La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, s’exprime devant la Chambre des députés à Rome, en amont d’un sommet des dirigeants de l’Union européenne, le 17 décembre 2025.
En lâchant le front du refus mené par la France, l'Italie de Giorgia Meloni redistribue les cartes à Bruxelles. Privée de son principal allié, la France peut-elle encore empêcher la signature d'un traité qu'elle juge inacceptable pour ses agriculteurs ?
Emmanuel Macron serait-il sur le point de perdre son bras-de-fer avec la Commission sur le traité Mercosur ? Peut-être bien. L’Italie, selon des sources à Bruxelles, serait désormais prête à signer l’accord de libre-échange, après avoir demandé un report en décembre aux côtés de la France.
Discrète sur le sujet depuis quelques jours, la Commission est sortie du bois lundi 5 janvier, par la voix de Paula Pinho, une de ses porte-paroles. L’Union européenne est sur la « bonne route » pour cette signature, a-t-elle affirmé, grâce à des « discussions » au sein des Vingt-Sept, du « travail » et des « progrès ».
Mais la porte-parole n’a pas confirmé la date du 12 janvier envisagée pour approuver le traité. Car Ursula von der Leyen doit d’abord obtenir l’aval des États membres à la majorité qualifiée. Si elle l’obtient, elle s’envolera en Amérique latine dans ces prochains jours pour la signature.
Voici les points à avoir en tête pour comprendre les enjeux de cette dernière ligne droite vers la signature de ce traité historique.
➡️ Le rôle clé de l’Italie
En décembre 2025, Rome avait rejoint Paris dans la demande de report de la signature du traité de libre-échange Mercosur. La jugeant « prématurée », l’Italie avait exigé des garanties supplémentaires (contrôles phytosanitaires renforcés, mécanismes de sauvegarde, fonds de compensation pour les agriculteurs).
Selon les dernières indications, Giorgia Meloni maintient ces exigences de garanties, mais n’exclut plus l’accord et laisse clairement entendre qu’elle finira par le soutenir si le paquet de mesures complémentaires est jugé suffisant. Ce qui change radicalement la dynamique politique.
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➡️ Pourquoi cela fragilise la position française
Sans l’Italie, l’alliance France-Hongrie-Pologne ne dispose plus du poids démographique nécessaire pour former une minorité de blocage au Conseil de l’UE, même si d’autres pays (Autriche, Pays-Bas, Irlande…) restent critiques.
Concrètement, le « front du refus » français se retrouve isolé face au bloc pro accord mené par l’Allemagne et l’Espagne, désormais potentiellement renforcé par l’Italie. Ce qui rend beaucoup plus difficile de stopper l’accord « en l’état » comme le souhaite Paris.
➡️ Les inquiétudes du monde agricole français
En attendant, les agriculteurs français dénoncent un texte qui faciliterait l’entrée de produits agricoles (viande, sucre, riz, miel, soja…) ne respectant pas, selon eux, les mêmes normes environnementales et sociales que celles imposées en Europe. Un risque direct pour leurs revenus.
Le gouvernement Lecornu tente de désamorcer la colère notamment grâce à un décret suspendant certaines importations contenant des résidus de pesticides interdits en Europe. Mais cette mesure doit être validée par Bruxelles et est jugée insuffisante par les syndicats, qui menacent de nouvelles mobilisations vers Paris.
➡️ Ce qui peut encore faire dérailler (ou retarder) l’accord
L’Italie conditionne toujours son feu vert à des « garanties concrètes » pour son secteur agricole, et insiste sur la mise en place effective de mécanismes de sauvegarde et de compensation avant de ratifier définitivement.
Plus largement, la ratification nécessitera encore des votes nationaux et reste exposée aux tensions politiques internes (mobilisations paysannes, débats parlementaires) qui peuvent retarder la mise en œuvre, même si, à ce stade, la trajectoire politique au niveau de l’UE est clairement orientée vers l’adoption.
➡️ Les concessions de l’exécutif aux agriculteurs
Le gouvernement prépare un arrêté pour suspendre l’importation de produits agricoles contenant des résidus de substances actives interdites dans l’UE (mancozèbe, glufosinate, thiophanateméthyl, carbendazime), visant notamment fruits et légumes d’Amérique du Sud, avec contrôles renforcés aux frontières.
Sébastien Lecornu et la ministre de l’Agriculture promettent que le budget de la PAC ne baissera pas « au centime près » dans le cadre du futur budget européen 2028-2034, et plaident à Bruxelles pour neutraliser ou reporter certains mécanismes jugés pénalisants (comme la taxe carbone sur les grandes cultures).