Web2day, comme un révélateur de l'écosystème digital

 |   |  1349  mots
Web2Day, «c'est devenu l'un des plus gros évènements européens du digital. Un rendez-vous tranquille, mais global qui balaye de l'open source aux géants du web, et où ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui parlent de souveraineté des données. C'est un lieu d'échanges et de partages qui répond aux attentes de la French Tech », estime Eric Leandri, patron du moteur de recherche Qwant.
Web2Day, «c'est devenu l'un des plus gros évènements européens du digital. Un rendez-vous tranquille, mais global qui balaye de l'open source aux géants du web, et où ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui parlent de souveraineté des données. C'est un lieu d'échanges et de partages qui répond aux attentes de la French Tech », estime Eric Leandri, patron du moteur de recherche Qwant. (Crédits : F. Thual)
Point d'attraction et vecteur d'accélération pour les acteurs du numérique, le festival nantais du Web2day a laissé apparaître des startups moins geeks et plus matures et des investisseurs de plus en plus attachés à la structuration des équipes pour accéder plus vite aux marchés.

Il y fut question de souveraineté des données, de hacking, de mobilité, d'intelligence artificielle, de design, de religion, de porno, de neurosciences pour améliorer son sommeil, d'espaces lointains, d'univers ou encore de mixité... un panorama éclectique des sujets empruntés par les acteurs du digital. En trois jours, le Web2day aura tenu ses promesses et attiré 4.500 personnes, à Nantes, dont près de 200 startups, une trentaine de grands groupes (La Poste, Orange, la SNCF...) et presque autant d'investisseurs. Un bon crû à l'aube de la prochaine édition où, pour les 10 ans du festival, les organisateurs de ce rendez-vous actif et festif promettent un feu d'artifices.

« Au-delà des sessions d'information pratiques, on voudrait accentuer la diversité, l'internationalisation et la présentation de méthodes alternatives. Et donner plus de liberté aux speakers pour qui le festival devient un vrai terrain de jeu », projette Magali Olivier, directrice opérationnelle du festival.

« C'est devenu l'un des plus gros évènements européens du digital. Un rendez-vous tranquille, mais global qui balaye de l'open source aux géants du web, et où ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui parlent de souveraineté des données. C'est un lieu d'échanges et de partages qui répond aux attentes de la French Tech », estime quant à lui Eric Leandri, patron du moteur de recherche Qwant, venu pitcher il y a trois ans sur la scène du concours de startups Global Challenge. Sans succès à l'époque.  De retour, cette année, après avoir levé 25 millions d'euros auprès de la Banque européenne d'investissement (BEI) et 18,5 millions d'euros auprès de la Caisse des dépôts et d'Axel Springer pour accompagner le développement d'une solution positionnée sur le respect de la vie privée qui va bien au-delà du simple moteur de recherche, il figure au palmarès des partenaires attirés par ce rendez-vous inscrit dans les agendas du web comme un incontournable. Qwant, qui vient de prendre pied en Allemagne et en Italie, devrait, dès l'an prochain, passer de 63 à 250 salariés.

Un tiers de startups étrangères

Si toutes ne connaîtront pas la même trajectoire, elles étaient, cette année, 123, dont 39 venues de l'étranger,  à monter sur scène pour pitcher leur projet, en anglais et en moins de quatre minutes. «Pas simple », reconnaît Julien Comte, 37 ans, co-fondateur de Makidoo, une jeune start-up vendéenne, soutenue par BPIFrance, et récemment sélectionnée par l'incubateur 1Kubator à Nantes, pour développer une application mobile de tournage vidéo guidé et montage automatisé. « Rien à voir avec un logiciel de montage compliqué, insiste-t-il. On ne choisit plus un template esthétique, mais un template narratif. Et croyez-moi, ça change tout.  Vous avez en main un véritable assistant réalisateur qui vous guide pas à pas. En trois clics, vous montez un film de qualité professionnelle que vous pouvez diffuser sur les réseaux sociaux », explique le professionnel de la vidéo, diplômé d'une école de cinéma, passé par plusieurs postes d'assistant de réalisation sur les plateaux de séries télé.  « Aujourd'hui, c'est une solution pour les entreprises qui ne veulent pas investir des dizaines de milliers d'euros en production », affirme le startuper qui propose sa solution sous forme d'abonnement mensuel, sous IOS dans un premier temps. Pour lui, le Web2day, c'est l'opportunité d'une visibilité unique et la possibilité de rencontrer des investisseurs et de grands comptes. Le Global Challenge sera finalement remporté, par la startup parisienne Solen pour une application destinée à valoriser la luminosité d'un bien immobilier pour accélérer les ventes.  Les deuxième et troisième places ont consacré la start-up indienne Zify pour une appli de covoiturage instantané, et Jenji pour la gestion de notes de frais.

