ENTRETIEN — Traquant plus que jamais les secrets de famille et les fantômes de sa mémoire, l’écrivain publie « Une pension en Italie ». Rencontre avec un homme qui veut croire encore à la force du roman.Rendez-vous chez Jacques Chaban-Delmas. C’est dans une grande brasserie du centre-ville de Bordeaux, où le « duc d’Aquitaine » avait ses habitudes, à quelques pas du palais Rohan, la mairie, que Philippe Besson, qui a élu domicile dans la capitale girondine voici quelques années, nous donne rendez-vous. Il semble aussi impatient que tout de même serein de recueillir les premiers « retours de lecture » de son nouveau roman, Une pension en Italie (Julliard).
Qu’il se rassure, c’est du Besson grand cru, puissamment romanesque et mélancolique, que cet opus-là. L’histoire d’une famille française, père professeur, mère travaillant aux PTT, deux filles adolescentes, en vacances dans un village de Toscane durant l’été 1964. Tout irait pour le mieux dans le plus plaisamment assoupi des mondes, entre visites d’églises et de musées, si les vacances n’étaient aussi celles du désir, de la révélation de secrets trop longtemps enfouis…
Cinquante ans plus tard, le petit-fils des protagonistes de ce drame à fragmentation lente, un écrivain originaire des Charentes (… mais où Philippe Besson va-t-il chercher tout ça ?), va mener l’enquête, chercher à comprendre comment et pourquoi parfois les mondes meurent… Le romancier se débrouille de son affaire avec la maestria qui lui est propre et en fait aujourd’hui l’un des derniers des Mohicans de la tribu en voie d’extinction des grands écrivains populaires.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Comment, de quel désir, est né ce Une pension en Italie ?
PHILIPPE BESSON — Depuis longtemps, j’avais envie d’explorer le thème du secret de famille, de la quête des origines. Traquer la vérité derrière les apparences, les silences imposés, l’intimité qu’on a du mal à dévoiler, c’est un ressort romanesque et je me définis comme un conteur d’histoires. Par ailleurs, j’avais aussi envie de retourner en Italie. Sortant de livres plus sombres [comme Vous parler de mon fils (2025), consacré au harcèlement scolaire], je voulais cette fois-ci un roman solaire où l’on sente la chaleur, la sensualité, les vibrations…