L’endiguement n'est plus la solution préférée. Pour prévenir les inondations, la localité de Quiberville a recréé un estuaire qui existait un siècle et demi auparavant. Son approche pionnière gagnerait à faire école partout où des terres agricoles ont été gagnées sur la mer.Des caravanes et des mobilhomes flottant dans 1,60 mètre d’eau parfois jusqu’à deux semaines d’affilée. Ce scénario, la station balnéaire de Quiberville en Seine-Maritime (550 habitants hors saison, 2500 l’été), l’a connu plus souvent qu’à son tour au cours des décennies passées. Aux prises avec le débordement du fleuve côtier de la Saâne et la montée des eaux de la Manche, elle a longtemps lutté par des moyens conventionnels.
Année après année, son maire en fonction depuis 38 ans ferraillait comme un beau diable afin de décrocher des financements pour recharger la plage en galets et mettre en place des brise-lames et de nouveaux enrochements à coup de milliers d’euros. « Je me plaçais dans la posture du résistant qui allait en remontrer à la nature », raconte Jean-François Bloc.
Las ! L’édile a beau se démener. L’eau salée continue de passer le barrage et l’eau douce de rester prisonnière à l’arrière lors des épisodes de tempêtes ou de fortes crues. Le conduit en béton, qui traverse la digue, se révèle incapable d’envoyer vers le large les millions d’hectolitres qui noient le camping et la vallée, un peu à la manière d’une baignoire dont l’écoulement serait insuffisant. « Cette buse avait une capacité de 6 à 7 mètres cube seconde alors qu’il en aurait fallu presque dix fois plus », détaille Laurent Topin, directeur du syndicat de bassin versant.
Fou ou visionnaire ?
Au tournant des années 2000, changement de braquet. A bout de solutions, le maire renonce à « se battre contre la nature » pour, au contraire, composer avec elle. Il veut laisser à nouveau rentrer la mer dans les terres plutôt que de lui barrer obstinément la route. La tempête Xynthia n’a pas encore frappé les esprits et sa vision est passablement novatrice pour l’époque. « Certains me prenait pour un fou, d’autres pour un visionnaire », se souvient l’impétrant.
Qu’à cela ne tienne. Jean-François Bloc imagine une recomposition complète de son territoire avec la complicité du conservatoire du littoral de Normandie, propulsé coordinateur du projet.