A quoi sert le pacte de responsabilité si l’euro continue de s’apprécier ?

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Une hausse de l'euro de 10% pourrait provoquer la destruction de 74.000 emplois au bout de trois ans
Une hausse de l'euro de 10% pourrait provoquer la destruction de 74.000 emplois au bout de trois ans (Crédits : reuters.com)
Une étude de l’OFCE simule les conséquences macroéconomiques d’une appréciation de 10% de la monnaie unique par rapport au dollar. Elles sont catastrophiques. Si cette hypothèse devait se réaliser, les effets positifs du pacte de responsabilité sur la compétitivité des entreprises seraient minimes.

Et si l'euro continuait de s'apprécier ? Cette hypothèse, que peu d'économistes écartent aujourd'hui, est-elle une véritable menace pour l'économie française ? Les économistes de l'Observatoire français de conjonctures économiques (OFCE) en sont persuadés. Après avoir rappelé le double effet d'une hausse de la monnaie unique sur le commerce extra zone euro - un effet de revenu via la baisse des prix des importations, notamment énergétiques, et un effet de substitution, un euro fort renchérissant le prix des exportations et réduisant ces dernières -, l'OFCE détaille les effets de ce qui ressemble à un scénario catastrophe. Actuellement, le taux de change dépasse 1,38 dollar pour un euro, très loin du consensus de 1,25 établi en début d'année par les économistes. La loi de finances 2014 a construit le budget de la France avec pour hypothèse un taux de change euro/dollar à 1,30.

Quels en seraient les ressorts ? " Une appréciation de 10 % de l'euro face à l'ensemble des monnaies entraîne une perte de compétitivité-prix à l'exportation pour la France vis-à-vis du reste du monde. Les autres pays de la zone euro bénéficient de la même perte de compétitivité sur l'ensemble des marchés à l'exportation ", expliquent Éric Heyer, Marion Cochard, Bruno Ducoudré et Hervé Péléraux, les auteurs de cette étude.

Des destructions d'emplois

Selon leurs calculs, l'effet sur l'activité serait de -0,3 % la première année puis de -0,5 % au bout de trois ans. Ce n'est pas tout. Même si la baisse de demande adressée entraînée par la dégradation de l'activité chez nos partenaires européens serait globalement compensée par l'amélioration de la demande adressée à la France par le reste du monde, les conséquences d'une telle appréciation sur le marché du travail provoquerait selon l'OFCE une destruction de 22.000 emplois la première année de 74.000 emplois au bout de trois ans.

Mécaniquement, les finances publiques seraient également impactées. Le solde public de son côté se dégraderait de 0,3 point de PIB à l'horizon de trois ans.

L'effet du pacte de responsabilité dilué

Dans ce contexte, les effets des mesures contenues dans le pacte de responsabilité pour redresser la compétitivité-prix des entreprises françaises pourraient être en partie dilués.

Certes, elles devraient permettre le redressement de la compétitivité des entreprises par rapport à leurs concurrentes de la zone euro, qui sont leurs principales clientes. La perte de compétitivité du made in France hors zone euro serait en partie compensée.

Mais ce redressement ne sera pas immédiat, un certain nombre de mesures, comme la baisse du taux de l'impôt sur les sociétés (IS), étant étalées dans le temps.

Pourquoi investir ?

Quant à la restauration de la compétitivité hors-prix des produits français, elle pourrait être limitée si la demande en France et en Europe reste atone. Parce que leurs entreprises affichent toujours des surcapacités de production, leurs dirigeants ne seront pas incités à investir et à moderniser leurs outils de production si les carnets de commande sont peu garnis.

Pour l'instant, comme le révèle l'étude CapEx de GE Capital, les intentions d'investissements sont élevées. L'Insee n'anticipe-t-elle pas une hausse de 3% de l'investissement industriel cette année, après une chute de 7% en 2013 ?

