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ÉconomieInternational

France et Japon, les dessous d'une lune de miel

Photo de Romain Renier

Romain Renier

Publié le 05 mai 2014 à 16:13 - Mis à jour le 05 mai 2014 à 17:26

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François Hollande et Shinzo Abe ont inscrit lundi dans le marbre le "partenariat d'exception" qui lie la France et le Japon lors d'une déclaration commune. L'occasion de comprendre pourquoi depuis un an, les relations entre la France et le Japon sont au beau fixe.

La sécurité et l'économie. Ce sont les deux grands sujets que le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait en tête en démarrant sa tournée européenne la semaine dernière. Son étape à Paris pour deux jours, marquée par une déclaration commune avec François Hollande à l'Élysée lundi en fin de matinée, aura été l'occasion d'insister sur ces deux sujets.

Les deux hommes, qui ont multiplié les signes de très bonne entente, ont profité de cette rencontre, un an après la visite du président de la République à Tokyo, pour saluer la mise en place entre les deux pays d'un "partenariat d'exception". Ce rapprochement a lieu alors que les échanges entre les deux pays ont atteint les 15 milliards d'euros en 2013, et que le Japon est le premier investisseur asiatique en France.

La France, un allié militaire précieux

Sur la sécurité, d'abord. Arrimé au bloc des démocraties occidentales sur les questions géo-stratégiques, le Japon s'est associé aux sanctions prononcées par les pays du G7 contre la Russie dans le dossier ukrainien. En plein bras de fer diplomatique avec la Chine sur la question des îles Senkaku - Diaoyu, Shinzo Abe souhaiterait par ailleurs modifier sa constitution pacifique afin d'autoriser le réarmement du pays, malgré les réactions négatives que cela suscite dans la région. Il a pour cela le soutien des États-Unis, qui souhaitent que le Japon soit capable de se défendre.

L'intérêt pour la France, qui a salué les efforts de Shinzo Abe en ce sens, est notamment de se voir ouvrir le marché japonais des armes, aujourd'hui chasse gardée du protecteur historique américain. Pour le Japon, le but est d'acquérir des technologies, trop coûteuses et longues à développer, auprès d'un partenaire de confiance. Il s'agit également de profiter des échanges d'informations afin d'enrichir leurs connaissances respectives de régions sensibles comme le continent africain, où dix japonais avaient été tués lors de la prise d'otage sur le complexe gazier d'In Amenas en Algérie en janvier 2013, et le Sud-est asiatique.

Un interlocuteur important pour l'accord de libre-échange Japon-UE

Sur le plan économique, ensuite, la France et le Japon ont tout intérêt à bien s'entendre, alors que les deux courent après la croissance. Afin de sortir de la déflation et de redynamiser l'économie nippone, Shinzo Abe a lancé il y a un an l'Abenomics, composé de trois "flèches". La première repose sur le doublement de la masse monétaire par la banque centrale, la deuxième sur de la relance par la dépense publique, et une troisième sur des dérégulations afin d'attirer les investisseurs internationaux. Les deux premières ont déjà été mises en place et les effets sont encore mitigés.

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La troisième reste quant à elle au stade du discours et l'économie japonaise est encore très fermée aux investisseurs étrangers, l'une des cibles de Shinzo Abe. François Hollande a d'ailleurs lancé un appel appuyé au Premier ministre japonais pour plus d'ouverture lors d'une réception à l'ambassade du Japon quelques minutes après la déclaration commune. Il faut dire qu'elle contient des mesures telles que la libéralisation du marché de l'électricité et la mise en place de zones économiques spéciales très dérégulées.

L'un des autres grands dossiers, dont le Japon attend beaucoup pour améliorer la rentabilité de ses entreprises, c'est l'accès aux marchés étrangers. C'est pour cela que Shinzo Abe s'est engagé de manière très active dans des négociations avec les États-Unis et l'Union européenne pour la mise en place d'accords de libre-échange bilatéraux. Mais la signature de tels accords passe par une entente sur les tarifs douaniers et les normes et standards de production. Dans le cas européen, l'agriculture, points forts de la France et du Japon, constitue un morceau important dans les négociations. Sur ce sujet, la route est encore longue.

Un partenaire de taille sur le nucléaire

Enfin, toujours sur le plan économique, s'il y a bien un sujet sur lequel la France intéresse le Japon, c'est sur les compétences hexagonales en matière de production et de sûreté nucléaires. Tokyo s'intéresse notamment aux technologies françaises pour le démantèlement des centrales nucléaires et pour le retraitement des eaux contaminées, comme en atteste la création récente de la joint-venture ANADEC entre AREVA et ATOX, pour le démantèlement des centrales de Fukushima Daï-ichi.

Shinzo Abe compte par ailleurs relancer peu à peu une partie de ses réacteurs, cruciaux pour sa bonne santé économique. Mais pas sans garantir la sécurité maximale des installations. Et de ce point de vue encore, la coopération entre le Japon et la France sera accrue.

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D'autres accords ont été signés par les deux dirigeants, comme celui sur le développement du réacteur nucléaire de quatrième génération Astrid (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration). Porté par le Commissariat à l'énergie atomique et des énergies alternatives (CEA), ce projet français de réacteur nucléaire rapide refroidi au sodium est développé sur le site de Marcoule, dans le Gard.

Romain Renier

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