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ÉconomiePolitique internationale

Tensions à Ormuz : la France propose une « troisième voie » pour sécuriser le pétrole

Photo de Margot Ruault

Margot Ruault (avec Reuters)

Publié le 17 avril 2026 à 09:09

L’US Navy utilise des robots suicides comme l’Archerfish de BAE Systems.

L’US Navy utilise des robots suicides comme l’Archerfish de BAE Systems.

BAE Systems

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Alors que 20 % du pétrole mondial transitent par Ormuz, l’US Navy déploie ses drones face aux mines iraniennes. Paris tente d’imposer une voie diplomatique autonome.

Alors qu’un cessez-le-feu fragile tente de geler le conflit entre Washington et Téhéran, la découverte de nouvelles mines dérivantes et le blocus persistant paralysent le transit de 20 millions de barils de pétrole quotidiens. C’est dans ce contexte d’urgence énergétique mondiale que Paris et Londres lancent, ce vendredi 17 avril, une grande conférence internationale pour imposer une alternative diplomatique et militaire coordonnée.

Quelle est la ligne défendue par Paris ?

« Nous avons tenu la ligne, affirme l'Élysée. Nous nous sommes efforcés de rassembler et d’opérationnaliser nos propositions sur les mêmes bases qu’au tout début de la guerre. Nous avons besoin d’un arrêt au plus vite de la guerre, d’une consolidation du cessez-le-feu. Nous refusons la reprise des opérations. Nous avons besoin d’une négociation robuste qui permette d’assurer la liberté de navigation dans le détroit et de donner de la visibilité à chacun sur sa sécurité. »

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La présidence de la République insiste sur la nécessité de défendre l’intérêt national ainsi que ceux des partenaires européens et internationaux, notamment dans le domaine économique, alors qu’environ 20 % du pétrole mondial transitent par le détroit d’Ormuz. Elle réaffirme sa volonté de faire de la France une puissance d’équilibre, à la fois loyale et crédible vis-à-vis de ses alliés.

Quelle initiative internationale la France veut-elle porter ?

Paris prépare, avec des partenaires européens, africains, asiatiques, indo-pacifiques, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient, une conférence destinée à construire une « troisième voie » entre la pression maximale exercée par les États-Unis sur l’Iran et la reprise de la guerre, y compris les destructions iraniennes contre les pays du Golfe. L’objectif est de dégager une base claire et de rassembler une masse critique de pays prêts à s’engager sur les principes du droit international et du droit de la mer.

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S’agissant du détroit d’Ormuz, cette proposition repose sur trois principes : pas de minage, aucun péage accepté, et le refus de toute remise en question du statu quo de la liberté de navigation, conformément au droit coutumier et au droit de la mer.

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Quel rôle la France veut-elle jouer entre Washington et Téhéran ?

Paris entend réunir autour de cette « troisième voie » des acteurs capables d’influencer les Israéliens, les Américains et les Iraniens, afin de faire prévaloir le droit et de préserver la liberté de navigation. Entre un Iran aux activités nucléaires et balistiques jugées préoccupantes, et les États-Unis et Israël accusés d’avoir lancé une guerre sans concertation préalable avec leurs alliés européens, la France veut faire émerger un intérêt commun fondé sur le respect du droit international et du droit de la mer.

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Sur le plan opérationnel, Paris plaide pour encourager les parties à négocier dans un contexte de cessez-le-feu de facto, pour réaffirmer le refus du minage et du péage iranien, et pour envisager l’envoi de chasseurs de mines afin de redonner suffisamment de visibilité aux compagnies pour qu’elles reprennent le passage.

Quelles limites la France fixe-t-elle à son engagement ?

Les autorités françaises soulignent que les Européens ne sont pas impliqués dans la guerre et ne le seront pas, et qu’il n’y aura pas d’intervention européenne en soutien aux États-Unis. L’initiative est ouverte à des pays asiatiques et aux pays en développement touchés par le blocus du détroit, mais se veut distincte d’une coalition militaire classique.

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Des moyens de déminage se trouvent déjà à proximité, avec environ huit frégates et plusieurs dizaines d’avions présents dans la région, qui pourraient être mis au service de l’intérêt collectif, en coordination avec les partenaires britanniques et allemands, mais sans inclusion des États-Unis dans la planification à ce stade. La France insiste sur l’absence de coalition militaire formelle et sur une démarche centrée sur la sécurité de la navigation.

Pourquoi cette séquence est-elle aussi un test pour l’Europe ?

