UMP : recentrage ou barre à droite toute ?

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(Crédits : reuters.com)
Alain Juppé veut sauver l'UMP en la rapprochant du centre. A l'inverse, la droite du mouvement regarde vers le Front national. Jusqu'à pousser à un éclatement de l'UMP?

La crise à l'UMP va bien au delà de l'affaire Bygmalion. Comment le parti fondé par Jacques Chirac en 2002, peu après l'accession du Front national au deuxième tour de l'élection présidentielle  peut-il en sortir? Deux scénarios peuvent être grosso modo envisagés, à long terme. Le premier c'est, celui du redressement du parti dit "néo-gaulliste". "C'est possible, à deux conditions" estime le politologue Brice Teinturier, directeur délégué de l'institut de sondages Ipsos. "Il faut que l'UMP règle la question du leadership", et aussi, c'est fondamental, celle du programme. La décision, prise sous la pression des sarkozystes, de refuser tout droit d'inventaire, tout ré-examen de l'action passée, pèse lourd, aujourd'hui, dans la désaffection des électeurs".

Alain Juppé n'est pas loin de cette position, qui lie la question du programme et celle du leadership. «Il y a un problème de fonctionnement, d'organisation, de leadership et il y a un problème de ligne politique, les deux sont étroitement liés», a estimé Alain Juppé, tout en se refusant à appeler à la démission du président du parti, Jean-François Copé. «Il faut que la gouvernance de l'UMP soit profondément modifiée», a-t-il insisté.

La solution Juppé: se rapprocher du centre

S'agissant du programme, à rebours de la tactique suivie partiellement jusqu'à maintenant, consistant à chasser sur le terrain du Front national, Alain Juppé préconise un rapprochement avec le centre.

«Je demanderai demain que nous reprenions contact avec nos partenaires de l'UDI et du MoDem. Nous avons sans doute des divergences avec eux, mais nous avons aussi beaucoup de points de convergence»,

a déclaré l'ancien Premier ministre, réputé proche du président du MoDem François Bayrou.

«Parlons-en et essayons de voir dans quel contexte nous pouvons nous mettre d'accord sur une plateforme commune», a poursuivi l'ancien président de l'UMP, appelant, dans le cas d'un accord, à la préparation «de primaires coorganisées par toutes les forces de la droite et du centre, ouvertes à tous nos électeurs». «Sinon, le résultat de l'élection présidentielle pourrait à nouveau nous apporter de très mauvaises nouvelles».

De très mauvaises nouvelles... ce pourrait être l'affaiblissement du parti fondé par Alain Juppé, qui tient à sauver son" bébé", voire sa disparition...

Hypothèse 2: à droite toute, jusqu'à l'éclatement de l'UMP?

 Le deuxième scénario, c'est celui que défendent encore sans trop le dire, mais en le disant tout de même, les élus les plus à droite de l'UMP. Qu'on en juge par le tweet, ce jour de Thierry Mariani, député des Français de l'étranger, animateur du courant Droite populaire

Qu'est-ce à dire? Il s'agit clairement de s'allier avec le parti de Marine Le Pen. Quitte à aller encore plus loin ensuite? Poussé dans sa logique, le scénario d'un rapprochement UMP-FN aboutirait à la constitution d'un grand parti conservateur, marqué à droite.
Plausible? Ce qui est apparu en 2012, et devient chaque jour plus flagrant, c'est la volonté de Marine Le Pen d'accéder au pouvoir. "Contrairement à son père, elle veut être ministre, voire plus". Le pouvoir et ses attributs l'intéressent. Les efforts de dé-diabolisation du FN, la volonté affichée d'expurger du rassemblement  les restes d'antisémitisme et de nostalgie fasciste participent de cette stratégie.

Le FN, un grand parti de droite, à l'image du MSI italien des années 2000?

Il est envisageable que soit créé un grand parti de droite, comme cela s'est fait en Italie, avec le MSI, parti fascisant créé juste après guerre devenu parfaitement « fréquentable » au milieu des années 90, une fois abandonnée toute référence sulfureuse. Le MSI, devenu Alliance nationale, a ainsi pu faire alliance avec Silvio Berlusconi au milieu des années 2000. Et son président, Gianfranco Fini, de devenir vice président du conseil, puis ministre des affaires étrangères et président de la Chambre des députés. C'est bien ce qu'a en tête Marine Le Pen.

Bien sûr, pour s'unir, mieux vaut être deux. Quel serait l'intérêt de l'UMP? Pour la droite du "parti néo-gaulliste", l'intérêt serait évident: déjà, l'UMP a rejoint les thématiques du FN sur l'immigration, les questions de société, une alliance électorale puis une fusion deviennent évidentes. Elles le seront d'autant plus que se matérialisera risque de perdre des sièges à l'occasion de scrutins locaux ou des législatives, en raison de triangulaires.

Évidemment, les élus proches du centre quitteraient ce parti de droite et d'extrême droite, rejoignant les partis centristes. Un pôle important se reconstituerait ainsi au centre droit. A l'image de l'UDF des années 70.

 

 

 

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Commentaires
a écrit le 27/05/2014 à 9:37 :
Alain Juppé : le premier ministre le plus impopulaire de la 5ième république.Les français ont la mémoire courte.
Il ferait mieux de faire profil bas
a écrit le 27/05/2014 à 7:15 :
Il est tout ce dont on ne veut plus :arrogant ,arriviste,proeuropéen,proimmigrationniste et gauchisant.A tous les coups il va placer ses pions en profitant de la déconfiture de lump.
a écrit le 27/05/2014 à 2:12 :
c'est ça, le repris de justice Juppé, instigateur des magouilles à grande échelle avec son copain Chirac va redresser la situation !!! Il nous prendrait pas pour des billes par hasard ????
a écrit le 26/05/2014 à 21:59 :
Je ne vote plus pour l'UMP depuis que leur doctrine se rapproche des idées nauséabondes du Front

Entre un dirigeant qui veut faire la peau aux RTT, l'autre dont on sait qu'il va mentir avant même d'ouvrir la bouche, et l'ancien autocrate avec sa cour d'adorateurs, s'ils ne renouvellent pas ça ils sont morts ...
a écrit le 26/05/2014 à 21:22 :
Revenez pas au pouvoir, ça fait pas encore assez d'année que vous n'êtes plus président pour que les citoyens est oublié votre politique destructrice.
a écrit le 26/05/2014 à 21:09 :
Juppé ne veut pas sauver l'UMP, tout comme il se moque parfaitement de l'électorat dit de droite ou libéral. Ce qu'il veut, c'est sauver son image de "recours providentiel" et son ambition présidentielle.
Réponse de le 27/05/2014 à 2:13 :
@juppé: tout à fait !
a écrit le 26/05/2014 à 18:46 :
Pour les analystes et prospectivistes dignes de ce nom donc des gens qui ne courent pas les rues en France, il est certain depuis un certain temps déjà que l'UMP va éclater d'abord compte tenu des personnalités qui s'y trouvent et des pratiques (donc des affaires). On va vers une nouvelle UDF, et si Fillon était un tant soit peu malin et avait une réelle envergure il aurait pris de vitesse Jupé dans ce deal. Et puis de l'autre on aura un rapprochement avec le FN et probablement avant 2017 une fusion de cette composante ex UMP dans le cadre d'un nouveau RPR gaullo-lepéniste à laquelle se rallierait Debout-La République (qui av fait un bon score aux européennes dont personne ne parle), ce qui n'est pas banal, avec Guaino en pointe. Un nouveau parti pour une France souveraine et indépendante proche de l'Allianza Popular espagnole post franquiste en plus gauliste.

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