L’impôt sur la fortune norvégien est systématiquement cité en France par les opposants à la taxe Zucman, comme l’exemple type de la fuite des capitaux. Pourtant, les chiffres d’Oslo dessinent une réalité plus nuancée : si l’exil fiscal des plus riches est bien une conséquence factuelle, l’impact sur les finances publiques reste positif.
Ce mécanisme fiscal, hérité du XIXe siècle, s’applique dans le royaume scandinave dès que le patrimoine net dépasse 1,76 million de couronnes, soit environ 150 000 euros. Le taux de taxation est de 1 %, passant à 1,1 % au-delà de 20,7 millions de couronnes. Cette assiette large place environ 720 000 personnes sous le coup de l’impôt sur la fortune, ce qui représente « quelque 20 % de la population adulte disposant d’un revenu », selon Mathilde Fasting, économiste au think tank libéral Civita.
L’ampleur de la taxation norvégienne tranche avec les modalités envisagées pour la France. Le projet de l’économiste Gabriel Zucman vise un impôt minimum de 2 % uniquement sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. D’après les calculs de l’AFP, ce seuil très élevé ne concernerait qu’environ 1 800 contribuables français, soit 0,0045 % des 40 millions de foyers fiscaux.
La philosophie derrière l’impôt sur la fortune norvégien, soutenu par l’actuel gouvernement travailliste, est claire : assurer que les plus aisés « participent au pot commun » afin de financer l’État-providence généreux du pays. Le Premier ministre lui-même, Jonas Gahr Støre, multimilliardaire, a martelé qu’il était « juste qu’avec ma fortune, je participe au pot commun », soulignant que sans cet impôt, certaines des personnes les plus fortunées pourraient ne plus payer d’impôts du tout.