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Analyse

Comment l'iPhone d'Apple creuse le déficit commercial américain

Source : La Tribune.fr - 16/02/2011 | 09:25 - 804 mots  | 
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Découvrez pourquoi le commerce extérieur américain paie au prix fort le succès du produit phare d'Apple qui pourtant rapporte fort peu à la Chine.

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Difficile d'échapper au débat sur les déséquilibres commerciaux au sein de l'économie mondiale. Le G20 de ce week-end doit d'ailleurs se pencher sur les meilleurs indicateurs économiques pour mesurer ces déséquilibres.

À partir de quel niveau un déficit commercial est-il jugé intenable ? En filigrane se pose clairement la question de l'excédent commercial chinois sur les États-Unis. Sur l'ensemble de l'année 2010, le déficit commercial américain a été de 497,8 milliards de dollars et près de 55 % de ce déficit commercial serait imputable au déséquilibre des échanges américains vis-à-vis de la Chine. La solution américaine à ce problème est simple : il suffit d'ajuster le taux de change chinois pour réduire ce déficit commercial. Autrement dit, réévaluer le yuan par rapport au dollar.

Cependant, la situation est plus complexe. Pour souligner la difficulté à interpréter les chiffres de déficit commercial, prenons le cas de l'iPhone. Dans un document de travail, deux universitaires, au Japon, Yuquig Xing et Neal Detert ("How iPhone Widens the US Trade Deficits with PRC-GRIPS") ont décomposé la chaîne de valeur d'un iPhone. Selon les statistiques douanières américaines, l'importation d'un iPhone, fabriqué en Chine, est comptabilisée pour une valeur de 178,96 dollars.

En 2009, le produit phare d'Apple dégraderait le déficit commercial américain de 1,9 milliard de dollars et serait à lui seul responsable de 0,8 % du déséquilibre des échanges américains vis-à-vis de la Chine. Mais, la Chine profite-t-elle réellement de ces 179 dollars ? Certes, le smartphone d'Apple est assemblé dans les usines chinoises, mais une grande partie de ses composants n'est pas fabriquée en Chine. Les deux chercheurs ont ainsi dissocié la valeur d'un iPhone par nationalité. En résumé, la mémoire flash (24 dollars) et l'écran (35 dollars) sont produits au Japon, le processeur et ses composants associés en Corée (23 dollars), les puces GPS, camera, wi-fi... en Allemagne (30 dollars), le Bluetooth, les composants audio et la 3G aux États-Unis (12 dollars).

En plus de ces composants technologiques, il faut tenir compte des autres matériaux plastiques, aluminium, licences et brevets sur les logiciels... pour près de 48 dollars. Au total, dans la valeur d'un iPhone, le poids de la Chine est très limité : 6,50 dollars pour l'assemblage final ! Alors que les douanes américaines enregistrent une importation chinoise de 179 dollars, l'appareil intègre 34 % de produits japonais, 17 % de produits allemands, 13 % de produits coréens et, magie du commerce international, 6 % de produits américains ! La « création de valeur » de la Chine dans un iPhone est seulement de 3,6 %.

Les statistiques douanières ne mesurent pas la valeur ajoutée par nationalité mais la valeur finale du produit fini. De fait, le creusement du déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine s'est accompagné d'une réduction des déséquilibres des échanges américains face aux autres pays asiatiques, notamment le Japon. Qui se souvient que le Japon représentait près de 40 % du déficit commercial américain à la fin des années 1980 (contre moins de 10 % actuellement) ?

À l'époque, les États-Unis considéraient alors que la devise japonaise devait s'apprécier pour réduire l'excédent commercial japonais... Depuis, le yen s'est apprécié et les entreprises nipponnes produisent en Chine !

Il n'y a pas de solution miracle et on comprend mieux la volonté de Pékin et le discours de certains industriels américains, comme Apple, qui ne veulent pas une réévaluation trop rapide de la devise chinoise. Reprenons notre exemple. Si la Chine ajuste trop rapidement son taux de change, l'effet à court terme est négatif pour les marges d'Apple (s'il ne peut relever son prix de vente) : les coûts de production en Chine seront en forte hausse. Mais, à terme, le principal perdant est l'industriel chinois qui risque de subir une délocalisation de la production d'Apple vers des pays dont le coût du travail est plus faible, comme la Malaisie par exemple.