C’est l’occasion de renforcer l’unité européenne, avec la présence annoncée du britannique Keir Starmer, de l'italienne Giorgia Meloni et de l'allemand Friedrich Merz. L’exécutif français veut démontrer une capacité d’action collective, dans une approche strictement défensive et non offensive à l’égard de quiconque.

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Les moyens envisagés pour sécuriser le détroit incluent du renseignement, des escortes militaires et des capacités de déminage, sans exclure des réponses non militaires en fonction de l’évolution de la situation dans le détroit et du niveau de consolidation du cessez-le-feu. L’objectif affiché est de sécuriser le détroit d’Ormuz au profit des compagnies maritimes et des assureurs et de revenir à la situation antérieure à la guerre, sans opération offensive.

Que révèle cette crise sur l’autonomie stratégique européenne ?

Paris et Berlin rappellent ne pas avoir été informés en amont du déclenchement de la guerre par les États-Unis. La conférence, lancée et coprésidée par la France et le Royaume-Uni, à laquelle les États-Unis ne participent pas, et marquée par la présence de plusieurs dirigeants européens, est conçue comme un signal d’unité et d’affirmation européenne.

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L’objectif stratégique affiché par l'Elysée est de restaurer des conditions de navigation sûres dans le détroit d’Ormuz, tout en inscrivant cette démarche dans une logique de souveraineté européenne : l’Europe doit être capable de dialoguer avec exigence avec le président américain et d’affirmer sa propre ligne dans la crise.

Quels moyens l’armée américaine engage-t-elle sur le terrain ?

L’US Navy a confirmé l’entrée de deux navires de guerre dans le détroit ce week-end. Contrairement aux guerres passées, Washington retire ses anciens dragueurs de mines en bois et fibre de verre au profit de littoral combat ships (LCS). Trois de ces unités modernes sont actuellement mobilisées.

Ces navires servent de bases arrière pour des drones sous-marins et de surface. Des hélicoptères MH-53E Sea Dragon complètent le dispositif pour la détection visuelle et radar des mines flottantes. L’objectif est de maintenir les équipages à distance de la zone de danger.

Quels types de mines menacent le trafic pétrolier ?

Téhéran dispose d’un arsenal varié et peu coûteux. Selon les rapports de renseignement cités par Reuters, une douzaine de dispositifs auraient été mouillés récemment. On distingue quatre catégories principales :

  • Les mines de fond : Tapies sur le lit marin, elles détectent les signatures magnétiques ou acoustiques des pétroliers.
  • Les mines à orins : Ancrées au fond mais flottant entre deux eaux pour frapper les coques.
  • Les mines dérivantes : Libérées au gré des courants, elles sont les plus imprévisibles.
  • Les mines ventouses (limpet mines) : Fixées manuellement par des commandos sur les parois des navires.

Comment fonctionne concrètement la neutralisation par robot ?

L’opération se déroule en trois phases distinctes. D’abord, des drones sous-marins équipés de sonars cartographient le fond pour identifier des anomalies. Ensuite, les données sont transmises aux analystes hors de la zone de risque.

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Pour la phase finale, l’US Navy utilise des robots suicides comme l’Archerfish de BAE Systems. Ce drone de deux mètres de long est piloté par fibre optique. Une fois la mine identifiée par vidéo, l’opérateur déclenche la charge explosive du robot pour détruire l’engin. Chaque unité coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Pourquoi le déminage prend-il autant de temps ?

L’ex-officier de marine Bryan Clark estime qu’il faudra deux à trois semaines pour sécuriser le passage. La recherche sonar est une tâche méticuleuse qui ne tolère aucune erreur de lecture. La turbidité de l’eau et les courants forts du détroit compliquent la tâche des capteurs.

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De plus, l’amiral Daryl Caudle, chef des opérations navales, a rappelé en mars que la lenteur du déminage rend les unités vulnérables aux attaques directes. La marine iranienne pourrait tenter de perturber le travail des drones en utilisant des vedettes rapides ou des drones aériens.

L’intelligence artificielle peut-elle accélérer le processus ?

La technologie actuelle permet de gagner en précision, mais pas encore en vitesse pure. Le groupe français Thales a développé des sonars capables de balayer une zone sous trois angles simultanément. Cela évite de multiplier les passages au-dessus d’un même point suspect.

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L’enjeu actuel est d’intégrer l’IA directement dans les drones pour qu’ils distinguent seuls un rocher d’une mine de fond. Pour l’instant, le Pentagone conserve une validation humaine systématique avant toute détonation pour éviter de détruire des infrastructures sous-marines civiles (câbles, oléoducs et gazoducs).

Margot Ruault (avec Reuters)

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