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ÉconomieUnion européenne

L'Allemagne ouvre la porte à une relance salariale

Romaric Godin

Publié le 02 avril 2012 à 12:15 - Mis à jour le 02 avril 2012 à 12:22

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Les salariés du secteur public allemand et les fonctionnaires verront leurs salaires revalorisés de 6,3 % en deux ans. Le signe d'une volonté de Berlin de favoriser la demande intérieure et de rééquilibrer l'économie européenne.

Une fois n'est pas coutume, le syndicat allemand des services, Ver.di, peut crier victoire. Après deux semaines de "grèves d'avertissement" très dures, les négociations sur les augmentations de salaires dans la fonction publique ont débouché samedi matin sur une hausse de 6,3 % des rémunérations pour les salariés de l'Etat fédéral et des Communes. Ver.di réclamait 6,5 % tandis que les autorités, elles, ne proposaient que 3,3 %.

Relance salariale européenne ?

Il convient certes de relativiser. Ver.di a dû abandonner son exigence d'une hausse minimale de 200 euros et la hausse s'appliquera en trois étapes : 3,5 % au 1er mars, puis 1,4 % au 1er janvier 2013 et au 1er août 2013. Mais il n'empêche que ce résultat est extrêmement généreux et dénote la volonté de Berlin d'accélérer le rééquilibrage de la croissance allemande en insistant sur la demande intérieure. Pour preuve, le gouvernement fédéral an annoncé immédiatement, sans broncher, la transmission de l'accord aux 350.000 fonctionnaires et soldats payés par la fédération. Il s'agit d'un message très encourageant pour l'ensemble de l'économie de la zone euro. En acceptant de doper sa consommation par cette augmentation de salaires, le gouvernement fédéral allemand peut en effet doper la croissance européenne actuellement freinée par la vague de plans d'austérité. Compte tenu de la très bonne santé budgétaire de la République fédérale, le coût de 1,7 milliard d'euros supplémentaires sur deux ans pour l'Etat fédéral semble largement supportable. Autrement dit, l'Allemagne s'engagerait dans une certaine relance salariale. Peut-être pour faire passer la pilule amère de l'austérité dans le reste de l'Europe.

Inquiétude des communes

Cet accord ne plait pourtant pas à tout le monde. Les responsables communaux notamment font grise mine. Pour eux, l'ardoise est salée : elle s'élèverait à 2,2 milliards d'euros cette année et à 4,3 milliards d'euros l'an prochain. Au point que Gerd Landsberg, le responsable de l'alliance des villes et des communes allemandes, a mis en garde lundi. "Cet accord augmente la pression sur beaucoup de villes pour réduire les effectifs ou privatiser certains services", a-t-il déclaré au Rheinische Post de Düsseldorf. Il a du reste réclamé une aide de l'Etat fédéral aux communes pour faire face. Il est vrai que beaucoup de communes allemandes, notamment dans la Ruhr connaissent déjà des difficultés financières considérables, Berlin ayant transféré vers elles de nombreuses dépenses sociales comme le paiement du loyer des chômeurs de longue durée.

Risque inflationniste

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Au-delà du problème spécifique des communes, les inquiétudes portent également sur la compétitivité et surtout sur le risque de spirale inflationniste. La Bundesbank a, dès ce week-end, mis en garde contre un tel danger. "Je crois qu'un secteur ne doit pas servir de maître-étalon pour les autres, mais que chaque négociation doit se faire de façon séparée", a proclamé son président Jens Weidmann. Car le risque pour la banque centrale allemande est que cet accord dans la fonction publique donne le ton à ceux actuellement en négociations dans la métallurgie, où IG Metall réclame 6,5 %, et dans la chimie où le syndicat IGB exige 6 %. Si le résultat venait à être très favorable aux syndicats, la Buba aurait des raisons de s'inquiéter. Dans la métallurgie, qui regroupe pas moins de 3,5 millions de salariés, les discussions seront rudes car IG Metall s'était montré très conciliant en 2010 compte tenu de la crise en se contentant d'une simple revalorisation liée à l'inflation. Mais du côté du patronat, on s'inquiète d'une éventuelle perte de compétitivité. Il est vrai que le "modèle allemand" repose en grande partie sur la modestie des demandes salariales. L'industrie exportatrice pourrait souffrir d'une poussée salariale et de ses conséquences inflationnistes. On en est cependant encore loin.

Romaric Godin

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