Les travaux d'Hercule qui attendent le Premier ministre espagnol

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Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, après son entrevue avec Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen /Copyright Reuters
Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, après son entrevue avec Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen /Copyright Reuters
Le Premier ministre espagnol devra gérer la grogne sociale, une nouvelle campagne électorale régionale ainsi que la défense des intérêts espagnols sur la scène européenne, alors que plane la possibilité d'un sauvetage complet de l'économie du pays.

Mariano Rajoy affronte sa première rentrée des classes dans une ambiance tendue : le pays est suspendu à la décision du Premier ministre de solliciter, ou pas, un sauvetage complet de son économie auprès de l'Union européenne (UE). Son agenda international est d'ailleurs centré sur l'Europe. Après une visite mardi à Madrid du président du Conseil européen Herman Van Rompuy, Mariano Rajoy accueillera ce jeudi François Hollande, puis, la semaine prochaine, la chancelière allemande Angela Merkel, avant de rejoindre Mario Monti à Rome le 21 septembre.

Les contours de l'Union bancaire

Au cours de ces réunions, certains points cruciaux pour l'Espagne devraient être abordés. Il s'agit, entre autres, de dessiner les contours de l'Union bancaire, alors que l'Espagne s'apprête à présenter vendredi une réforme financière appliquant les conditions du sauvetage de 100 milliards d'euros accordé par l'UE pour recapitaliser ses banques.

Le sort de l'Espagne dépend en outre du futur plan de rachat de dette souveraine de la BCE dont l'objectif est de faire baisser les spreads (écarts de taux) espagnol et italien. Ensuite, Mariano Rajoy décidera, ou pas, de solliciter le concours des fonds européens pour acheter de la dette sur le marché primaire. Il a nié mardi négocier avec l'UE à ce sujet. Un recours aux fonds devrait être assorti de nouvelles conditions, au-delà de celles déjà imposées pour le sauvetage des banques.

Madrid veut respecter ses engagements budgétaires

L'Espagne compte quoiqu'il en soit respecter ses engagements budgétaires (déficit de 6,3% en 2012, de 4,5% en 2013, et de 2,8% en 2014) grâce à un ajustement de 102 milliards d'euros entre 2012 et 2014. Sa crédibilité est toutefois touchée par le manque manifeste de fiabilité de ses chiffres : après la correction à la hausse en mai dernier du niveau de déficit public de 2011, la croissance en 2011 a été révisée à la baisse cette semaine, de 0,7% du PIB à 0,4%.

Malgré la rigueur, des déviations des objectifs sont possibles, compte tenu de la situation de l'emploi (24,6% de chômage), de la récession (- 0,4% au deuxième trimestre), et des taux d'intérêts de la dette qui, malgré la détente enregistrée en août, restent élevés.

Dans ce contexte, la rentrée sociale s'annonce houleuse. Les syndicats promettent des mobilisations et, notamment, une manifestation nationale le 15 septembre prochain à Madrid pour protester contre l'austérité. Les organisations comptent aussi réclamer un référendum sur les ajustements, qui comprennent la baisse du salaire des fonctionnaires et des prestations chômage, ainsi qu'une hausse de trois points de la TVA.

Climat social crispé

Dans ce climat social crispé, la rentrée de Rajoy sera aussi marquée par les élections au Pays Basque et en Galice le 21 octobre prochain. Le Parti Populaire (PP) de Mariano Rajoy au pouvoir en Galice pourrait pâtir de la politique de rigueur imposée d'en haut par le gouvernement central.

La rigueur budgétaire exigée aux régions a d'ailleurs été à l'origine des premières fissures du bloc PP. Certaines communautés autonomes gouvernées par le PP ont déploré en juillet dernier que l'Etat ne leur fasse pas bénéficier du délai supplémentaire d'un an accordé par l'UE à l'Espagne pour ramener le déficit à 3%.

Le Premier ministre veut maintenir la cohésion des troupes régionales, indispensable pour que l'Espagne retrouve l'équilibre de ses comptes. En 2011, la déviation budgétaire avait été principalement due aux manquements régionaux. Pour éviter que cela ne se reproduise, Mariano Rajoy a mis en place un certain nombre de mesures, comme le Fonds de Liquidité Autonomique (FLA), doté de 18 milliards d'euros.

D'autres régions pourraient demander de l'aide

Reste à savoir si cela suffira à faire face aux besoins de trésorerie des dix-sept régions du pays alors que la Catalogne a déjà sollicité 5 milliards d'euros et que Valence et Murcie pourraient à elles deux réclamer près de 4 milliards d'euros d'après la presse.

Mercredi, d'autres régions, comme l'Andalousie, reconnaissaient qu'elles pourraient elles aussi faire appel au FLA. Reste à savoir vers qui, des marchés ou de l'UE, se tournera le gouvernement central, s'il faut augmenter la dotation de ce fonds de sauvetage à l'espagnole.

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Commentaires
a écrit le 30/08/2012 à 12:36 :
Soyons réalistes c'est pas les quelques billes qui reste encore aux allemands qui vont sauver l'Espagne ou l'Italie. Ces 2 pays font de gros efforts, il serait bon que la BCE les accompagnent en étant moins rigide. Sinon on va finir par tous y passer (Allemands y compris).
a écrit le 30/08/2012 à 7:56 :
Soit, mais qu'en est il pour la France si celle-ci devait faire appel également à laide financière,car à force d'aider Pierre, Paul Jacques et tutti quanti,le jour venu, il ne restera plus rien dans les caisses!

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