Des visions de marché immatures

 «Les startups sont devenues plus matures », observent Hervé Bachelot-Lallier, Directeur du Private Equity de la Banque Populaire Atlantique et Bertrand Distinguin, directeur de Participations et associé du fonds d'investissement Go Capital, qui vient d'annoncer la création d'un Fond Interrégional Go Capital Amorçage, doté de 60 millions € pour accompagner le développement de startups de Bretagne, Pays de la Loire et Normandie. Abondé par La Banque Populaire Atlantique, le Crédit agricole Vendée Atlantique, le Crédit Mutuel de Bretagne, le FEI (Fonds Européen d'Investissement), BPIFrance, les régions des Pays de la Loire, de Bretagne et de Normandie, etc,  et Nantes Métropole, qui, lors du Web2day, a indiqué amener 2 millions d'euros , ce fonds devrait  être rapidement porté à 80 millions  d'euros  avec un plafond à 100 millions d'euros. « Nous ciblons principalement la santé, l'énergie et le digital. La région est riche en startups, les technos plutôt abouties, mais les projets buttent souvent sur une vision du marché immature et idéaliste », constate Bertrand Distinguin. « Pour un Blablacar, on va avoir beaucoup de projets qui végètent à 500.000 euros. Notre problème, c'est de trouver les bons dirigeants. Ceux, qui ont déjà su structurer une équipe d'une dizaine de personnes, qui réalisent déjà du chiffre d'affaires et dont le business plan ne se limite pas à présenter un potentiel d'utilisateurs. L'accès au marché est difficile. Les critères humains, de management et la vision commerciale sont primordiales », précise-t-il.  Résultat, les choix se portent davantage sur les équipes que sur le seul projet.

« Nous sommes sur des métiers très consommateurs de fonds propres. Il est important que le dirigeant nous montre qu'il s'est entouré d'experts, prêts à l'accompagner pour mener un premier tour de table... et les suivants. Le métier de l'amorçage est très sélectif », mentionne Bertrand Distinguin.

« Mais plus tôt on les repère, plus tôt on est en mesure de leur transmettre les compétences business et entrepreneuriales nécessaires pour appréhender au mieux les levées de fonds », ajoute Jérôme Guéret, son homologue pour les Pays de la Loire chez Go Capital. En ce sens, Nantes n'a pas à rougir. La métropole attire des entreprises de France et de l'international. Le socle de compétences techniques et le savoir-faire sont là. « Il leur manque juste, souvent des compétences business et entrepreneuriales pour accélérer », dit-il. Des évolutions sont en marche. Derrière les leaders comme i-Advize, Lengow ou Akeno, une nouvelle génération arrive avec des entreprises comme Dictanova, et son logiciel d'analyse de conversation, QI Vivo, avec ses thermostats intelligents, ou Qos Energy, dans le monitoring des installations de production d'énergie des bâtiments qui recèlent un vrai potentiel.

Le rôle des accélérateurs dans l'écosystème

Manager Director de la saison 10 de l'accélérateur parisien Numa, où l'on forme en trois mois les start-ups à lever des fonds, Arnaud Meunier partage ce constat. «Les fonds ne veulent plus de simples promesses d'un revenu récurrent mensuel, ils attendent beaucoup plus. Pour les VC (Venture Capital), il manque souvent une vraie vision de marché et une exécution capable de s'investir pour des séries financières plus conséquentes. »

Plus que d'aller à la rencontre des startups, qu'a priori, ils connaissent déjà, c'est donc plutôt à la rencontre à des incubateurs et des accélérateurs qui se sont multipliés ces derniers temps (Adn Ouest, 1kubator, Imagination machine, Numa...), que ces investisseurs sont allés pour faire passer le message. « De fait, on voit moins de curieux de l'entreprenariat, et à l'inverse, plus de startups matures avec qui, il est possible d'engager de vraies conversations », affirme Arnaud Chaigneau, co-fondateur de l'agence digitale nantaise Intuiti et administrateur du Numa.

«D'ailleurs, dans ses relations avec les startups, Intuiti n'intervient plus vraiment comme une agence de communication mais plutôt comme un partenaire stratégique. Les startups arrivent avec de vraies solutions, intéressantes et disruptives. Notre mission est plutôt de favoriser leur rapprochement avec les grands groupes qui nous soumettent de vraies problématiques. Il faut arrêter de voir les startups comme un monde déconnecté », indique-t-il.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/06/2017 à 21:12 :
En dehors de l'événementiel, cela fait des années que Web2day permet grâce à ses animations et conférences de s’imprégner (un peu) de l’état d'esprit de ces entrepreneurs et acteurs du numérique. Les vidéos des interviews et conférences sont très intéressantes et c'est là qu'on se dit que l'on a loupé un épisode dans la révolution en cours. Idem pour les conférences thématiques de The Family.
Bravo à ces précurseurs, en espérant qu'ils permettent de créer des emplois en France.
Pour cela il faudrait des investisseurs prêts à prendre des risques, puisque le taux d’échecs reste important. La réorientation de l’épargne (si j'ai bien compris l'objectif du président Macron) vers les actions et les entreprises produira certainement des effets.
En dehors des idées et du développement initial, il faut espérer que la montée en puissance ou l'industriel puissent suivre. Si possible en dehors des grands groupes, puisqu'ils sont naturellement moins évolutifs, ou pas assez rapidement.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :