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« Le Roi Arthur », « L’Incroyable famille Modlin », « Le quotidien de l’éternité »… Notre sélection des livres qui nous souhaitent le meilleur

Alexis Brocas, Anne-Laure Walter, Olivier Mony, Juliette Einhorn, Aurélie Marcireau et ​​Arnaud Cathrine

Publié le 31 décembre 2025 à 15:00

Notre sélection des livres qui nous souhaitent le meilleur.

Notre sélection des livres qui nous souhaitent le meilleur.

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La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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Puisque l’heure est aux vœux, sacrifions à cette plaisante tradition avec une sélection de livres venus de tous les horizons (et parfois les plus inattendus), mais qui tous souhaitent à leur façon à leur lecteur le meilleur.

« Le Roi Arthur », Dominique Bona

Voilà un livre qui a la bonté de nous rappeler, à rebours de mille clichés littéraires, que les relations filiales ne sont pas toujours vouées à tourner au conflit ouvert ou à la guerre froide. Qu’elles peuvent même déboucher sur le miracle tout simple d’une transmission réussie. « De toute ma sensibilité, de toute mon histoire, je suis redevable à ceux qui m’ont élevée et guidée dans l’enfance », écrit ainsi l’académicienne Dominique Bona dans Le Roi Arthur, hommage au père qui lui ouvrit les portes de l’imaginaire dans sa version celtique et médiévale romancée au XIIe siècle par Chrétien de Troyes.

Ce père était un homme important : député, ministre, journaliste, écrivain, il tint seize mois durant les rênes de l’ORTF. Et un homme de jadis, peu porté sur le dialogue et qui refusa que sa femme fasse de sa passion pour la reliure un métier. Mais sitôt qu’il se mettait à raconter, ce patriarche méridional, habitué aux campagnes électorales, se rapprochait soudain de Merlin l’enchanteur…

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Précisons qu’il se nommait Conte, comme l’art dans lequel il excellait. Et se prénommait Arthur, tel le roi mythique qui réunissait ses chevaliers autour d’une table ronde égalitaire. « Dans le langage rugueux des Celtes, Arthur désigne “le roi des ours”. Enfant, c’est ainsi que je le voyais. Aussi incontesté et prestigieux qu’un monarque, aussi bourru qu’un ours, et doté de pouvoirs magiques. Nous, les enfants, il nous ensorcelait en nous racontant des histoires, en nous récitant des poèmes, ou en chantant à pleine voix de vieilles chansons qu’il était seul à connaître. »

Comme les conteurs d’autrefois, ce père s’adaptait à son auditoire : Dominique Bona devra attendre la fac (où elle étudiera bien sûr la littérature médiévale) pour découvrir comment Uther Pendragon engendra Arthur en violant la duchesse de Cornouailles ! Ce père se plaisait aussi à rapprocher la Bretagne celtique de la maison : dans sa bouche, le fictif château de Carolle, dont les habitants sont voués à une danse éternelle, devenait le château de Carol, « à une heure de Perpignan » ! Certes, par sa forme orale, le conte se prête à toutes les transformations, toutes les inclusions – et Arthur Conte le savait bien, qui narrait l’histoire de France à la façon des légendes…

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« Vercingétorix, Charlemagne, Clovis, Louis XI, Richelieu et Mazarin, Louis XIV… C’est lui qui les a nommés pour la première fois, lui qui les a mis en scène devant la petite fille émerveillée. Je n’allais pas encore à l’école et prenais ces figures surgies du passé pour d’autres habitants de la planète enchantée. »

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Bien sûr, Dominique Bona n’a pas écrit un manuel d’éducation. Mais rien n’empêche de lire Le Roi Arthur comme une invitation à la narration lancée aux parents, au bénéfice des plus petits. Puisque les histoires ouvrent sur tous les savoirs, tous les champs de la vie ! Ainsi, la passion arthurienne de Dominique Bona deviendra le point de départ de multiples inclinations vertueuses – pour George Sand, pour Stendhal, pour l’écriture – qui la mèneront à l’Académie.

« Le roi Arthur », Dominique Bona, Gallimard, 352 pages, 22 euros.
« Le roi Arthur », Dominique Bona, Gallimard, 352 pages, 22 euros. (Crédits : LTD/Francesca Mantovani-Gallimard)

Par ailleurs, quelque chose des récits paternels semble persister dans sa façon de voir le monde et les gens. Voyez ces portraits familiaux qu’elle élabore de sa belle écriture classique. Celui d’Arthur, écrivain à la plume facile, père autoritaire et néanmoins aimant, Catalan fier de son accent (« L’accent, c’est la fidélité ») et républicain convaincu, que la politique aura fini par rendre malheureux. Celui de sa mère, imperméable aux contes, mais qui, telle une dame du temps jadis, se dédiait à son mari en tapant ses manuscrits sans risquer le moindre commentaire.

