L’incroyable descente aux enfers de la startup Violin Memory

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(Crédits : DR)
Départs en cascade des dirigeants, pertes plus élevées que son chiffre d’affaires : le spécialiste des mémoires flash qui rêvait d’une valorisation de 2 milliards de dollars s’effondre en Bourse trois mois après son introduction à Wall Street. Explications.

Présentée il y a quelques mois comme une des startups les plus prometteuses d'un créneau ayant le vent en poupe, le stockage informatique sur mémoire flash à l'heure du « cloud » et du big data, Violin Memory a réalisé une des introductions en Bourse les plus catastrophiques de 2013. Entrée en septembre dernier sur le New York Stock Exchange au prix de 9 dollars, sur une valorisation de 740 millions de dollars, l'action Violin Memory a décroché de 22% dès sa première cotation. La jeune entreprise de Santa Clara, qui n'a pas généré de bénéfice depuis sa création en 2005, avait levé 162 millions de dollars. Mais elle a brûlé la moitié de cette trésorerie et annoncé des résultats désastreux fin novembre : un creusement des pertes, plus de 34 millions, pour seulement 28 millions de chiffre d'affaires. Le cours s'est effondré à 3 dollars, effaçant plus de la moitié de la valeur boursière de Violin Memory. Un mois plus tard, le directeur général Don Basile, ancien patron de la concurrente Fusion-io, est débarqué. Le 2 janvier, l'entreprise a annoncé le départ de son directeur opérationnel Dixon Doll, tandis qu'un fonds activiste réclame la mise en vente de la société, également poursuivie en justice par plusieurs actionnaires estimant avoir été trompés.

Investisseurs et industriels de renom au capital

Dans la Silicon Valley, on attendait pourtant avec impatience l'introduction de Violin Memory. Le stockage sur mémoire flash est plus coûteux mais plus rapide et plus fiable que sur disque dur classique et toutes les entreprises ou organisations stockant des masses de données y ont recours. En septembre 2012, lorsque la société avait déposé sa demande d'introduction en Bourse au New York Stock Exchange, les prestigieuses banques mandatées, JP Morgan, Deutsche Bank et Bank of America, évoquaient alors sans rougir une valorisation proche de 2 milliards de dollars selon l'agence Bloomberg. Sa rivale Fusion-io, comptant Steve Wozniak, le co-fondateur d'Apple, dans son équipe dirigeante, pesait alors près de 3 milliards de dollars. Violin Memory avait levé au total plus de 260 millions de dollars auprès d'investisseurs et d'industriels de renom, notamment Toshiba, SAP Ventures, Juniper Networks et GE Capital. Mais au même moment, le plus gros client de Violin, le constructeur informatique HP, décide de stopper net ses commandes afin de se concentrer sur sa propre offre de stockage, après l'acquisition de 3PAR. Et ce marché devient de plus en plus concurrentiel, tous les géants des serveurs et du stockage, d'EMC à Dell en passant par IBM, développent leurs propres solutions, contraignant les startups à accélérer leurs investissements pour tenir le rythme.

Apple et Facebook, gros clients de Fusion-io

D'ailleurs, Fusion-io aussi a connu une année 2013 mouvementée : la société de Salt Lake City a changé de patron en mai et sa valeur a chuté de plus de 50%, un peu au-dessus d'un milliard de dollars, alors que le marché s'inquiète de sa trop forte dépendance d'Apple et Facebook, ses principaux clients. La rumeur court que des acteurs tels que Seagate, Western Digital ou EMC pourraient s'intéresser de près à Fusion-io ou Violin. Les investisseurs n'ont, eux, plus d'yeux que pour une autre start-up du secteur, Nimble Storage, qui a bondi de 45% le jour de son introduction à la mi-décembre. Elle aussi déficitaire, avec un chiffre d'affaires équivalent à celui de Violin mais en forte croissance et avec une base de clients plus diversifiée, elle est valorisée 3,2 milliards de dollars. Pour l'instant…

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Commentaires
a écrit le 04/01/2014 à 12:22 :
Eternel recommencement: Aussi longtemps que la société en général et les média en particulier feront croire aux gens que l'on peut devenir riche en ne faisant rien, ce genre d'histoire ne fera que se répéter.

Le plus drôle, ce ne sont pas les citoyens "standard" qui croient le plus à ce genre d'histoire mais l'élite de la société, ces gens qui se croient les maîtres du monde.
a écrit le 03/01/2014 à 17:48 :
Incroyable. Certains grands penseurs nous expliquent que le niveau de culture et d'intelligence d'une société vient de sa capacité à tirer des enseignements de ses expériences passées (notamment ses échecs ). Presque 15 ans après l'explosion de la bulle internet, on prend les mêmes et on recommence...allez, plus que 10 ans d'attente pour qu'on s'enfile à nouveau une explosion made in subprimes !
Désolant...
Réponse de le 03/01/2014 à 23:56 :
Effectivement la bulle de la mémoire flash explose (cf. faillite de OCZ) largement soutenue par la promotion des lecteurs à état solide (i.e. SSD) à la grande prétention de pouvoir remplacer à terme les lecteurs de disque dur (i.e. HDD) ce qui est loin d'être l'évidence. Certes des solutions techniques ont été apportées afin de limiter l'usure des modules mémoires flash à la durée de vie limitée (cf. cycle d'écriture), néanmoins ces améliorations ont mis en évidence l'obsolescence programmée de cette technologie. Le choix d'un stockage externalisé à base de mémoire flash était au mieux un buzz boursier, au pire un fiasco financier planifié.
a écrit le 03/01/2014 à 17:00 :
Et dire qu'il y a probablement des milliers d'actionnaires qui ont du perdre une partie de leur économies en spéculant sur cette boite.
Les Jordan Belfort ont encore bien travaillé.
a écrit le 03/01/2014 à 15:00 :
La spéculation comme seule objectif, ce n'est pas un but.
a écrit le 03/01/2014 à 13:15 :
mais la start-up Dieudonné fait salle comble grâce à la pub de l' état allègrement relayée par les médias
Réponse de le 03/01/2014 à 14:01 :
et la votre que vous faite ici ;)
Réponse de le 03/01/2014 à 19:32 :
Et vous que faites vous ici à part critiquer

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