lieu l'existence de biens publics et d'externalités qui sont totalement ignorés par les marchés. Comment peut-on faire un article en ne les évoquant pas alors même que le réchauffement climatiques nous démontre l'incapacité des marché à réguler la pollution!

Enfin, considérer que les marchés guidés vers la seule satisfaction des désirs et pulsions des consommateurs peuvent servir de projet de société est une aberration assumée par l'auteur.

Pour la caricaturer la fin de l'article "Pourquoi imposer à des familles d'envoyer leurs enfants à l’école alors qu'ils pourraient s'acheter des télés, des chips et de l'alcool pour consommer de la télé réalité?"

Je n'ose évidemment évoquer la nécessité de financement de la recherche (et notamment fondamentale) au vu de la médiocrité de ce travail. Pourtant on sait tous aujourd'hui que la recherche est un bien public mondial et que les marchés sont incapables d'assumer son financement légitiment l'intervention de l'Etat.
a écrit le 10/03/2017 à 21:16 :
Ces économistes sont drôles....incapables de prévoir quoique ce soit, toujours dans l'analyse a posteriori...évidemment.... mais s'invitent toujours pour livrer une analyse et dire ce qu'il faudrait faire....politique de relance, politique d'offre dans les 2 cas = chômage....ce monsieur est un prof payé par l'Etat, enseigne à des jeunes qui pour certains souhaitent devenir prof...et prône la baisse de la dépense publique...oui pourquoi pas...moins de prof donc, d'infirmières, de policier.....et si nous obligions nos hommes politiques ( enfin ceux qui se font épingler) à rembourser ce qu'ils piquent dans la caisse au quotidien? Ce serait un premier pas....
a écrit le 10/03/2017 à 21:01 :
Ce n'est pas qu'un problème de proportion Public/Privé et de ratios de dépenses.
Pour raisonner suivant les mêmes critères, il faudrait également intégrer dans les calculs des ratios de productivité et de rendement. Les entreprises privées étant naturellement soumise à la concurrence, elles sont obligées d’évoluer en permanence, sinon elles ont restructurées, rachetées, ou bien elles disparaissent.
C'est aussi en termes de répartition des bénéfices de la productivité qu'il faut trouver un juste équilibre.
Le privé n'est pas intrinsèquement plus performant, mais le contexte économique l'oblige à le devenir. Sans que ce soient obligatoirement les travailleurs qui en tirent avantage.

Public ou privé, arrivé à une certaine taille d’entreprise, le risque existe d'aboutir à des mastodontes ingérables.
a écrit le 10/03/2017 à 20:01 :
On est dans l'erreur de raisonnement habituel. Ce ratio de 57% est idiot. Il ne veut absolument rien dire. Le système public c'est trois choses : réguler et contrôler les services publics, opérer (et distribuer) les services publics, redistribuer de l'argent entre personnes physiques. Réguler et contrôler ne doit pas coûter trop cher : il faut simplifier les règles, les universaliser. Opérer des services publics c'est la même activité qu'opérer des services privés (ou presque). Il faut payer les services publics au prix de marché à l'unité d'oeuvre consommée et en finir avec les services publics gratuits même pour la sécurité. La régulation peut imposer le tarif et l'opérateur peut être privé sous contrat (éducation, formation, santé...). Ensuite il reste la redistribution qui n'est qu'un jeu à somme nulle entre personnes physiques. Ce mécanisme ne pénalise pas l'économie ni les entreprises. Dans les pays scandinaves, la redistribution entre personnes physiques est importante...pourtant ce sont des pays qui se portent bien économiquement.
Réponse de le 10/03/2017 à 20:51 :
On ne peut pas dire que le modèle français d'allocation des ressources, où l'état décide de l'usage de près des 2/3 des richesses produites, soit satisfaisant :
-croissance économique anémique malgré la croissance démographique
-chômage restant très élevé
-baisse continue de l'efficience de certains services publics (exemple : l'éducation) bien qu'on y alloue toujours plus de moyens... justement parce qu'on se refuse à évaluer sérieusement les politiques qui y ont été menées et à les remettre en cause le cas échéant
-et surtout modèle non viable à plus ou moins court terme en raison de la persistance des déficits publics, sociaux et extérieurs.
Réponse de le 11/03/2017 à 10:48 :
" ce ratio de 57 % est idiot".

Pas plus que votre pensum.
a écrit le 10/03/2017 à 19:22 :
Un raisonnement qui ne vaut que dans un monde où les consommateurs sont homogènes.

Mais dans un monde où les inégalités sont en rapide augmentation, 1€ de dépense publique en moins ne veut pas forcément dire 1€ de dépense privée de M. Tout Le Monde en plus.

Ça peut vouloir dire 1€ d'épargne et d'investissement par les 1% les plus riches en plus.

Autrement dit, baisser les dépenses publiques est certainement dans l'intérêt des plus riches, mais pas dans celui des plus pauvres qui de toute façon ne verraient pas la couleur de cet argent.

Il ne faut pas oublier que l'impôt et la dépense publique ont une fonction redistributive de plus en plus indispensable.
a écrit le 10/03/2017 à 19:21 :
Tout irait donc pour le mieux dans le monde merveilleux du libéralisme... sauf que NON.
Il n'y a jamais autant eu de précaires, de pauvres, de mal nourris, de mal soignés dans le Monde. Il faut au côté d'un secteur privé fort, un secteur public fort. C'est la clé pour la réduction des inégalités. Tout déséquilibre en faveur d'un secteur privé tout puissant sous les prétextes économiques du"marché", de la "croissance" (en gros de la doxa néo-libérale) conduit invariablement à une augmentation de la misère.

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