Cette façon de voir les siens sans s’aveugler sur leurs défauts, mais en mettant au premier plan ce qui fait leur grandeur, ne relève-telle pas d’une anthropologie chevaleresque ? Après tout, Lancelot a beau être adultère, Arthur incestueux et Perceval ingénu, ils n’en sont pas moins des héros ! Bref, Dominique Bona nous rappelle par l’exemple que l’amour est un excellent vecteur de culture et qu’on ne raconte jamais trop d’histoires aux enfants. Nous souhaitons à nos lecteurs qui en sont équipés de ne jamais l’oublier.

« L’Incroyable famille Modlin », Paco Gómez

« L’Incroyable famille Modlin », Paco Gómez, traduit de l’espagnol par Antoine Corradi, Les Corps conducteurs, 320 pages, 22 euros (sortie le 14 janvier).
« L’Incroyable famille Modlin », Paco Gómez, traduit de l’espagnol par Antoine Corradi, Les Corps conducteurs, 320 pages, 22 euros (sortie le 14 janvier). (Crédits : LTD/DR)

out comme le musicien Sixto Rodriguez ou la photographe Vivian Maier, les Modlin auraient pu rester à jamais des noms inconnus. Leur destin surgit d’une découverte fortuite et du regard d’un artiste qui s’arrête là où d’autres passent sans voir. C’est un de ces récits que l’on aime car ils disent le pouvoir de la création. Une démarche artistique, née d’objets promis à l’oubli, une enquête où le réel réserve des détours que l’imaginaire n’oserait pas.

Tout commence un soir de 2003, à Madrid. Devant un immeuble de la calle del Pez, un carton déborde sur le trottoir : photographies, lettres, négatifs, documents abandonnés. Le photographe Paco Gómez se penche dessus. Lui qui a été éboueur pendant ses études connaît bien les poubelles et aime en collecter les vestiges. Mais ce qu’il découvre alors dépasse tout ce qu’il a vu jusque-là. Sur les photos, trois figures reviennent sans cesse : un homme, une femme, un jeune garçon. Une famille. Les Modlin.

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Les images sont dérangeantes, théâtrales, parfois inquiétantes : un homme nu en position fœtale ou debout dans son salon déguisé en empalé, un jeune éphèbe photographié encore et encore. Des noms surgissent : Henry Miller, Javier Marías… Très vite, Paco Gómez comprend qu’il ne pourra pas simplement classer ces documents. Il va devoir enquêter.

Il retrouve l’immeuble, interroge les voisins, traîne au café d’en face, contacte des connaissances comme un professeur d’agronomie prénommé… Miguel Cervantes. Il embarque ses amis, sa famille. Les Modlin deviennent des fantômes familiers. Ils l’obsèdent. Et l’on se demande, page après page, s’ils ne sont pas en train de le contaminer… et nous avec.

Car leur trajectoire est à la fois farfelue et fascinante. Américains rêvant d’art et de reconnaissance, les Modlin s’installent en Espagne. Margaret, peintre autoritaire, impose sa vision à toute la famille. Ses tableaux surréalistes aux titres délirants – Point d’extase sans retour ; Elmer Modlin, toi qui contemples les sept sceaux de l’Apocalypse selon saint Jean – dessinent un univers oppressant. Elmer, le mari, est acteur raté : on l’aperçoit dans Ma sorcière bien-aimée ou dans Rosemary’s Baby, crédité comme « jeune homme ». Nelson, le fils, demeure en retrait.

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Le livre se lit comme une enquête policière, avec ses révélations, ses cliffhangers, ses alliés inattendus, ses portes qui se ferment. Paco Gómez, imprégné de cinéma noir – Bogart, Marlowe, sachets en plastique pour recueillir des preuves – se met lui-même en scène, à la manière d’une Sophie Calle. Jusqu’au vertige. Javier Marías le met en garde : « Il faut faire attention à ce sur quoi on enquête : il arrive qu’on s’y engloutisse. »

D’ailleurs, celui qui se rêvait photographe est désormais surtout connu comme « le type des Modlin ». Le livre, refusé par les éditeurs, le pousse à créer sa propre maison. Diffusé dans quelques librairies madrilènes, l’ouvrage devient culte. On invente un cocktail Modlin dans un bar voisin, des pèlerinages s’organisent devant l’immeuble de la calle del Pez. Une rumeur court même : et si tout cela était une fiction signée Enrique Vila-Matas sous pseudonyme ?

