Finalement, le chômage est-il en hausse ou en baisse ?

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Selon que l'on se base sur les statistiques de Pôle emploi ou sur celles de l'Insee, le chômage progrese ou se réduit légèrement...
Selon que l'on se base sur les statistiques de Pôle emploi ou sur celles de l'Insee, le chômage progrese ou se réduit légèrement... (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
L'Insee vient d'annoncer que le taux de chômage avait reculé de 0,2 point au deuxième trimestre pour se fixer à 9,7%. Or, mois après mois, les statistiques de Pôle emploi indiquent une hausse du chômage. Comment expliquer ce hiatus.

Fin août 2014 : les dernières statistiques de Pôle emploi tombent : en juillet, le nombre des demandeurs d'emploi en France métropolitaine progresse, une nouvelle fois, de 0,8%. Il y a maintenant 3.424.400 demandeurs d'emploi inscrits en catégorie « A ».
4 septembre 2014 : les statistiques de l'Insee, fondées sur les normes du Bureau international du travail (BIT), indiquent que le chômage a... baissé de 0,2 point dans l'Hexagone, pour s'établir au deuxième trimestre 2014 à 9,7%. 2,8 millions de personnes au chômage étaient ainsi recensées en France métropolitaine. En revanche, si l'on inclut l'Outre-mer, le taux de chômage s'établit à 10,2%, soit une progression de 0,1 point sur un an.

Pour les non spécialistes, il y a de quoi s'arracher les cheveux et se demander si le chômage augmente, diminue ou stagne... Même si le « ressenti » général, bien sûr, est qu'il n'y a aucune amélioration à attendre avant, au mieux, 2015. Ce que vient d'ailleurs de confirmer l'OCDE.
Mais comment expliquer ce hiatus qui arrange bien les politiques? Selon qu'ils sont dans l'opposition ou au pouvoir, ils peuvent s'appuyer sur la statistique la plus favorable à leur démonstration...
En vérité, tout le monde a raison... ou tout le monde a tort. Car les différentes statistiques « officielles » du chômage - celles de Pôle emploi et celles de l'Insee/BIT - ne reposent pas sur les mêmes données. Résultat, il y a une différence de... près de 500.000 chômeurs entre les deux méthodes.

L'Insee s'appuie sur la définition du chômeur donnée par le BIT

On peut se concentrer sur le taux de chômage qui mesure le nombre de chômeurs par rapport à la population active. Ce que font donc trimestriellement le BIT et l'Insee. Ces données servent aux comparaisons internationales. Ce qui constitue un avantage.
Pour le BIT, est considérée comme chômeur une personne de plus de 15 ans à la recherche active d'un emploi qui n'a pas du tout travaillé au cours de la semaine de référence et qui se trouve immédiatement disponible pour exercer un métier. Pour la France, c'est l'Insee, sur la base donc des critères définis par le BIT, qui se charge de mener cette enquête trimestrielle réalisée auprès de 110.000 personnes. De cette enquête, elle évalue l'évolution du taux de chômage.

Pôle emploi comptabilise les personnes qui se présentent au guichet

Pôle emploi, lui, pour fournir ses statistiques mensuelles, se base sur les personnes qui se présentent (ou qui « pointent » pour confirmer une inscription intervenue antérieurement) à ses guichets. Pour mesurer l'évolution mensuelle du chômage, Pôle emploi fait donc le solde entre un mois donné et le mois précédent. Il évalue ainsi l'évolution. Plus compliqué encore, il y a à Pôle emploi cinq  catégories de chômeurs  « A,B,C,D,E ». Ces catégories correspondent à la situation du demandeur d'emploi : celui qui n'a pas du tout travaillé, celui qui a exercé une activité réduite le mois précédent, celui qui est en formation, celui qui n'est pas immédiatement disponible, etc.

Et c'est de là que vient le fameux hiatus : on peut être chômeur au sens de Pôle emploi et ne pas l'être aux sens du BIT/Insee et vise versa. Par exemple, le BIT comptabilise des jeunes à la recherche d'un premier emploi qui ne se sont pas inscrits à Pôle emploi faute de pouvoir percevoir une indemnisation. A l'inverse, le BIT ne considèrera pas comme un chômeur un demandeur d'emploi qui aurait exercé une activité réduite, alors que Pôle emploi le fera dans certaines circonstances.

L'exemple parlant des demandeurs d'emploi de plus de 50 ans

Un autre exemple, très parlant, concerne les "seniors", ces demandeurs d'emploi de plus de 50 ans. Jusqu'en 2008, ces personnes bénéficiaient dans certaines conditions d'une « dispense de recherche d'emploi ». Depuis, cette dispense n'existe plus et ces personnes sont donc de nouveau inscrites à Pôle emploi souvent en « catégorie A ». Or, quand l'Insee les interroge, elles reconnaissent, par lassitude, ne pas être activement à la recherche d'un emploi... L'Insee ne va donc pas les comptabiliser... à la différence de Pôle emploi.

Résultat,  fin 2013, 743.000 demandeurs d'emploi de plus de 50 ans étaient inscrits à Pôle emploi en catégorie « A », contre « seulement » 502.000 au sens du BIT, soit un écart de plus de 200.000 personnes.

