La "démondialisation" : une chimère...

Par Jacques Barraux, journaliste.
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L'initiative a interloqué les dirigeants de filiales d'entreprises françaises basées à Singapour : ils ont reçu un message leur demandant une obole pour financer la fête du 14 Juillet à l'ambassade de France. La démarche est innocente mais elle donne une idée de la manière désinvolte dont la République désargentée traite l'élite de ses expatriés, l'avant-garde de la France sur les grands marchés de croissance. Au même moment à Paris, une centaine de députés chiffonnaient l'image de la France à l'ouverture du plus grand salon aéronautique mondial en exigeant qu'Air France renonce à acheter des Boeing 787. Aux applaudissements des "patriotes" s'opposait la consternation des équipementiers fournisseurs à la fois de Boeing et d'Airbus, c'est-à-dire l'élite technologique de notre pays.

 

Depuis 1995, trois thèmes porteurs ont décidé du vainqueur des élections présidentielles : la compassion face à la fracture sociale en 1995, la demande de sécurité en 2002, le pouvoir d'achat et la modernisation du pays en 2007. Pour 2012, la course à la primaire "thématique" oppose deux France : celle des protectionnistes et celle des réformateurs. Pour les uns, le thème déclencheur de la victoire doit être celui de la "démondialisation". Pour les autres, celui du rattrapage de la compétitivité perdue depuis le début du siècle.

 

Les écluses de Marine Le Pen et les douaniers d'Arnaud Montebourg. Comme dans les années 1930, les deux extrêmes de l'échiquier politique prospèrent aux zones frontières des partis de gouvernement. Au risque de froisser les intellectuels de gauche investis dans le combat pour la "démondialisation", force est de reconnaître que leur programme est la version désenchantée de "l'altermondialisme" des années 1990-2000. Un prosaïque catalogue de mesures de protection aux frontières nationales se substitue aux appels lyriques à la coalition des forces pour arracher les pays du Sud à la misère. Les taxes et les quotas du "Manifeste pour un débat sur le libre-échange" signé par d'anciens militants altermondialistes ne se différencient guère des "écluses douanières contre la concurrence déloyale des pays émergents" de Marine Le Pen, laquelle s'offre le luxe de dispenser les anciennes colonies d'Afrique de ses préconisations coercitives. Quant au combat pour une croissance non destructrice des ressources de la planète, il s'est détaché du bloc altermondialiste pour nourrir le discours de formations politiques qui ne sont pas nécessairement impliquées dans la croisade contre le libre-échange.

 

La feuille de salaire de l'ouvrier français et celle de l'ouvrier allemand. Est-ce la Chine déloyale ou le travailleur indien sous-payé qui sont les seuls responsables de l'effondrement de l'emploi industriel dans notre pays ? La réalité est plus humiliante : le marqueur infaillible du recul de la compétitivité de la France se situe à l'intérieur même de la zone euro, là où ni le facteur monétaire, ni la concurrence de pays à bas coûts ne peuvent être invoqués. Toujours renvoyée à plus tard, la réforme du mode de financement de la protection sociale - santé, famille - par les entreprises et les salariés n'est que l'un de ces handicaps qui paralysent les embauches et réduisent le salaire net au regard des salaires payés aux ouvriers allemands. Et que dire d'une nation réputée en souffrance où, grâce à l'addition des congés et des RTT, les cadres prennent trois semaines de vacances de plus que leurs collègues européens et cinq semaines de plus que les Américains.

Fermer les frontières au son du glas ou emboîter le pas des démocraties amies qui ont réformé leur modèle sans le dénaturer ? On doute que les Français de 2011 aient le moindre désir d'un retour à la France de Jules Méline et de Pierre Laval.

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Commentaires 10
à écrit le 04/07/2011 à 13:56
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On ne peut pas parler de dé mondialisation mais encore plus de mondialisation avec un coût environnemental moindre !! Il faut absolument un monde multipolaire avec plus de pouvoir économique et politique pour les pays moyennement développes (Inde, C...

à écrit le 29/06/2011 à 17:30
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Les pays européens sont des petits pays par rapport à des pays comme l?Inde ou la Chine ! Ils ont bien exploités le monde (colonisations, esclavages..) ainsi que le climat.. et maintenant ils refusent de payer la facture ! La roue de la vie tourne...

le 03/07/2011 à 21:32
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Certes l'occident a colonisé la planète (c'était il y a un certain temps) , depuis 50 ans l'Amérique a imposé au monde son modèle de développement et les Chinois ont été leurs meilleurs élèves ... Mais le problème c'est que ce modèle ne tient pas ou ...

le 05/07/2011 à 15:31
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Le commerce et les institutions internationales sont cousues mains pour assurer que le G7 domine au dépends du reste du monde (Chine, Inde, Afrique, moyen orient..). L?exemple récent, le plus flagrant a été l?aide financière de 100 milliards apporté...

à écrit le 29/06/2011 à 9:09
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Mesdames et messieurs, "On nous bourre le mou", cessez de croire que seul le modèle capitaliste est possible... La conscience collective n'est pas prête encore, mais l'Homme est capable de bien mieux pour son monde et ses enfants... Le problème est...

à écrit le 27/06/2011 à 18:07
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RK - La seule solution est d'aller de l'avant dans le monde mondialisé ! Ceux qui refusent encore de voir la réalité ou à se reformer en France comme ailleurs verront leurs économies devenir le fiasco grec!! La vérité est que l'Europe et les États...

à écrit le 27/06/2011 à 12:24
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il oublie des choses ce brave homme : en agriculture, les coûts allemands sont largement inférieurs aux notres grâce à l'emploi de main d'oeuvre immigrée employée aux tarifs et conditions des pays low-cost ... pas très honnête et l' allemagne pourrai...

le 03/07/2011 à 21:19
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C'est vrai que les Chinois ne sont plus à l'abris d'une petite révolution de jasmin ....

à écrit le 27/06/2011 à 11:51
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Mais la mondialisation existe depuis 30 ou 40 ans, même si aujourd'hui on en parle plus. Le vrai et unique problème c'est la spéculation mondialisée, rendu possible avec l'interconnexion de salles de marchés. Et cet aspect de l'économie que plus pers...

le 03/07/2011 à 21:21
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Justement parler de démondialisation c'est avoir l'ambition de parler aussi de ce genre de sujet qui jusqu'alors sont considérés inévitables à cause de la mondialisation ...

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