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ÉconomieUnion européenne

La "locomotive allemande" de l'Europe plus que jamais à l'arrêt

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 08 juillet 2014 à 08:04 - Mis à jour le 08 juillet 2014 à 09:18

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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L'excédent commercial allemand atteint un niveau record en mai, mais principalement grâce à la chute des importations. Une mauvaise nouvelle pour l'Europe.

L'Allemagne restera toujours l'Allemagne. Ce mardi 8 juillet, l'Office fédéral allemand des statistiques Destatis a annoncé que l'excédent commercial de la première économie d'Europe se situait en mai à 18,8 milliards d'euros, soit 8,9 % de plus que le mois précédent et 23,7 % de plus que durant le même mois de 2013. C'est aussi le deuxième mois consécutif de hausse pour cet excédent. Enfin, il s'agit là d'un nouveau record pour l'excédent mensuel, effaçant le précédent qui datait d'août 2012.

Effondrement des importations

Le détail de ce chiffre montre pourtant une croissance assez modérée des exportations puisqu'elles reculent (en données corrigées des variations saisonnières) de 1,1 % sur un mois, et ne progressent que de 4,3 % sur un an. La mauvaise santé du commerce international touche aussi les entreprises allemandes. Mais les importations allemandes, elles, chutent encore plus lourdement : - 3,4 % sur un mois et -0,4 % sur un an. L'excédent allemand s'explique donc plus que jamais moins par les excellentes performances des entreprises allemandes que par l'absence de consommation de produits venus de l'étranger.

La faiblesse des importations en 2013, malgré la progression de la demande intérieure

Ces chiffres prouvent encore une fois que l'idée d'une Allemagne « locomotive » de la croissance européenne tient plus du mythe que de la réalité. Ils viennent conforter ce fait qu'avait déjà montré avec éclat le détail des chiffres du PIB allemand en 2013 : la croissance de la demande intérieure allemande ne signifie pas une croissance des importations. L'an passé, la demande intérieure avait crû de 2,4 %, ajoutant 0,7 point de PIB à une croissance de 0,4 % au final et pourtant, les importations avaient reculé de 0,6 %.

Dépendance vis-à-vis des exportations

En réalité, l'économie allemande reste encore une économie hautement dépendante de ses exportations. Le ralentissement du commerce mondial a conduit les entreprises à partir de 2012 à désinvestir assez fortement. L'investissement des entreprises a reculé de 3,4 % en 2012 et de 2,2 % en 2013. Ce désinvestissement a pesé sur les importations, malgré la croissance de la consommation. Au premier trimestre 2014, on a pu croire que le phénomène s'inversait : l'investissement a progressé de 8,1 % sur un an et a accéléré la croissance des importations sur le trimestre (+6,4 %). Mais ce phénomène pourrait n'avoir été que temporaire, lié d'une part à des achats d'équipement qu'il n'était plus possible de reporter et à une légère reprise des exportations au premier trimestre.

Retournement au deuxième trimestre

La situation semble avoir changé au deuxième trimestre. Les entreprises, devant le retour d'une certaine faiblesse de la demande externe, ont modéré leurs investissements. D'où la chute inattendue en mai de la production industrielle annoncée lundi 7 juillet (-1,8 % en mai sur un mois après un recul de 0,3 % en avril), qui n'est pas due qu'à la correction «saisonnière » du secteur de la construction après un hiver particulièrement doux. On remarque par ailleurs que les indices Ifo et PMI sont en recul depuis deux mois. Dès lors, la croissance allemande devrait revenir au deuxième trimestre à un rythme de croissance assez faible, faute de vrai moteur.

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L'économie allemande reste fondée sur l'exportation

Que retenir de ces faits ? D'abord, que l'Allemagne reste une économie fondée sur l'exportation. Le retour de la croissance de la consommation, à partir de 2011, dans la foulée de l'amélioration du marché du travail depuis 2005 n'est pas encore assez suffisant pour changer la dynamique de l'économie allemande. L'investissement reste lié à l'export et les importations à l'investissement. Du coup, l'Allemagne risque de rester extrêmement sensible à sa compétitivité prix qui est en net recul. Dans un contexte où l'introduction du salaire minimum pourrait renchérir les services aux entreprises, le patronat allemand pourrait être tenté pour conserver ses parts de marché de réclamer une modération salariale qui pèsera in fine sur la consommation et, à défaut, de modérer son investissement. Résultat : les importations devraient encore en souffrir.

L'erreur de la stratégie européenne fondée sur la « locomotive allemande »

D'où la seconde leçon à tirer de ces chiffres : fonder un espoir d'accélération de la croissance européenne sur la demande allemande est un pari fort risqué et un peu illusoire. Les importations allemandes vont demeurer sous pression et la croissance de la consommation outre-Rhin n'est pas la garantie d'une demande croissante venue d'Allemagne. Or, une grande partie de la stratégie économique de la zone euro repose précisément sur cette illusion : les pays « périphériques » doivent abaisser leurs coûts pour pouvoir exporter, notamment vers l'Allemagne. Mais il n'y a pas de « locomotive allemande. » Les chiffres du PIB du premier trimestre, où l'on a vu l'Allemagne diverger assez fortement du reste de la zone euro, le prouvent. L'erreur de la stratégie européenne est donc patente.

L'Allemagne devrait écouter Matteo Renzi

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Dernier point : l'Allemagne a donc tout intérêt à encourager la reprise de la demande en zone euro pour compenser davantage le recul de la demande dans les pays tiers, particulièrement les émergents. Elle devrait donc se pencher sur la proposition du président du Conseil Matteo Renzi de relancer l'investissement public dans ces pays, plutôt que de se braquer comme l'a fait encore ce week-end le président de la Bundesbank Jens Weidmann sur la question des déficits. Il est urgent pour l'Allemagne de comprendre enfin qu'elle serait aussi victime d'une croissance faible durable en zone euro. Mais les conditions politiques ne semblent pas réunies pour une telle prise de conscience.

Romaric Godin

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