En 2013, François Hollande avait pris le risque d'annoncer une « inversion » de la courbe du chômage pour la fin de l'année. Si l'on se base sur les critères retenus par Pôle emploi, il s'est trompé, le chômage a encore progressé. En revanche, les données du BIT/Insee ont donné raison a postériori au président de la République avec une baisse du taux de chômage de... 0,1 point au dernier trimestre 2013.

La pluralité de ces sources statistiques a  le mérite de donner à chacun du grain à moudre selon la démonstration qu'il a besoin de faire. Mais l'idéal serait tout de même que ces différentes données indiquent unanimement, un jour, une tendance à la baisse.

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Commentaires
a écrit le 05/09/2014 à 19:28 :
Si personne n'allaient s'inscrire au pole emploi nous entenderions pas que le chomage augmente
a écrit le 05/09/2014 à 7:37 :
comment voulez-vous gérer un pays et prendre les bonnes décisions quand on lit cet article.
Quand on lit cet article on s’aperçoit donc que les définitions changent selon l'organisme chargé de la statistique. Ainsi je découvre que le panel pour déterminer le taux de chômage par l'insee est de 110 000 pour déterminer le taux au sens du bit !
bref pourquoi faire simple quand on peut tout compliquer, avec l'existence de l'informatique dans la majorité des entreprises et des administrations étonnant de voir ce type d'image évalué à la "louche"....
a écrit le 05/09/2014 à 7:02 :
Le nombre de sans emploi augmente alors que les chiffres du chomage sont bidonnés avec les stratagèmes qui restent encore.
a écrit le 04/09/2014 à 21:38 :
Apres l'inversion de la courbe, voilà que les socialos veulent la truquer. Encore du "fait ce sue je dis et pas ce que je fais" !
Ces socialos sont menteurs, incompetents, inhumains et maintenant truqueurs ! On n'arrete pas le progres à gauche !!!!
Réponse de le 04/09/2014 à 23:10 :
Pourquoi sous Sarkozy c'était différent?
Réponse de le 05/09/2014 à 11:29 :
Encore faudrait il que les "socialos" aient créé le BIT, pour que votre commentaire ait une quelconque valeur...
a écrit le 04/09/2014 à 20:29 :
A Cagnes Sur Mer par exemple les maisons individuelles sont en voie de disparition.
Les délivrances de permis de construire se font ici avec une grande facilité.
Les nouveaux immeubles de 6 étages apparaissent aussi vite dans tous les quartiers de la ville que les escargots après une averse de pluie...
a écrit le 04/09/2014 à 20:16 :
Vous savez, sur la Côte Azur, la fameuse "crise" que nous sommes sensés vivre j'ai du mal à la constater moi. Le secteur immobilier se porte à merveille par exemple ici.
Les voitures récentes aussi ne manquent pas dans les rues.
Que ce soit des 20 8, des Mini, des Au di....
Réponse de le 04/09/2014 à 21:19 :
place des vosges aussi tout va bien
a écrit le 04/09/2014 à 20:11 :
cela peut être un choix de vie d'être au chômage.
je connais des personnes dont c'est le cas.
elles sont parfaitement épanouies et heureuses de profiter de la vie à leur manière vous savez.
Réponse de le 05/09/2014 à 9:22 :
en effet nous en avons tous autour de nous mais chut il ne faut
pas le dire cela donnerai des idées a d'autre
a écrit le 04/09/2014 à 18:45 :
Merci pour cet excellent article et des explications qui devraient calmer certains débats inutiles.
a écrit le 04/09/2014 à 17:11 :
malheureusement vous oubliez de dire que l'INSEE (à la demande du gouvernement), à changé son questionnaire en janvier 2013 !!! Cette modification a amplifié la différence entre une statistique et une inscription/ré-inscription à pole emploi.
Hollande, en annonce dès la fin 2012 qu'il inverserait la courbe du chomage avant fin 2013.... pensait qu'en modifiant les règles du jeu il arriverait à inverser virtuellement le nombre de chomeur.
Si cette données n'avait pas été modifiée ... il y aurait en France 750.000 chomeurs de plus entre juin 2012 et juin 2014 !
Soit un record historique en terme de progression !
a écrit le 04/09/2014 à 16:49 :
Ne vous fiez jamais à l'INSEE.
Marge d'erreur entre + et - 0,5% !
Réponse de le 04/09/2014 à 16:58 :
La marge d'erreur de Pole emploi est elle meillure ?

+ ou - 0,5 % c'est l'épaisseur du trait....
a écrit le 04/09/2014 à 16:48 :
bah alors tout va bien dans ce pays!!! ah merci l'INSEE!
a écrit le 04/09/2014 à 16:24 :
Il est certain que la suppression de la DRE n'a, en soi, créé aucun emploi et entraîne un accroissement politiquement incorrect du nombre des inscrits en catégorie A.
Du fait du décalage de l'âge de la retraite, on peut penser que ce nombre va encore augmenter pendant... 3 ans : pas de chance pour l'équipe actuellement au "pouvoir" !

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