Et si Terminator devenait la tête d'affiche de l'Union européenne ?

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Selon son entourage, l'ancien gouverneur de la Californie Arnold Schwarzenegger briguerait la présidence de l'Union Européenne, actuellement dirigée par le peu médiatique Herman Van Rompuy. L'information, qui provoque l'hilarité en Europe et l'amusement des médias, soulève néanmoins une réalité : la faiblesse de l'image de l'Union européenne.

"C'est un gag ?" Marie-Hélène Aubert, ancienne députée européenne d'Europe Ecologie les Verts (UELV), éclate de rire en apprenant la nouvelle : selon Terry Tamminen, l'ancien chef de cabinet de "Terminator", Arnold Schwarzenegger briguerait ni plus ni moins que la présidence de l'Union Européenne, pour l'instant entre les mains du très discret Herman Van Rompuy. Ce Belge est quasiment un inconnu outre-Atlantique et c'est justement l'argument avancé par Terry Tamminen dans l'hebdomadaire américain Newsweek : l'actuel président du Conseil européen souffre d'un déficit flagrant de notoriété, qui serait préjudiciable à l'Union européenne en mal de visibilité dans le monde. Le populaire Arnold Schwarzenegger, autrichien de naissance, apporterait donc le charisme et la capacité d'incarnation qui fait actuellement défaut à l'UE. "Dans les prochaines années, l'Union Européenne va devoir se trouver un président de plus grande envergure, quelqu'un capable d'unifier l'Europe", argumente Terry Tamminen. Alors, pourquoi pas Schwarzenegger ?

Né en Autriche, "Gouvernator" ne peut pas briguer la présidence américaine

L'homme aux multiples casquettes a brillamment gagné ses galons de politicien grâce à deux mandats à la tête de la Californie. Il en a fait un état pionnier dans le développement durable, et a acquis le respect de ses pairs. Sa popularité est telle qu'il pourrait briguer l'investiture républicaine à la présidentielle de 2012 s'il était né sur le sol yankee, condition indispensable pour se présenter. Surnommé le "Chêne Autrichien" pendant ses années de culturisme, "Schwarzy" pendant sa carrière d'acteur et aujourd'hui "Gouvernator" (la contraction des mots Gouverneur et Terminator, son plus grand succès cinématographique), l'acteur n'a, depuis qu'il a dû passer la main au démocrate Jerry Brown le 3 janvier dernier, plus aucun rôle à jouer...

Reste que la possibilité pour Arnold Schwarzenegger d'accéder un jour à la présidence de l'Union européenne relève davantage du fantasme de communiquant que de la probabilité. Dans les institutions du traité de Lisbonne, le président du Conseil européen n'est pas élu par le peuple mais par les dirigeants des vingt-sept pays de l'UE. C'est un poste sans réel pouvoir, conçu pour ne pas gêner les Etats membres tout en dotant l'UE d'un président stable, dont le mandat de deux ans et demi est renouvelable une fois. De plus, l'élection du président est une cuisine interne, qui respecte l'équilibre de l'échiquier politique du continent : le poste a échu en 2009, pour la première élection, à une personnalité de droite, Herman Van Rompuy, alors que celui de haut représentant pour la politique étrangère a été attribué à un membre du groupe socialiste, en l'occurrence la britannique Catherine Ashton.

Les grands chefs d'Etats n'ont pas envie d'un président qui leur face de l'ombre

"Ce qui est drôle avec cette histoire complètement invraisemblable, c'est qu'elle fait ressortir que poste de président de l'Union est une coquille vide", sourit Marie-Hélène Aubert. Dans Newsweek, Terry Tamminen vend la candidature de son mentor en ironisant sur les rivalités entre les Etats membres. "Les Français ne voudront pas d'un Allemand, et les Allemands ne voudront pas d'un Italien. Et s'ils choisissaient plutôt un Européen parti aux Etats-Unis, ressuscitant la vision d'un Washington ou d'un Jefferson d'une Europe nouvelle et unifiée ?"

Touché. "Les égos des Etats, c'est ce qui plombe l'Europe", soupire, sous couvert d'anonymat, un proche d'un député européen PS. "Qui connaît Van Rompuy ? Qui peut dire ses positions sur les grands dossiers internationaux ? Ce n'est pas de sa faute mais celle des institutions européennes. Les grands Etats qui la dirigent -France, Allemagne, Royaume-Uni- n'ont tout simplement pas intérêt à s'effacer derrière l'Union". Marie-Hélène Aubert regrette, elle aussi, la faiblesse de la diplomatie européenne. "Quand Van Rompoy et Ashton ont été nommés, c'était la consternation. Non pas que les deux personnes ne soient pas compétentes, mais en terme de représentation, c'est calamiteux".

Il est vrai qu'Arnold Schwarzenegger offre une opposition saisissante de style avec Herman Van Rompuy. Le premier est une star mondialement connue, amateur de cigares et de voitures de course. Le second est un ancien Premier ministre belge de 63 ans, passionné de poésie japonaise et de musique classique, qui cultive la discrétion avec autant de soin qu'Arnold "Musclor" Schwarzeneger continue à cultiver son corps.

Un come-back triomphant de "Schwartzy" sur les terres de son enfance, voilà une fin digne d'Hollywood

Celui qui a été élu Mr. Europe en 1965 et 1966 pourrait-il, un jour, être couronné président d'un ensemble dont il a déjà été le représentant ? Lorsqu'il a quitté son poste de gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger a régalé les journalistes en reprenant, de sa voix grave et virile, la réplique issue de Terminator qui a fait sa renommée : "I'll be back". Depuis, il a présenté, à Cannes début avril, un dessin animé inspiré de son parcours intitulé "Gouvernator", qui pourrait être adapté au cinéma en 2013. Mais le meilleur film d'Arnold Schwarzenegger serait sans aucun doute celui de sa propre vie. L'histoire improbable d'un Autrichien bodybuildé qui s'exile aux Etats-Unis, devient cinq fois Mr Univers, met Hollywood à ses pieds, se mue en homme politique influent jusqu'à conquérir la Californie. Dans ce film, seule la fin reste encore à écrire. Un come-back triomphant sur les terres de son enfance, pour boucler la boucle dans un happy end très hollywoodien ? A suivre...

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