L’arrivée du livre en France est, elle aussi, miraculeuse. En 2019, l’éditeur Clément Ribes le découvre par hasard dans une librairie de Barcelone, estampillé « une histoire sauvée des ordures ». Pendant six ans, il y pense, mais ce n’est jamais le bon moment ni le bon endroit pour le publier. Jusqu’à ce qu’il fonde sa maison, Les Corps conducteurs. Le livre en sera le premier titre, en janvier. L’œuvre des Modlin puis l’ouvrage de Gómez, sauvés plusieurs fois de l’oubli. Une histoire de transmission et de seconde chance. Le genre de livre qui, à lui seul, souhaite le meilleur pour 2026.

« Le quotidien de l’éternité », Philippe Tesson

« Le quotidien de l’éternité », Philippe Tesson, Équateurs, 480 pages, 26,50 euros.
« Le quotidien de l’éternité », Philippe Tesson, Équateurs, 480 pages, 26,50 euros. (Crédits : LTD/DR)

Commençons par le plus difficile : la tentative de définition. S’agissant de Philippe Tesson (1928-2023), l’exercice est singulièrement délicat tant l’homme durant toute sa longue vie s’ingénia, avec une sorte de dandysme insolent et éloquent à la fois, à brouiller les pistes et à n’être jamais tout à fait là où l’on pouvait l’attendre, ni franchement ailleurs à vrai dire. Ce prince du paradoxe fut une sorte de Voltaire pour son temps, un ironiste jamais toutefois totalement désenchanté. Affrontant tous les trissotins des époques qu’il traversa, il n’eut d’autre guide que son bon plaisir qui fut aussi celui de ses lecteurs, à qui sa plume tour à tour vengeresse et enchantée ne souhaita d’autre destination que le meilleur.

Le plaisir, donc. Pour Philippe Tesson, ce sera l’odeur de l’encre, des salles de rédaction, de la réinvention permanente d’un journal. En ce temps-là, c’est vrai, lorsqu’à 30 ans, alors qu’il n’a aucune expérience en la matière, lui est confiée la direction de Combat, le grand titre issu de la résistance et fraîchement endeuillé de Camus, la presse était moins mauvaise fille qu’elle ne l’est aujourd’hui…

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Tesson, enfant du Nord (camarade de lycée de Pierre Mauroy, dont il ne partagea guère les options politiques mais auquel les liens de l’amitié valurent fidélité), ne tardera pas à être l’un des « rois de Paris ». Il est, il sera de toutes les conversations, de tous les salons, de nombre de causes, tenant son rang d’acteur autant que de témoin. Il devient ce qu’il a toujours été, une voix, un style surtout, une écriture. Après Combat, il y aura sa grande œuvre, la création en 1974 du Quotidien de Paris dont on dirait bien, si l’on ne craignait ses foudres posthumes, qu’il donna vingt ans durant du talent à la droite littéraire et de pensée politique ; un coup de fouet d’effronterie et de jeunesse bienvenu (un peu comme le fit à la même époque et sur l’autre rive politique Le Matin de Paris). Il y eut aussi la reprise et la rédaction en chef des Nouvelles littéraires, qui n’étaient pas rien non plus. Et des milliers d’articles invariablement enlevés, parfois cruels et tout de même très souvent généreux, témoignant d’une curiosité jamais prise en défaut qui fut celle de cet éternel jeune homme.

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C’est un bon nombre d’entre eux, augmentés d’éditoriaux, de chroniques et d’entretiens formidables de vivacité, qui sont enfin réunis grâce aux bons soins d’Amande Coquelle et d’Olivier Frébourg, en une passionnante anthologie. On y retrouvera tout ce qui faisait sa singulière présence au monde. Et quelque chose comme un secret révélé lorsqu’il confesse à un journaliste de Playboy venu l’interroger un jour de 1978 : « Je n’aime pas qu’on me déteste, je ne déteste pas qu’on m’aime. » Jamais sans doute ce grand séducteur ne put tout à fait se résoudre à tenir pour acquis une quelconque inimitié. Mais jamais non plus il ne censura pour cela sa plume, sa verve, son sens dialectique très sûr de la disputatio.

