Le NPA de Besancenot entre divisions internes et machine à faire perdre la gauche

Le NPA, Nouveau parti anticapitaliste, d'Olivier Besancenot rejette un accord avec le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon , trop proche à ses yeux du Parti socialiste dont ce dernier est issu, et n'a pas lancé d'appel au rassemblement de la gauche radicale. Il subit parallèlement d'importantes défections.

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A quoi joue le NPA , le Nouveau parti anticapitaliste, d'Olivier Besancenot alors que monte en puissance le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ? Le NPA a conclu son congrès ce dimanche sans lancer un appel au rassemblement de la gauche radicale. Il a rejeté un rapprochement avec le Parti de gauche pour cause de trop grande proximité, à ses yeux, de l'ancien ministre avec le Parti socialiste, dont il est issu.

"Un programme radical anticapitaliste (...) pour récupérer les 10% du PIB qu'une minorité d'individus a volé à la masse de la population en trente ans, pour qu'on ait un vrai gouvernement des travailleurs (...) n'est pas compatible avec le programme du Parti socialiste", a fait valoir la figure de proue du NPA sur France 5. Or, a-t-il déploré, Jean-Luc Mélenchon "s'inscrit dans les années Mitterrand ou la continuité des années d'union de la gauche plurielle".

Avant même la clôture du deuxième congrès du NPA, qui se tenait de vendredi à dimanche à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le fondateur du Parti de gauche a laissé éclater sa colère devant ce procès en manque de radicalité. "Ils exigent de nombreux certificats de baptême révolutionnaire avant d'accepter seulement l'idée de ne pas vous insulter quand ils sont en désaccord", écrit-il sur son blog. Pour tenter de construire une alternative à gauche de la gauche, "nous avons fait tout ce que nous avons pu. Jusqu'à la dernière minute", assure le député européen, avant de lâcher "quand même quel gâchis!".

LE SCÉNARIO AVANT LE CASTING

Créé en 2009, prenant la suite de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), le NPA sort d'une "crise existentielle", selon les mots d'Olivier Besancenot, provoquée par son échec aux élections régionales du printemps dernier. "La crise existentielle du NPA est derrière nous mais nous sommes convalescents", a-t-il estimé dimanche. Alors qu'il comptait près de 9.000 militants à sa création, il aurait perdu entre 30 et 50% de ses troupes depuis. "Nous sommes plus que les autres dépendants du flux et du reflux social", a avancé Olivier Besancenot en guise d'explication.

Samedi, la direction du NPA n'a pas obtenu la majorité absolue, contrée par le courant "identitaire", qui refuse toute discussion avec le reste de la gauche, et "unitaire", favorable à un rapprochement avec le Front de gauche qui rassemble le Parti de gauche et le Parti communiste. La direction du NPA doit se réunir dans un mois pour élire ses nouvelles instances. Olivier Besancenot pourrait à cette occasion quitter sa fonction de porte-parole. "Cela ne veut pas dire que je vais aller sur l'île de Ré" chère à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, a prévenu le facteur dans un sourire sur France 5.

Le NPA devrait se doter d'un tandem de porte-parole. Olivier Besancenot, qui a déjà été deux fois candidat à l'Elysée, a confié à Libération cette semaine qu'il pourrait "basculer" vers les questions européennes. Si le rassemblement de la gauche radicale ne se concrétise pas dans les mois qui viennent, le NPA désignera son candidat à la présidentielle en juin - un rôle qu'Olivier Besancenot est loin de vouloir incarner à nouveau. Jean-Luc Mélenchon a en revanche annoncé qu'il serait candidat à l'Elysée sous les couleurs du Parti de gauche mais peut-être du Front de gauche. "Quand on veut faire un rassemblement, il faut peut-être avant de faire le casting discuter du scénario", a taclé Olivier Besancenot dimanche.

DEMISSION EN RAFALE

Par ailleurs, plusieurs membres du NPA ont annoncé à l?issue de son congrès leur départ du parti. Il s'agit de Leila Chaibi (ex-CE et CPN NPA L?appel et la pioche), Yann Cochin (ex-CE et CPN NPA Clamart) , France Coumian (ex-CPN NPA Paris 19e) , Maël Goepfert (ex-CPN NPA Paris centre), Danièle Obono (ex-CE et CPN NPA Aubervilliers) , Anthony Smith(ex-CPN NPA Reims) et Stéphanie Treillet (ex-CPN NPA 94).