L'appréciation de la devise chinoise doit s'accompagner d'une plus forte valeur ajoutée dans sa production, d'une montée en gamme de son industrie. La Chine ne peut accepter une forte hausse du coût du travail sans d'importants gains de productivité dans son industrie. L'envers de la médaille dans la naissance d'une classe moyenne, mieux rémunérée et d'une hausse des salaires minimums, est que les entreprises chinoises vont concurrencer les pays développés sur des produits à plus forte valeur ajoutée (aéronautique, électronique...).

Le développement de la demande intérieure en Chine réduira l'excédent commercial du pays, mais, pour les États-Unis, il n'est pas certain que son déficit commercial ne se creusera pas rapidement vis-à-vis d'un autre pays d'Asie, disposant d'une main-d'oeuvre à bas prix... Il n'y a pas de solution magique dans les grands déséquilibres internationaux. Leur résolution ne se limitera pas à quelques ajustements de taux de change mais remet en cause des modèles de développement économique fondés sur un poids excessif de la consommation ou trop dépendants de la demande étrangère.

Christian Parisot, chef économiste et directeur de la recherche, Aurel BCG - 16/02/2011, 09:25  | 
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Commentaires sur l'article

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  • manfai.leung a écrit le 18/02/2011 à 23:07 :

    • Il faut un peu plus de chiffres pour concrétiser la thèse de ces 2 universitaires. Ce sont des trade balances entre la Chine et les pays susceptibles de fournir des composants majeurs à la mis en oeuvre de l'iphone, donc peu import si certain proportion des composants soient fabriqués ou délocalisés en Chine. Les chiffres que disposent moi concernent les 12 derniers mois jusqu'au Juin 2010. La Chine est déficitaire vis-à-vis le Japon à l'ordre de 47 milliard de dollars, la Corée du Sud 61 milliard le Taiwan 79 millards l'Allemagne, demandez Merkel. Donc, la conclusion est claire

  • Didier a écrit le 17/02/2011 à 20:48 :

    • Le travail des universitaires n'est pas assez poussé et il n'est pas logique. En effet, le composant fourni par Siemens n'est pas 100 % allemand ! Les Japonais, Coréens et même Allemands font travailler des Chinois. Il est incohérent d'attribuer à l'Allemagne tout un composant tout en refusant d'attribuer à la Chine le produit de la vente. L'I-Phone est vendu par l'assembleur chinois, ce qui est compté parmi les importations américaines. Mais ce qui est repéré par les universitaires est acheté par l'assembleur chinois, directement ou non, et est intégré dans les importations chinoises. Compter autrement, même si c'était possible, ne changerait pas en théorie le résultat sur les excédents ou déficits. Ils cherchent à se rassurer.

  • Manu a écrit le 16/02/2011 à 18:12 :

    • Si les Iphones vendus dans le monde entier transitaient d'abord par les USA, la balance commerciale US se rééquilibrerait à due concurrence. Si le Yuan est réévalué, ce sont les grandes compagnies US qui en soufriront les premiers, et pèseront sur la croissance US. Non, la solution, pour moi, viendra de la consommation chinoise qui est promise à une explosion... A charge pour les USA d'avoir des produits à leur vendre et qu'ils n'ont pas encore (des avions, des voitures convenables, Etc...)

  • Lennart a écrit le 16/02/2011 à 16:38 :

    • C'est le cadet des soucis des sociétés pratiquant le capitalisme ultra libéral, ou seul compte les profits pour les actionnaires de ces sociétés. Ce n'est que la transposition dans la réalité du film fiction de Henri VERNEUIL "Mille milliards de dollars".

  • Grosse Fatigue a écrit le 16/02/2011 à 16:25 :

    • Wallmart aussi pèse lourd dans le déficit commercial américain: tous les produits ou presque qui y sont vendus sont chinois. Du reste toute les grand chaînes comme Home Depot, tous les PC, etc... vendent des produits chinois. Comme le dit Bob, il faut aussi vérifier où sont effectivement produit les composant dit d'origine japonaise ou allemande. En Chine? Le fait est que les réserves de change chinoises sont colossales, et ce n'est pas les 3.6% d'Apple qui font cela.

      • micnado a répondu le 21/02/2011 à 00:10 :

        • Tout a fait raison.............

  • Bob a écrit le 16/02/2011 à 15:10 :

    • Un point mériterait d'être éclairci. En effet, quand vous dites "Les deux chercheurs ont ainsi dissocié la valeur d'un iPhone par nationalité. En résumé, la mémoire flash (24 dollars) et l'écran (35 dollars) sont produits au Japon, le processeur et ses composants associés en Corée (23 dollars), les puces GPS, camera, wi-fi... en Allemagne (30 dollars), le Bluetooth, les composants audio et la 3G aux États-Unis (12 dollars)." je pense qu'il y un un petit souci. Quand on regarde l'étude, on s'aperçoit que la nationalité fait référence à la nationalité du fournisseur (Siemens allemand, Toshiba : japonais...). Mais comme ces fournisseurs délocalisent également leur production en Chine, il faudrait voir quelle partie de l'iPhone est vraiment produite en Allemagne, au Japon ou en Corée.