Mais, imaginer que le plan de 50 milliards d'économies dévoilé par Manuel Valls cette semaine, ainsi que la course au redressement des comptes engagée dans la plupart des pays de la zone euro, puissent stimuler la demande semble être un raisonnement baroque.

 

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a écrit le 19/04/2014 à 16:46 :
Réponse à la question du titre: parce que c'est neutre vis à vis des pays de la zone euro et c'est favorable pour les importations de gaz et de pétrole.
Réponse de le 20/04/2014 à 7:39 :
Souvenons-nous de ceux qui promettaient au moment du référendum de Maastricht : plus d'emplois, une convergence fiscale, un budget européen, une politique étrangère commune et indépendante des USA etc. C'est complètement raté : le "peuple européen" n'existe que dans le cerveau malade des européistes ...
Réponse de le 29/04/2014 à 7:44 :
Correction, ce sont les gouvernements nationaux qui ont empêché la création d'une structure supra nationale. Ainsi la construction européenne est coincée au milieu du gué. C'est la que le bas blesse.
a écrit le 19/04/2014 à 16:35 :
On sait depuis belle lurette que la fixation des devises correspond à un cartel établi entre les USA, la zone euro, le Japon et maintenant la Chine. Tout le monde toutefois fait mine de l'oublier pour sortir des théories économiques qui n'ont plus cours depuis longtemps et particulièrement celle de la monnaie "libre". le mode de fixation d'ailleurs pèse pour une entourloupe à grande échelle. La question est donc : pourquoi acceptons-nous que notre devise reste haute ? Réponse : c'est une bulle, une sorte de Q.E d'une autre manière, si l'euro baissait nos économies basées sur cette bulle s'écrouleraient et particulièrement l'allemande. l'illustration en est UK qui n'arrive pas à remonter de sa dévaluation. L'euro reste donc élevé et fait monter les autres devises européennes telle une ruée vers l'or, le marché étant principalement interne. Pour celui extérieur, les acteurs ont pris l'habitude de parler en dollar et quelquefois en renminbi. Si les petites entreprises exportatrices meurent cela ne pose aucun problème aux grandes qui récupèrent les marchés ou les abandonnent s'ils sont jugés sans intérêt. Par ailleurs l'entrée de produits étrangers redonne du pouvoir d'achat.... tout va bien. Si ce n'était le chômage ... mais l'idée d'une gestion plus construite, face à la probabilité qu'il atteigne 40% des populations, se fait jour, donc l'on continue , tout vas encore bien....
a écrit le 19/04/2014 à 9:41 :
Si l'euro monte, nos importations, pétrole compris nous coûterons moins cher et nous sommes déficitaires. Quand a notre compétitivité, et au budget de l'état, une bonne TVA sociale, et hop le problème est réglé!
Seul problème , c'était le programme de Sarko. Mais on a déjà commencé à revenir un peu à la réalité!
a écrit le 19/04/2014 à 9:27 :
C'est étonnant n'empêche, la presse comme nos politiciens de tout bord nous expliqués y quelques années en arrière qu'il ne fallait rien faire, maintenant si ? ...

C'est si beau la contradiction, dire à l'un qu'il ne faut pas faire ça mais quelques temps après le recommander...


