La Tribune

Comment Bordeaux a réussi à rapprocher universitaires et industriels

Au premier plan, de gauche à droite : Manuel Tunon de Lara, président de l’université Bordeaux Segalen ; Yannick Lung, président de l’université Bordeaux IV ; Jean-Louis Nembrini, recteur de l’académie de Bordeaux ; Jean-René Fourtou, président de la Fondation Bordeaux Université ; Nicolas Cartier, directeur général de Sanofi France de 2006 à 2013.
Au premier plan, de gauche à droite : Manuel Tunon de Lara, président de l’université Bordeaux Segalen ; Yannick Lung, président de l’université Bordeaux IV ; Jean-Louis Nembrini, recteur de l’académie de Bordeaux ; Jean-René Fourtou, président de la Fondation Bordeaux Université ; Nicolas Cartier, directeur général de Sanofi France de 2006 à 2013.
Nicolas César, à Bordeaux  |   -  882  mots
Moins de quatre ans après sa création, la Fondation de l’université de Bordeaux a réussi à lever plus de 7 millions d’euros et à créer des liens exemplaires avec les chefs d’entreprise. La clé de cette révolution culturelle ? La création de la Fondation Bordeaux Université, qui développe du partenariat public-privé.

« Nous voulons positionner l'université de Bordeaux parmi les 150 premières dans le monde d'ici trois ans », avance Alain Boudou, le président du Pres (Pôle de recherche et d'enseignement scientifique), qui rassemble trois facultés bordelaises. Pour atteindre cet objectif, elle va devoir opérer une profonde mutation. Déjà, ses vieux bâtiments vont faire peau neuve. L'université a été sélectionnée en 2008 dans le cadre de l'opération Campus, avec une enveloppe de 475 millions d'euros. En outre, les parcours de l'étudiant se professionnalisent peu à peu.

Mais, la vraie révolution est culturelle. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU, ou loi Pécresse) de 2007 sur l'autonomie des universités françaises a ouvert la voie à leur financement avec l'argent du secteur privé. Du coup, des liens ont commencé à se tisser entre l'université, la recherche et le monde de l'entreprise. C'est la délicate mission à laquelle s'est attelée la Fondation Bordeaux Université, créée fin 2009.

Des dons en capital pour 4,3 millions d'euros

Avec 7 millions d'euros levés en moins de quatre ans, les premiers résultats sont encourageants. Elle se classe parmi les fondations universitaires les plus efficaces de France. « L'une de nos spécificités est d'associer les donateurs dès la recherche de projets porteurs, afin que ceux-ci correspondent à leurs besoins, avant d'aller chercher des fonds », explique Rodolphe Gouin, directeur de la Fondation Bordeaux Université.

Cela a été possible grâce aux dix partenaires historiques (Agfa Health Care, Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, EDF, Fonds des premiers grands crus de Bordeaux, Sanofi, etc.) qui ont apporté un confortable capital de 4,3 millions d'euros.

« Ces dons ont permis d'attirer des professeurs étrangers de renom, de faire émerger huit chaires de recherche et de formation d'excellence : valorisation de la chimie du pin maritime, management des pôles et des services en milieu hospitalo-universitaire, etc. », observe Jean-René Fourtou, président de la Fondation et président du conseil de surveillance de Vivendi.

Car, de fait, les enjeux sont réels. Ainsi, Solvay, un des leaders mondiaux de la chimie, finance pendant trois ans la recherche, en lien étroit avec le Laboratoire du futur (LOF) sur le campus, pour étudier et concevoir de nouvelles pistes de valorisation du pin maritime à des fins industrielles.

« Deux brevets ont déjà été déposés par l'université. C'est suffisamment rare pour être souligné », pointe Rodolphe Gouin.

Dans ce domaine, il est vrai, le potentiel est énorme en Aquitaine, où se trouve la plus grande forêt d'Europe occidentale.

Satisfait des résultats de la chaire sur les biotechnologies, Sanofi a, de son côté, presque doublé l'enveloppe annuelle, qui est passée de 50.000 à 90.000 euros. Le groupe pharmaceutique y trouve son compte. Grâce à l'aide de la fondation, l'ENSTBB (École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux) a développé une offre de formation continue sur les biotechnologies, dont peuvent bénéficier ses salariés.

Cibler les secteurs où la région est en pointe

« Demain, les entreprises voudront des personnes capables d'exercer plusieurs métiers et avec de multiples compétences. Les besoins en formation continue vont aller croissants », analyse Manuel Tunon de Lara, vice-président de la Fondation Bordeaux Université.

C'est pourquoi une plate-forme proposant des formations de quelques jours, ou quelques mois pour avoir un diplôme, va être mise en place à la rentrée 2014, à destination des professionnels dans des secteurs où la région est en pointe, comme la santé, le laser, le bois, etc.

19 millions d'euros par an de contrats industriels

En outre, une vingtaine de grandes entreprises (ou filiales) ont soutenu des programmes de recherche innovants, des bourses de mobilité internationale, des partenariats privé-public, des programmes de soutien à la création d'entreprise pour les diplômés. C'est le cas du projet Palomb, porté par Novartis et Isis Médical. Il vise à mettre en place en Aquitaine et en Charente un observatoire régional de la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), une maladie fréquente, d'origine respiratoire, mal connue du grand public, des malades et même des professionnels de santé. Or selon les prévisions de l'Organisation mondiale de la santé, la BPCO sera en 2030 la troisième cause de mortalité. Autre type d'action, un don du viticulteur Louis Lurton a permis au laboratoire bordelais CBMN (Chimie et biologie des membranes et des nano-objets) d'acheter deux équipements haut de gamme, qui en font aujourd'hui l'un des centres les mieux équipés en spectro-imagerie en France.

« L'université de Bordeaux bénéficie de contrats industriels qui lui rapportent près de 19 millions d'euros de chiffre d'affaires par an », glisse Rodolphe Gouin. Il reste cependant encore beaucoup de chemin à parcourir. « Le pays doit progresser dans le mécénat. La Fondation espère atteindre un capital de 10 millions d'euros d'ici trois ans. À l'étranger, les montants sont bien plus importants… », souffre Manuel Tunon de Lara. Il faut rapidement changer de braquet.

À cet effet, deux fundraisers ont été recrutés, tandis qu'un club Université de Bordeaux a été créé à Paris pour décupler les levées de fonds.

« À long terme, l'avenir des grandes entreprises est lié à celui des grandes universités. Et Bordeaux ne deviendra pas une grande métropole européenne sans une université d'envergure internationale », rappelle-t-il.

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