  • Ah les chiffres a écrit le 16/02/2011 à 15:06 :

    • Travail très pertinent de la part de ces deux universitaires. L'article aurait dû s'intéresser également aux services fournis par Apple qui représentent l'essentiel de sa rentabilité. Où sont-ils produits? Où sont-ils comptabilisés (par pays)? On pourrait également à partir de cet exemple s'intéresser au déficit budgétaire américain. Où est comptabilisé le profit généré par Apple? Quel est le montant d'impôt payé par Apple et sa répartition par pays? Quand et Comment est-il rapatrié aux USA? On verrait sans doute que ce sont les multinationales qui faussent les flux alors que nos outils statistiques sont complètement obsolètes.

  • Patrickb a écrit le 16/02/2011 à 14:50 :

    • Le fait est que les Américains vous donne des dollars à 1 pour 1 et veulent plus tard ne rembourser que 10 cents pour 1 dollar, ce qui bien entendu leur permet de réduire leur déficit aux dépens des autres. Mais cette fois, les Chinois ne marchent pas dans la combine. A suivre donc .

  • giantpanda a écrit le 16/02/2011 à 12:16 :

    • Bonjour, Dans le raisonnement il manque des éléments??? 1. Quelle pourcentage à l'achat passe directement par les USA? 2. Et les recettes, que vous n'avez pas pris en compte. Dans le pire des cas, où tout passerai en premier lieu par les USA, cela fait une belle " plus-value pour le commerce extérieur US malgré la part qui reste sur place. Cordialement, giantpanda

      • julienc a répondu le 16/02/2011 à 15:21 :

        • Entierement d'accord, il nous manque le decorticage du schema de distribution pour les Iphones vendus a l'etranger (la majorite). J'avais lu que tous les Iphone etaient "importes" aux EU et la marge integralement captee par Apple aux EU. Si vous vendez un Iphone en Europe a 500 USD (c'est bien le minimum), si vous retirez 50 USD (gd maximum) de frais de retail et de transport, vous obtenez 500-50-178 = plus de 270 USD de marge captee aux EU. Il me semble bien que, au contraire du titre de l'article, l'Iphone contribue a la diminution du creusement du deficit commercial americain. Si qqun a plus d'infos...

  • FR a écrit le 16/02/2011 à 12:06 :

    • La solde des paiements chinois avec le reste du monde reste néanmoins extrémement positif. Si les 179 dollars de l´iphone apparaissent comme un credit et les nombreux composants importés comme un debit, l´impact de l´Iphone sur ledit solde sera minime. L´Iphone est donc sans doute un mauvais exemple et d´autres produits doivent necessairement avoir un impact largement positif pour justifier le solde. Par exemple, le même calcul avec un produit Haier (frigo ou autre produit "blanc") aura un impact tout à fait différent. Article très intéressant, bravo.

  • Philbou83 a écrit le 16/02/2011 à 11:16 :

    • Etude intéressante et article clair où nous comprenons qu'une partie du déficit commercial US est virtuel selon la méthode d'estimation retenue. C'est donc difficile de croire à la réalité des chiffres fournis par tel ou tel organisme et relayé par les médias. Il faut en conclure que tous ces chiffres sont plus ou moins erronés comme ceux liés au réchauffement climatique et autres... seule une étude sérieuse et approfondie peut nous rentre la réalité des choses chiffrées, elle sont hélas assez rares.

  • Passe passe a écrit le 16/02/2011 à 11:06 :

    • Travail très pertinent de la part de ces deux universitaires. L'article aurait dû cependant pour le compléter, s'intéresser aux services fournis par Apple et qui représentent l'essentiel de sa rentabilité. Où sont-ils produits? Où sont-ils comptabilisés (par pays)? On pourrait également à partir de cet exemple s'intéresser au déficit budgétaire américain. Où est comptabilisé le profit généré par Apple? Quel est le montant d'impôt payé par Apple et sa répartition par pays? Quand et Comment est-il rapatrié aux USA? On verrait sans doute que ce sont les multinationales qui faussent les flux alors que nos outils statistiques sont complètement obsolètes.

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    • Tout a fait raison.............

      par micnado le 21/02/2011 à 00:10

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