Vivendi : la grogne des actionnaires et la tentation de Bolloré

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Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance, a été reconduit pour quatre ans. Copyright AFP.
Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance, a été reconduit pour quatre ans. Copyright AFP. (Crédits : AFP)
Cours de Bourse en chute libre, inquiétude sur l'avenir de SFR face à Free Mobile, les actionnaires de Vivendi ont exprimé leur mécontentement lors de l'assemblée jeudi. Vincent Bolloré, qui vient d'entrer au capital, est appelé en sauveur par certains.

L'heure des comptes. L'assemblée générale de Vivendi, qui s'est tenue jeudi matin au Carrousel du Louvre, a permis aux petits actionnaires, venus en nombre (plus d'un millier), d'exprimer leur frustration et leur mécontentement (voir la retransmission vidéo). Chute libre du cours de Bourse (-38% en un an), baisse de 28% du dividende, bonus de 1,9 million d'euros du président du directoire, Jean-Bernard Lévy, acquisition de SFR jugée « surpayée » et à un mauvais moment : la liste des motifs d'insatisfaction est longue. Bientôt dix ans que Jean-René Fourtou (73 ans) est arrivé en sauveur après l'éviction de Jean-Marie Messier qui avait accablé l'entreprise de dettes. Mais l'action Vivendi fait du sur-place depuis dix ans et ne parvient à se débarrasser de sa fameuse « décote de holding » devenue « gigantesque, presque 40% » se désole Jean-René Fourtou : elle a « fortement décroché depuis l'arrivée du quatrième opérateur, Free Mobile, et la baisse de notre dividende. Aujourd'hui elle est à peine au-dessus du niveau de 12 euros », où elle avait été stabilisée à l'automne 2002 après avoir enrayé la crise de trésorerie, « alors qu'en 2011 nous avons réalisé le meilleur résultat de notre histoire » a relevé le président du conseil de surveillance, venu s'exprimer solennellement à la tribune, ce qui n'était pas prévu.

Fourtou « espère » l'entrée de Bolloré au conseil
« Vu la situation, Vivendi a peut-être besoin d'un élément extérieur comme Vincent Bolloré, que l'on sait compétent, qui peut devenir un actionnaire référent » a suggéré un représentant de l'Association des petits porteurs actifs. Jean-René Fourtou a répondu que l'arrivée de l'homme d'affaires breton, au passé de raider (Bouygues, Havas), « n'est pas imposée mais souhaitée, d'un commun accord. Nous avons discuté de sa montée au capital, au-delà des actions qu'il recevra en échange » des chaînes Direct8 et DirectStar que lui rachète Canal Plus (22,4 millions d'actions soit 1,79% du capital auquel s'ajoute les 1,09% déjà détenus par Bolloré depuis fin 2011, soit au total 2,88% du capital).

« Nous nous réjouissons » de cette arrivée et il n'y a « aucune raison que l'on s'oppose à son entrée au conseil, si ça l'intéresse, ce que j'espère. » Pour remodeler le groupe ? Mettre les équipes sous pression ? On ne sait pourquoi cette entrée ne s'est pas matérialisée dès cette AG, alors qu'un poste se libérait avec le départ de Claude Bébéar (76 ans). A la finalisation de l'opération Direct8, Bolloré pourrait avoir jusqu'à 4% du capital selon un proche du dossier. Cette arrivée n'est pas forcément vue d'un très bon ?il par tous les dirigeants de Vivendi. « Bolloré compte peut-être nous apprendre les télécoms, vu sa réussite dans le Wimax [une norme de très haut débit sans fil dont Bolloré a acquis des licences et qui n'a pas percé, NDLR]... » ironise l'un d'eux. « Comme l'entrée du Qatar [qui a acquis 2% du capital, NDLR], ça fait du buzz, c'est bon pour le cours de Bourse » veut croire un autre.

