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ÉconomieUnion européenne

Les Eurosceptiques allemands tentent de retrouver leur unité

Photo de Antoine Patinet

Romaric Godin

Publié le 04 février 2015 à 06:00 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 12:59

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Lors de son congrès de Brème, le parti eurosceptique allemand a changé ses statut afin de tenter de stopper ses divisions internes. A 6 % des intentions de vote, il reste une menace pour Angela Merkel.

Les dirigeants du parti eurosceptique allemand Alternative für Deutschland (AfD), tentent de remettre de l'ordre dans une formation déchirée. Depuis plus de trois mois, le parti était séparé entre son aile droite et son aile centriste et libérale. Dimanche, lors de son congrès fédéral à Brème, cette dernière semble avoir emporté une nette victoire. Mais ce pourrait être une victoire à la Pyrrhus.

L'organisation ancienne d'AfD

Le point d'orgue de ce congrès a été le vote sur les nouveaux statuts. Officiellement fondée en juin 2013, AfD était une formation politique dirigée par un triumvirat : son fondateur, le professeur d'économie hambourgeois Bernd Lucke ; l'ancien journaliste conservateur Konrad Adam et l'ancienne chef d'entreprise Frauke Petry, tête de liste en septembre lors des élections régionales au Brandebourg. Au début de son existence, cette formule convenait à un parti qui rassemblait beaucoup de déçus de la politique de recentrage d'Angela Merkel, mais aussi de l'alignement des Libéraux de la FDP sur les Chrétiens-démocrates ainsi que des anciens électeurs de Die Linke exaspérés par les politiques européennes. Chacun trouvait dans ce triumvirat une figure lui convenant.

La tendance libérale

Avec le temps, pourtant, le climat s'est alourdi au sein d'AfD. Après le succès électoral lors des élections fédérales du 22 septembre 2013, deux grands camps se sont dessinés. Le premier, autour de Bernd Lucke, s'inscrit dans la tradition ordolibérale allemande. Il défend, au nom de la bonne gestion et de la stabilité, une position très critique vis-à-vis de l'euro et de la politique européenne d'Angela Merkel, mais reste attachée à un certain libéralisme sociétal qui a longtemps été la marque de fabrique de la FDP, le parti libéral aujourd'hui moribond. L'idée est donc, pour cette tendance, de constituer une opposition libérale à la grande coalition CDU/SPD en s'appuyant sur la question européenne.

La tendance conservatrice

L'autre tendance s'est trouvée comme leader Alexander Gauland, un ancien de la CDU qui a mené la liste AfD dans le Brandebourg en septembre dernier et a réussi à réunir sur sa liste pas moins de 12,2 % des suffrages. Si, sur le plan économique, les différences sont assez minces avec l'aile libérale, cette aile « droite » est plus agressive : Alexander Gauland est un habitué des plaintes contre les institutions européennes à Karlsruhe. Il est aussi moins favorable au libre-échange et rejette le traité transatlantique. Mais c'est surtout sur les questions de société que la divergence est forte. Sur l'immigration, notamment. L'aile droite est favorable à une politique restrictive et a été tentée de rejoindre le mouvement anti-musulman de Pegida, à Dresde. L'aile libérale est plus ouverte à une politique migratoire « ciblée » et récuse tout lien avec Pegida. Autre sujet de discorde : la Russie et l'Ukraine. L'aile libérale soutiendrait volontiers Kiev, l'aile droite serait tentée par un rapprochement avec Moscou.

L'aile droite a eu le vent en poupe en septembre

L'aile droite avait eu le vent en poupe après les trois élections régionales d'août et septembre où le parti avait réalisé de fortes percées et où les listes étaient dirigées par les leaders des conservateurs. L'idée d'Alexander Gauland et de Frauke Petry était alors de créer un parti clairement identifié à la droite de la CDU, pour regrouper l'ensemble de ceux qui, outre-Rhin, se décrivent comme « conservateurs », notamment sur le plan sociétal. Dans ce cadre, l'ouverture à certains milieux d'extrême-droite ne pouvait être exclue. Or, Bernd Lucke et son bras droit, l'ancien patron des patrons Hans-Olaf Henkel, tête de liste aux européennes, ne pouvaient admettre de voir AfD dans une position qui les auraient marginalisés et coupés de l'électorat libéral qui représente tout de même un réservoir important (la FDP est passée en 2013 de 14,9 % à 4,8 % des exprimés).

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Succès pour l'aile libérale

Bernd Lucke a donc verrouillé le parti avant ce congrès de Brème. Son objectif : obtenir des 2.000 délégués la fin du triumvirat et la création d'un poste de responsable unique. Ce vote, pour lequel deux tiers des voix des délégués étaient nécessaires apparaissait comme un vote de confiance déguisé envers l'économiste. Dimanche, Bernd Lucke a vu ses nouveaux statuts validés par 80 % des délégués. Une nette victoire qui devrait faire de lui le prochain « porte-parole » (nom adopté pour le président du parti). La droite a baissé la tête, mais elle a gagné sur un point : le Congrès a été muet sur le fond. Les divisions internes demeurent, ils reviendront en novembre lorsqu'il faudra décider du programme du parti.

Recentrage du parti

Bernd Lucke sait qu'il devra mener un nouveau combat à ce moment. Dès dimanche, il a fait savoir qu'il voulait professionnaliser le parti et l'intégrer au « cœur de la société et pas à la marge. » Une attaque à peine voilée contre ceux qui seraient tentés de s'allier avec les groupuscules d'extrême-droite. L'essentiel pour le futur « porte-parole » était de ramener le calme au sein du parti et de pouvoir porter un discours unique et cohérent. Alternative für Deutschland a en effet reculé dans les sondages depuis ses succès de la fin de l'été. Le parti ne peut plus, comme alors, prétendre glaner 10 % au niveau national, mais il reste au-dessus des 5 % nécessaires à l'entrée au Bundestag, à 6 %. Le premier test de la nouvelle AfD sera les élections du Land de Hambourg, prévu le 15 février dans le fief de Bernd Lucke. Là aussi, AfD est donnée à 6 %.

Défi pour Angela Merkel

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Reste que, malgré ces conflits internes, AfD demeure une vraie menace sur la CDU d'Angela Merkel. L'actualité demeure pleine de potentialité pour le parti : l'assouplissement quantitatif de la BCE, la décision de la Cour de Justice de l'UE sur l'OMT, le retour de la crise grecque. Voilà autant de points sur lequel une AfD recentrée sur la question européenne peut venir contester la politique européenne d'Angela Merkel. Déjà, à Hambourg, la CDU devrait reculer en partie sous la pression d'AfD. Raison de plus pour la chancelière de rester prudente...

Romaric Godin

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