Allez : Les taux de change - Dominique Plihon.
a écrit le 18/04/2014 à 22:32 :
A quoi sert le pacte de responsabilité si l’euro continue de s’apprécier ? A rien , a rien …
a écrit le 18/04/2014 à 19:01 :
Raison de plus pour que l'Allemagne persiste à maintenir un Euro très haut.
a écrit le 18/04/2014 à 18:50 :
La seule question qui vaille est qu'il faut sortir de l'Euro et vite, d'autant plus qu'ils vont faire de nouveau de la titrisation on est repartie comme en 2008.
Les Américains nous rachètent avec leur planche a billet écoutez la déclaration et les explications de Norman Palma meme moi j'ai compris (c'est dire).
Réponse de le 19/04/2014 à 17:57 :
Et si les économistes du FN avaient raison ? C'est la question que je me pose car lorsque je vois tous ces brillants théoriciens ?..
a écrit le 18/04/2014 à 18:50 :
Continue à couler la France
a écrit le 18/04/2014 à 18:33 :
"A quoi sert le pacte de responsabilité si l’euro continue de s’apprécier ?". Ben, il sert à mettre au pas le peuple français qui est trop cher payé selon ces messieurs de la Commission Européenne, de la BCE ou de l'OMC. Et ce n'est que le début d'une longue souffrance...
a écrit le 18/04/2014 à 17:20 :
Les russes sont en train de transférer 1000 milliards de dollars des USA sur la zone euro ! Voilà ce qui fait monter l'euro/dollar...
a écrit le 18/04/2014 à 17:10 :
il faut sortir de l'euro : tous les prix Nobel d'économie disent que l'euro est une erreur
Réponse de le 19/04/2014 à 18:40 :
Et pour quelles raisons ne pas les écouter avant qu'il ne soit vraiment trop tard ?
a écrit le 18/04/2014 à 16:12 :
La véritable menace pour l’économie Française c'est son administration!
Réponse de le 18/04/2014 à 18:21 :
le problème ce sont les gens comme vous qui diffusent des contrevérités et empêchent que l'on parle des vrais problèmes !!!!!!!!
Réponse de le 18/04/2014 à 18:25 :
Vous vouliez sûrement dire les politiques; et plus particulièrement les haut placés. Je ne pense pas que le salaire de la personne qui gère vos droits sociaux soit faramineux et je ne penses pas que vous voudriez qu’elle soit viré au détriment de vos droits sociaux non gérés !
a écrit le 18/04/2014 à 15:43 :
L'invention socialiste ' du pacte de responsabilité ' est fait pour faire de la politique ...! pour l'économie faudra attendre la viabilité de cette prétention....
a écrit le 18/04/2014 à 14:17 :
Là est le problème, on construit un "mammouth" monétaire, on impose une décentralisation pour mieux "gouverner", on demande l'aval des peuples d'Europe. Et on triche sur ces trois facteurs!
a écrit le 18/04/2014 à 13:18 :
Un bon économiste doit aussi savoir écrire en français. Les "si" et les "rait" ne vont pas ensemble.
a écrit le 18/04/2014 à 13:17 :
Faut-il considérer la perte de 74000 emplois comme une catastrophe en soi? Et l'appréciation de l'euro de 10% comme inévitable cause de perte de compétitivité?

C'est supposer que les règles de la macroéconomie n'auront pas changé dans le même temps.

Une piste de réflexion : le citoyen doit-il être considéré prioritairement comme un travailleur ou comme un consommateur?

Un autre : l'appréciation de notre monnaie n'autorisera-t-elle pas le développement d'une nouveau secteur économique : la dépollution, à la fois ultra-technologique, grande pourvoyeuse de travail et globalement saine et dynamisante pour l'ensemble de la société, comme le furent jadis les chemins de fer.

Une dernière, pour la route : la liaison appréciation de l'euro/perte d'emploi nest pas forcément corrélée. Dans l'hypothèse d'une brusque baisse de la population (épidémie, guerre), elle serait même inadéquate.
Réponse de le 18/04/2014 à 16:18 :
les 2 mon capitaine : sans consommateur point de travailleur. et vice versa. de toutes façons le salut ne peut venir "que" des exportations une zone de 500 millions de travailleurs / consommateurs ne peut se contenter d'essayer de "chiper" des points de pib aux USA et à la chine en "exportant notre crise". Ceci est la conception allemande, suivie par la commission et le conseil européen et qui ne peut marcher pour l'europe. La croissance des exportations doit être "supportée" par la croissance produite par l'europe elle même : par l'activité économique interne, l'innovation , l'investissement et la consommation locale. Là encore ce modèle actuel à tout faux : la consommation publique chute (déficits oblige) la consommation privée chute, et on attend un miracle des exportation alors que l'essentiel du commerce en Europe se fait entre européens ... qui consomment moins....le chat se mort la queue. la baisse de l'euro est une condition sans doute nécessaire mais malheureusement pas suffisante.
a écrit le 18/04/2014 à 12:54 :
1.25 la parité retenu par des " économistes "... donner des noms !
faut pas s' affoler.. l' export hors ue, y-a un moment que les boites ont délocalisés pour s' affranchir des fluctuations monétaire.. donc si l' ofce est déjà le prédicateur d' un eurus à 1.25 on peut douter de cette " étude "
Réponse de le 18/04/2014 à 13:10 :
"faut pas s' affoler.. l' export hors ue, y-a un moment que les boites ont délocalisés pour s' affranchir des fluctuations monétaire.. "

