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ÉconomieFrance

Ayrault ou la rigueur normale

Ivan Best

Publié le 03 juillet 2012 à 16:48 - Mis à jour le 03 juillet 2012 à 16:52

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Le premier ministre récuse les termes de rigueur et d'austérité. Son discours de politique générale n'en a pas été moins empreint de cette fameuse rigueur. Et Pas la moindre annonce en vue au profit du bon peuple....

Bien sûr, il n'a pas prononcé le mot. Interdit de parler de « rigueur » et encore moins d'austérité. Tabou absolu. « Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaire (...) mais je refuse l'austérité » a déclaré le premier ministre, à l'occasion de son discours de politique générale, ce mardi. Mais tout son propos renvoyait à ce terme de rigueur. Sur la forme : un discours sans artifice, même si le premier ministre s'est essayé, en conclusion, à l'envolée lyrique, déclarant « aucune agence ne notera jamais notre rêve, parce qu'il ne relève que de votre confiance et de celle des Français ». Ennuyeux, ont bien lâché les députés d'opposition. Sur le fond, aussi. Pas d'annonce gadget, qui pourrait susciter un début de polémique... ou faire un peu rêver. Car le rêve évoqué en conclusion est bien difficile à dénicher, à la lecture du discours.

Le refus d'être un "Fillon de gauche"
Certes, Jean-Marc Ayrault n'a manifestement pas envie de jouer les père la rigueur, personnage que son prédécesseur avait choisi d'incarner. Si, pendant quelques jours, l'analogie entre les deux chefs de gouvernement a pu prospérer, Jean-Marc Ayrault, c'est aujourd'hui clair, ne veut pas être assimilé à un François Fillon de gauche. L'ex premier ministre, lui aussi originaire des Pays de Loire, assumait pleinement l'annonce de décisions de politique économique douloureuses, comme les hausses d'impôt. Ce fut d'ailleurs le premier, au sein de l'équipe Sarkozy, à reconnaître que ce qu'on appelait alors la suppression de "dépenses fiscales" ou chasse aux niches, ressemblait furieusement à des augmentations d'impôts. A Sarkozy l'annonce des cadeaux fiscaux, à Fillon celle des taxes à payer en plus. Sans que cela déplaise le moins du monde à ce dernier.
A la veille de la présentation en conseil des ministres du collectif budgétaire, Jean-Marc Ayrault aurait pu en dire plus sur les annonces de ce mercredi, même si, prononçant une déclaration de politique générale, il devait embrasser large. Dans une situation similaire, François Fillon ne se serait sans doute pas privé d'une ou deux annonces fiscales. Histoire de bien montrer à quel point il était soucieux de redresser les comptes publics, de faire en sorte que l'on évite la « faillite », terme qu'il avait employé pour caractériser la situation financière de l'Etat.

Jouer la normalité
Jean Marc Ayrault joue, lui, la normalité. Le collectif budgétaire, c'est demain mercredi, et il n'est ni ministre de l'Economie ni ministre du Budget. Du coup, alors que beaucoup l'attendent sur le sujet, il n'en dit rien, ou presque.  Il en oublie -ou est-ce volontaire ?- de rappeler l'engagement à ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013, insistant seulement sur l'objectif de l'équilibre en 2017. Le premier ministre se contente d'annoncer les hypothèses de croissance retenues par son gouvernement, c'est bien le moins, pour fixer le cadre. Il se veut prudent, retenant le chiffre de +0,3% pour 2012 et de 1,2% pour 2013. Un dernier chiffre qui repose sur le pari d'un redressement de l'économie européenne, qui est loin d'être gagné. Et d'appeler au « dialogue social » (normal), tout en annonçant une « refondation de l'école » (tout aussi normal, au vu de l'inquiétude actuelle tant des enseignants que des parents d'élèves), et une « conférence environnementale » pour la rentrée (quelle surprise !).

Le scénario de la rigueur était déjà écrit

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Ne pouvant se répandre en promesses sociales, rigueur oblige, Jean-Marc Ayrault se rabat sur le « sociétal ». Et d'annoncer le droit au mariage homosexuel et à l'adoption pour le premier semestre 2013, le droit de vote des étrangers aux municipales, la fin du cumul des mandats en politique en 2014... Tout cela ne coûte pas grand'chose, voire rien du tout.
Alors, après 2015, lors de la seconde étape, théorisée, déjà pendant la campagne électorale, le temps sera peut-être venu de donner du « grain à moudre », selon la vieille expression syndicale. En attendant, c'est la rigueur, même pas surprenante:  à partir du moment où François Hollande avait décidé, à l'été 2011, de faire sien l'objectif de 3% de déficit en 2013, le scénario était écrit. Il avait simplement "oublié" de le décliner entièrement pendant la campagne électorale, même si beaucoup d'éléments étaient sur la table, qu'une certaine partie de la gauche n'a pas voulu voir.

Ivan Best

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