Nombreux sont ceux qui, sous la Ve République, dont il fut l’un des observateurs les plus sarcastiques et les plus avisés, en firent les frais à commencer par de Gaulle, tant Tesson savait qu’il n’est de grandeur qui ne se mesure d’abord à celle de ses adversaires. Jusqu’au bout, il a fui à parts égales le silence et l’indifférence. Ce livre qui nous le rend vivant est d’abord sur eux son triomphe.

« Les Miscellanées originales de Mr. Schott », Ben Schott

« Les Miscellanées originales de Mr. Schott », Ben Schott, Allia, 162 pages, 17,50 euros.
« Les Miscellanées originales de Mr. Schott », Ben Schott, Allia, 162 pages, 17,50 euros. (Crédits : LTD/Éditions Allia)

Un livre qui, au lieu de nous enjoindre aux bonnes résolutions, flatte nos pensées les plus obsessionnelles en nous caressant dans le sens du poil, nourrissant notre insatiable besoin de consolation et notre amour coupable des listes, un tel livre, je vous le dis, ne peut que nous vouloir du bien. Ce tricot d’informations incongrues, avant d’être tressé en florilège en 2002, a d’ailleurs été imaginé par le Britannique Ben Schott à l’attention de ses amis, à qui il adressait pour la nouvelle année les nomenclatures les plus iconoclastes en fonction, pour chacun, de ce qui pouvait lui être utile – quoi de mieux qu’un cadeau par lettre, un livre-carte de vœux ?

Des « Toasts des officiers dans la Royal Navy » aux dénominations des techniques divinatoires, cet almanach désopilant se lit pour les réponses exhaustives qu’il apporte à des questions que l’on avait oubliées que l’on se posait, mais auxquelles nos nuits d’insomnie nous renvoient parfois à sauts et à gambade (en années du zodiaque chinois, suis-je Chat ou Chèvre ?), mais aussi pour le délice surréaliste du coq à-l’âne. La vie est pleine de facéties, et qui peut prédire quand nous aurons besoin de dégainer sur-le-champ l’alphabet de la langue des signes ou la signalétique de guidage des avions sur les pistes ?

Ces miscellanées miraculeuses forment une liste de listes, et donc une promesse de promesses, celle que semble nous faire Ben Schott de nous parler à l’oreille jusqu’au petit matin, jusqu’au bout de la vie – à l’instar de la devise officielle de la Poste américaine : « Ni la neige, ni la pluie, ni la chaleur, ni l’ombre de la nuit n’empêchent ces messagers d’accomplir avec diligence la course qui leur est assignée. » Et l’on se prend à rêver de recevoir, nous aussi, la semaine prochaine, une enveloppe mystérieuse…

« La Sagesse des nonnes », Ana Garriga et Carmen Urbita

« La Sagesse des nonnes », Ana Garriga et Carmen Urbita, traduit de l’anglais (États-Unis) par Justine Coquel, JC Lattes, 352 pages, 20 euros (sortie le 14 janvier).
« La Sagesse des nonnes », Ana Garriga et Carmen Urbita, traduit de l’anglais (États-Unis) par Justine Coquel, JC Lattes, 352 pages, 20 euros (sortie le 14 janvier). (Crédits : LTD/Arden)

« Comment dire non à votre boss grâce à la rhétorique imparable d’une nonne qui remet son confesseur à sa place », « Comment les hauts et les bas émotionnels de deux lesbiennes persécutées par l’Inquisition peuvent remettre en perspective vos échecs amoureux » ou encore « Comment les visions mystiques d’une nonne franciscaine expliquent votre obsession pour les vidéos de recettes » : est-il seulement possible de résister à de telles têtes de chapitre ? Si s’opposer à votre supérieur est une de vos résolutions, une nonne a la solution ! Et il y en a tant d’autres dans cette Sagesse des nonnes aussi irrésistible qu’étonnante.