--> tout a fait, c'est ce que l'on appel d'ailleurs "une délocalisation"
Ça fait 20 ans que ça dure, que cela s’amplifie, et c'est ainsi que nous perdons en France, une usine par jour et 800 emplois industriels par semaine.

C'est génial non ?

:-)
Réponse de le 18/04/2014 à 13:26 :
Je suis estomaqué de voir que le débat s'est décentré ces dernières années. Plus aucun "économiste" (en particulier de l'OFCE, Keynésien), n'évoque le problème majeur des 35 heures "payées 39", qui datent de 2000 (application) et expliquent une bonne partie de nos difficultés. Une partie du coût a été pris en charge par les entreprises, d'où la baisse de compétitivité, l'autre par l'Etat d'où une partie du déficit chronique, et enfin, les français ont perud de la motivation "travail". Quand la gauche dit que le problème de perte de compétitivité date des dix dernières années, elle a raison, mais met son mouchoir sur l'origine de ce phénomène.
Réponse de le 18/04/2014 à 16:12 :
La zone euro dans son ensemble, a une balance des transaction courantes excédentaire. Les délocalisations? Hum j'ai du mal à vous suivre. D'ailleurs ces excédents devraient justifier une hausse de l'euro.

Quand aux 35 heures, cela fait longtemps qu'elles ont été totalement détricotées, et pourtant la compétitivité n'est pas là. Il faut peut-être chercher ailleurs, les causes du problème. Je vous donne une liste, les 5 semaines de congés payés, les 39 heures, la fin de l'interdiction du travail des enfants, l’abolition de l'esclavage... la droite passéiste a de quoi puiser!
Réponse de le 18/04/2014 à 22:28 :
@ Alai1498: Les 35h ont été mise en place avec des contre parties: annualisation du temps de travail, modération salariale pendant de nombreuses années en suivant, forfait jour (celui qui permet de faire bosser des gens 50h semaine payées 35h). Depuis elles ont été détricotées , les RTT doivent êtres forcement pris mais les congés payés peuvent ne pas être pris et être payés (il suffit de prendre les RTT d'abord et de se faire payer ses congés non pris après) . Il est possible de faire de contrats à 39h (en prenant un chômeur en fin de droit au ras des pâquerettes le salaire n'est plus vraiment un problème) , il est possible de payer des heures sup pour arriver a 40h semaine voir plus sans problème. Revenir aux 40h payées 40 sans RTT certes mais sans forfait jour, sans annualisation, sans flexibilité (pas de travail, on s'en branle vous payez quand même les 40h) , comme avant , les salariées en rêveraient presque. Alors méfiez vous.
Réponse de le 18/04/2014 à 23:03 :
@Alai1498 : aucun économiste ne croit que les 35 h ont fait du tort à la France. Seuls des politiciens mal intentionnés sortent cette ânerie. D'ailleurs l'Allemagne a une durée du travail annuelle inférieure à la France (ça vous en bouche un coin !) et un coût du travail moyen analogue à la France mais exporte plus ! la compétitivité se situe là ou vous ne la cherchez pas.

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