La musique entre sortie de crise et sortie de route

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Il y a de plus en plus de musique vendue en ligne et- de plus en plus de musique téléchargée gratuitement en peer-to-peer. La licence légalisant le P2P sonnerait l'arrêt de la fragile réadaptation d'un secteur économique à l'ère des réseaux numériques.

Ce week-end, les professionnels de la musique se retrouvent à Cannes pour les conférences du MidemNet. Ces débats sur l'avenir du secteur face à la grande mutation numérique sont devenus en quelques années un rituel qui inaugure le traditionnel marché, qui fête cette année sa 40e édition.

Après s'être apitoyée sur la crise du disque, avoir vilipendé le téléchargement illégal, les pirates et leurs "pousse aux crime", les opérateurs télécoms et les fournisseurs d'accès haut débit, il est probable que cette année l'industrie va se considérer comme soulagée de respirer encore. Et qu'elle va commencer à se réjouir de pouvoir enfin compter les premières recettes sonnantes de la vente de musique dématérialisée - via Internet ou le téléphone mobile: 1 milliard de dollars en 2005, vient d'annoncer l'IFPI, la Fédération internationale des éditeurs de disques. Aucun doute, le marché émerge, et il pèse déjà 6% des ventes mondiales de musique. On projette qu'il en représentera le quart en 2010.

Le secteur serait donc en train de laisser la crise derrière lui? Voire. D'autres statistiques incitent à rester prudemment optimiste. Pour 420 millions de fichiers musicaux téléchargés légalement dans le monde en 2005, 1 milliard ont été échangés en peer-to-peer par les seuls internautes français, soit deux fois plus qu'en 2004, indique l'institut Gfk. Dans le même temps, il ne s'est vendu en France "que" 20 millions de titres musicaux, en ligne ou sur mobile.

"La moitié des internautes adeptes du peer-to-peer ne se sentent pas menacés par d'éventuelles poursuites. Et près de 40% des internautes déclarent ne pas être prêts à payer pour télécharger une chanson légalement", indique un analyste de Gfk. Artistes et producteurs peuvent toujours se consoler en se disant que 60% jugent quand même que leur travail a un prix. Mais les autres ne voient pas pourquoi acheter, quand il n'y a qu'à se servir, et cela n'a, après tout, rien de surprenant.

"C'est une habitude prise qui va perdurer tant qu'il n'y aura pas une vraie peur du gendarme comme dans le cas de la sécurité routière", prédit l'analyste de Gfk. Il n'y a que les tenants de la fameuse "licence légale optionnelle", introduite par amendement dans le projet de loi "droits d'auteurs" le 21 décembre dernier, pour s'en étonner et croire que tout internaute qui télécharge en P2P le déclarera sans détour, et voudra rajouter 7 euros par mois à sa facture Internet.

Cette hypothèque juridique qui pèse sur le développement tout récent de la musique légale et payante en ligne ne sera levée que si le nouvel examen du projet de loi, en février, revient sur les amendements "licence légale". Faute de quoi, l'industrie musicale française sera mise à l'écart du réchauffement de l'ambiance dans le secteur qui s'exprimera au Midem.

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