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ÉconomieFrance

Nathalie, Jacques, Philippe, Eva et Nicolas (la suite): la dette, quelle dette?

Jean-Christophe Chanut

Publié le 20 avril 2012 à 11:50 - Mis à jour le 20 avril 2012 à 11:56

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Les "petits" candidats, quasiment unanimes, souhaitent (re)donner à la Banque de France la possibilité de monétiser la dette. C'est à dire revenir au régime en vigueur avant 1973. Au risque de renouer avec l'inflation.

A l'instar de la question européenne,  les « petits candidats » - ceux qui sont crédités de moins de 5% dans les sondages - , malgré leurs divergences idéologiques profondes, se retrouvent sur un point s'agissant, cette fois, de la dette publique : tout est de la faute de la loi du 3 janvier 1973 réformant la Banque de France. Selon eux, sans cette loi (abrogée en 1993 pour mettre en conformité le statut de la Banque de France avec le Traité de Maastricht), la dette publique française (plus de 1.700 milliards d'euros) n'atteindrait pas 88% du PIB. Il n' y a donc aucune raison de la faire payer aux simples citoyens. Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste), Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès), Nicolas Dupont-Aignan (Debout La République) sont sur cette même longueur d'onde. Et les recettes de chacun pour limiter la dette tourne autour de cette idée. Ainsi, Nicolas Dupont-Aignant souhaite donner "la possibilité à la Banque de France de monétiser la dette publique". Jacques Cheminade évoque, lui, une "réquisition de la Banque de France pour lui rendre la possibilité de monétiser la dette publique". Re belotte pour Philippe Poutou qui propose, rien de moins qu'une "annulation de la dette publique" mais, surtout, que la " Banque de France puisse financer les déficits budgétaires". Eva Joly (Europe Ecologie- Les Verts) a un point de vue un peu divergent. Elle veut "affecter chaque année un point de PIB (environ 20 millirds d'euros) à la réduction du déficit public", mais elle entend aussi avoir recours à la BCE pour financer " le grand plan d?investissement dans la transition écologique" qu'elle promet. Autrement dit, les investissements écologiques seront financés par de la création monétaire. Bref, avec quelques variantes, l'ensemble des propositions tournent peu ou prou autour du rôle de la Banque centrale doit retrouver ses marges de man?uvre.

Haro sur la loi de 1973

De fait, depuis la fameuse loi Giscard d'Estaing (il était alors ministre des Finances), la création monétaire par prêt de la banque centrale à l'Etat est prohibée. L'Etat doit donc se tourner vers les marchés pour financer ses besoins. En d'autres termes, avec cette loi, il est reproché aux pouvoirs publics d'avoir transféré la création monétaire vers les banques privées... Ce qui fait dire à Nicolas Dupont-Aignan : " Est-il normal pour financer le haut débit, par exemple, d'emprunter à 3% à des banques ou par des obligations, alors que la banque centrale publique prête à 1%... ? ".

Le retour d l'inflation

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Le Traité de Masstricht de 1992 a pris le relais de la loi de 1973 en proclamant l'indépendance complète de la Banque centrale et l'impossibilité pour cette dernière de financer les Etats... Désormais, la création monétaire se fait exlusivement de façon indirecte par les banques qui se refinancent auprès de la BCE. Les "petits" candidats suggèrent donc de revenir sur cette règle et de permettre à l'Etat de s'adresser directement à la Banque de France pour rembourser sa dette. En d'autres termes, il s'agit de faire tourner le planche à billets, de créer de l'argent frais pour payer les créanciers. C'est ce qu'on appelle "monétiser la dette". Mais alors reviendrait le risque inflationniste. Car cet argent aurait un effet direct sur la masse monétaire . D'autant que, pour réaliser ce projet, il faudra sans doute sortir de l'euro (l'Allemagne qui a connu ce phénomène en 1922-1923 refusera toute monétisation à outrance). La plupart de ces candidats ( sauf Eva Joly) le suggèrent du reste. Le franc nouveau sera cependant très faible, l'inflation en sera d'autant plus alimentée. Il faudra alors en supporter les conséquences sur les salaires, notamment les plus faibles, l'épargne et les personnes les plus fragiles.

Jean-Christophe Chanut

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