Elles ont vécu cloîtrées, sont mortes depuis bien longtemps et pourtant les deux autrices de ce livre, les universitaires Ana Garriga et Carmen Urbita, réussissent le tour de force de nous rendre ces nonnes familières et leurs conseils pertinents pour affronter les mois à venir. « C’est un livre sur nous deux et nos années de survie dans l’univers des religieuses, mais c’est surtout un livre sur vous – parce que nous sommes persuadées que ce que vous traversez en ce moment est déjà arrivé à une nonne des XVIe et XVIIe siècles. »

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Le sujet est dans l’air du temps. Il suffit de penser à la chanteuse Chappell Roan sur scène en tenue de religieuse ou à la publicité de Bumble en 2024. Le site de rencontre avait essayé de redorer son blason en relatant les difficultés d’une jeune femme se détournant de l’application pour entrer au couvent, assenant ce slogan : « Réfléchissez-y à deux fois avant de laisser tomber les rencontres en ligne. » Levée de boucliers immédiate de centaines d’internautes, parmi lesquelles rien de moins que Kate Hudson et Khloé Kardashian, pour dénoncer cette publicité.

Les nonnes comme guides pour 2026 ? Pourquoi pas ! Clarisses, carmélites ou dominicaines, « nos religieuses ont accumulé une sagesse collective », estiment les autrices en racontant par exemple leur amitié en miroir de celle liant sainte Thérèse et Marie de Saint-Joseph. « Thérèse, c’est le genre d’amie dont on se moque un peu quand elle décide de tout quitter pour investir son énergie dans un projet d’habitat collectif en autogestion – lequel se révèle, contre toute attente, un succès. » Thérèse, fondatrice d’un nouvel ordre religieux, les carmélites déchaussées, qui s’opposait à l’ostentation religieuse et matérielle.

Les thèmes du livre balaient notre vie : l’amitié, le travail, le corps, l’amour, l’argent, l’âme et la gloire. N’hésitez pas à consulter ces moniales. Si Thérèse est capable de vous aider à négocier un prêt immobilier, sœur Juana Inés de la Cruz vous motivera pour rédiger un e-mail pour contrer votre boss. Quant à Anne de Jésus, elle sera de grand conseil pour gérer l’angoisse relationnelle. En 2026, pour changer des femmes puissantes, passez aux sœurs inspirées.

« Eileen grey », Cloé Pitiot

« Eileen grey », Cloé Pitiot, Les Arènes, 168 pages, 20 euros.
« Eileen grey », Cloé Pitiot, Les Arènes, 168 pages, 20 euros. (Crédits : LTD/National Museum of Ireland)

On se souvient de Charlotte Perriand, nettement moins d’elle. Eileen Gray a même eu le déplaisir d’apprendre que Le Corbusier revendiquait dans la presse la paternité de la villa E-1027 (merveille de modernisme achevée en 1929 et située face à la mer sur les pentes de Roquebrune-Cap-Martin), qu’elle a pourtant conçue entièrement avec (et pour) son pygmalion, l’architecte roumain Jean Badovici.

Remettre incessamment le génie de Gray en lumière, c’est ce à quoi s’emploie Cloé Pitiot (elle a été la commissaire d’expositions de la rétrospective en 2013 au Centre Pompidou et l’a aussi exposée à Dublin et à New York). À grand renfort de photos (et de plans), ce livre est une gracieuse introduction à l’art de vivre tel que souhaité par Eileen Gray. Irlandaise installée à Paris, d’abord remarquée pour ses paravents laqués, elle devient une décoratrice puis une architecte résolument avant-gardiste. Elle déplore la « froideur intellectuelle » et le machinisme qui infestent l’habitat et cherche à retrouver « l’émotion ». « Il faut construire pour l’homme, qu’il retrouve dans la construction architecturale la joie de se sentir lui-même, comme en un tout qui le prolonge et le complète. »

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Pour Gray, le fonctionnel se doit toujours d’être astucieux, allié à un esthétisme surprenant. Voilà la promesse du bien-être. Elle a l’audace des matières : béton (d’un blanc immaculé), cuir, moleskine, aluminium… E-1027, juchée sur pilotis, avec « ses fenêtres en bandeau », est « un bateau prêt à prendre le large ». Ses meubles (mobiles, légers et inspirés du camping) témoignent d’une malice à nul autre pareil : du « Siège-escabeau-porte-serviettes » (oui, tout ça à la fois) au fauteuil transat avec appuie-tête à bascule en passant par la table de salle à manger entièrement recouverte de liège pour absorber le bruit des assiettes et des couverts, de là à ne jamais troubler le bruit du ressac et du vent, son ingéniosité est démente. Elle a même conçu avec Badovici des rangements nichés au plafond et… un canot de sauvetage. Si ce n’est pas nous souhaiter le meilleur ! 

Alexis Brocas, Anne-Laure Walter, Olivier Mony, Juliette Einhorn, Aurélie Marcireau et ​​Arnaud Cathrine

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