Un séminaire pour « challenger la stratégie et le périmètre »
En attendant, les actionnaires font grise mine, y compris les investisseurs institutionnels qu ne cachent pas leur déception, reconnaît le groupe, même si les résolutions ont toutes été largement adoptées. Le renouvellement du mandat de quatre ans de Jean-René Fourtou a recueilli 26 millions de voix contre, soit 3,96%, un indicateur du mécontentement. « M. Fourtou, il faut partir » a lancé un actionnaire. Et un autre de compléter : « Puisque vous ne voulez pas partir dignement, pourquoi ne pas faire entrer au conseil une ou deux personnes de la Génération Y », qui désigne les moins de trente ans rompus aux technologies.

« Je ne m'accroche pas à mon poste. C'est au conseil de décider et aux actionnaires de voter » s'est défendu le septuagénaire toujours fringant. Un autre actionnaire a observé que Frank Esser, l'ex-Pdg de SFR, « est parti, mais ça aurait pu être M. Lévy. Il faut nous démontrer que M. Lévy est l'homme qu'il faut » car il n'a « pas redressé le groupe. » Une vision « caricaturale » selon Jean-René Fourtou qui a rappelé les 37 milliards d'euros de perte cumulée à son arrivée, et « une sévérité injustifiée » selon Jean-Bernard Lévy, qui a souligné les marges élevées des filiales, les 10 milliards d'euros distribués en tout en dividendes et défendu l'acquisition des 44% de Vodafone dans SFR l'an dernier qui a été « très contributrice au résultat. Aurait-il fallu le faire avant ou après l'arrivée de Free Mobile ?

"Attendre 2014, mais avec quel projet?"

Avions-nous correctement anticipé l'agressivité sur les prix de Free ? Peut-être pas » a concédé le président du directoire. On s'étonnera qu'il n'ait même pas prononcé le nom de Frank Esser, débarqué de la direction de SFR il y a trois semaines, et qu'il a remplacé. « Pas un mot pour le fusible, pas un remerciement après 12 ans de bons et loyaux services, c'est minable » réagit un cadre de l'opérateur, choqué. Il faudra « deux ans au moins probablement à SFR pour retrouver la croissance », a prévenu Jean-René Fourtou et « les prix du mobile vont rester très bas pendant de nombreuses années » a indiqué Jean-Bernard Lévy. En 2012 et 2013, la baisse des résultats de SFR et de Maroc Télécom ne sera pas complètement compensée par l'augmentation de ceux des autres filiales (Universal Music, Activision Blizzard, Canal Plus, GVT). « Vous nous dîtes : attendons 2014, mais avec quel projet ? » a réagi un petit actionnaire. La réponse interviendra peut-être plus tard : le président du conseil de surveillance a promis qu'un séminaire de trois jours qui réunira, en juin, tous les membres du conseil et du directoire et d'autres dirigeants du groupe permettra « de challenger notre stratégie, notre périmètre et notre communication. »
 

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Commentaires
a écrit le 20/04/2012 à 16:28 :
Un bonus d'1,9million au vu des brillants résultats, c'est quand même fort de café.
On ne cesse de le répeter mais visiblement dans les hautes sphères, on n'a pas l'air de bien comprendre ce que le mot exaspération veut dire.
A croire qu'il faut en passer par des mesures à la Hollande pour réussir à faire passer le message.
a écrit le 20/04/2012 à 8:31 :
SFR ? innovant certes mais trop cher mon fils, trop cher et des offres ringardes :)
a écrit le 20/04/2012 à 0:40 :

Il est temps de faire appel aux Pros des telecoms : Marc Vera, Thierry Breton, Stéphane Dubreuil, Phillipe Germond ....
Réponse de le 20/04/2012 à 18:57 :
Marc Veyrat est cuisinier, vous parlez sûrement de Jacques Verrat. Mais je doute que ce passe-muraille ait une quelconque envie de se retrouver à la tête d'une structure ankylosée !

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