Ils expliquent dans leur communiqué : " issu-e-s d?origines et de traditions politiques et militantes diverses, nous avions répondu à l?appel de la LCR de construire un nouveau parti rassemblant le meilleur des traditions du mouvement ouvrier et des différentes histoires de la gauche, pour proposer une alternative à la crise du capitalisme et au social-libéralisme. Mais au lieu d?être un facteur positif dans la recomposition de la gauche de transformation sociale et d?avancer vers une nouvelle force pluraliste et ouverte, le NPA s?est de plus en plus éloigné de cet objectif.  Ce congrès aurait dû être l?occasion de tirer les bilans d?une orientation politique qui, notamment lors des élections européennes et régionales, nous a amené à l?isolement. Il aurait dû permettre d?analyser et de comprendre les raisons de l?importante désaffection militante qu?a subi le NPA depuis son congrès fondateur et qui s?est notamment traduite par sa rétractation sur le seul courant de l?extrême-gauche traditionnelle autour de l?ex-LCR et de petits groupes.

Cela n?a pas été le cas, les bilans n?ont pas été tirés. Si cette analyse avait été menée elle aurait permis, au sortir d?un mouvement social inédit, de comprendre l?attente de dizaines milliers de salarié-e-s, acteur-trice-s du mouvement social, syndical, associatif et politique, hommes et femmes de gauche et des classes populaires. Face à une majorité présidentielle devenue illégitime dans le pays, à un régime institutionnel de plus en plus décrié, une véritable alternative politique à gauche est attendue et indispensable pour mener la bataille idéologique et politique contre les responsables de la crise économique et de la misère sociale, ceux qui font payer cette crise aux peuples en France, en Europe, comme dans le reste du monde. Beaucoup n?en peuvent plus de l?éparpillement irresponsable da la vraie gauche qui l?empêche d?incarner une alternative crédible à un parti socialiste dont on sait qu?il ne fera pas autre chose qu?un Papandréou ou un Zapatero, une fois au gouvernement.

Rassembler l?ensemble des forces politiques à la gauche du PS pour défendre en 2012 et après un programme en rupture avec toutes les variantes du libéralisme : telles sont les urgences de la gauche politique.  Les déclarations de dirigeants du NPA pour une candidature «des luttes » ou « du mouvement social » ressemblent plus à une dérobade qu'à une avancée, puisque dans le même temps le congrès du NPA refuse d?engager la discussion pour chercher un accord politique avec les forces rassemblées dans le Front de Gauche ou la FASE. Ce n?est qu?en acceptant d?entrer dans une dynamique unitaire que l?on peut sérieusement engager la discussion sur le programme, et les candidatures les plus à même de représenter le rassemblement. Sans majorité politique à son congrès, le NPA se dirige à nouveau vers la répétition d?une politique isolationniste.

Pour autant, nous considérons toujours que l?expérience accumulée par le NPA ne devrait pas faire défaut à la nécessaire recomposition de la gauche. Mais au regard des échéances sociales et politiques présentes et à venir, la priorité pour nous est désormais de participer à tous les actes concrets qui rapprochent de la constitution d?un front social et politique de la gauche antilibérale et anticapitaliste, qui fasse pièce à la droite sarkozyste comme à la montée de l?extrême droite, et propose une alternative crédible au social-libéralisme.
Le Front de Gauche peut être un premier pas dans ce sens, en passant à une nouvelle étape de son développement, en s?ouvrant à d?autres forces politiques, en se transformant pour accueillir dans des collectifs toutes celles et ceux qui veulent les rejoindre sans nécessairement adhérer à l?une des organisations et ne pas se réduire à un cartel de sommet.

Il faut impérativement que toutes celles et ceux, organisations, courants, citoyen-nes engagé-e-s, qui partagent cette même volonté d?unité fassent force politique ensemble. L?orientation majoritaire du NPA tourne le dos à cette perspective. Membres de la direction sortante nous en prenons acte et nous décidons de ne plus en être. Nous continuerons ce combat notamment avec le courant Convergence et Alternative et avec toutes celles et ceux qui partagent cet objectif, qu?ils aient quitté le NPA ou qu?ils y restent. Nous reprendrons par d?autres chemins le projet que nous croyions possible lors de la fondation du NPA."

De quoi fragiliser un peu plus le NPA alors que son aura et celle de son jeune leader sont actuellement éclipsées par celle de Jean-Luc Mélenchon dont les déclarations pugnaces, qualifiées de populistes par ses détracteurs, mettent sur la sellette certes Nicolas Sarkozy, le gouvernement de François Fillon et l'UMP mais aussi le parti socialiste tout en redonnant un coup de jeune à ses alliés communistes. Reste à savoir si cette dynamique tiendra la distance jusqu'à l'élection présidentielle de 2012.

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Commentaire 1
à écrit le 20/02/2011 à 19:26
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BESANCENOT est 'il encore recommandable ?

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