« Viens Élie », de Jonas Sollberger : notre premier roman coup de cœur de la semaine

Découvrez « Viens Élie » de de Jonas Sollberger.
Zazzo / Minuit

Découvrez « Viens Élie » de de Jonas Sollberger.
Zazzo / Minuit
Quelques semaines après le sacre de Laurent Mauvignier par l’académie Goncourt et la disparition de son éditrice Irène Lindon, voilà qu’une nouvelle voix surgit aux Éditions de Minuit, honorant l’exigence originelle de la maison : science de l’épure, goût de l’étrangeté, minimalisme poussé ici jusqu’à la quasi-absence de ponctuation. La quatrième de couverture nous informe que l’auteur, Jonas Sollberger, 26 ans, a grandi dans une communauté évangélique suisse puis ourdi ses écrits à l’Institut littéraire de Bienne.
La trame de ce beau premier roman tient en quelques mots : à la veille de son service militaire, le héros, Élie, a perdu un oiseau, nommé Moïse, qu’il traque partout dans les bois, comme on recherche désespérément l’enfance ou la foi, négligeant les rappels à l’ordre de ses parents et de sa sœur.
Élie s’enfonce ainsi dans la forêt, comme n’importe quel personnage de conte, à ceci près que la langue d’emblée nous happe, impose sa pulsation et bouleverse notre rapport au temps. Que lit-on ? Une parabole apocryphe ? Un récit d’émancipation ? Une allégorie sur l’abandon ? « Viens Élie » relève de tout cela : cantique de la forêt, échappée adolescente, fable éco-poétique qui étoffe le vivant, nous sensibilise au murmure des mûriers, au frémissement des buissons, au chant du pinson et du pic épeiche.
Le texte trace sa propre sente, entre littérature blanche et littérature verte, anti-spéciste, résonnant avec un autre roman publié en janvier chez Minuit, « Les Habitantes », de Pauline Peyrade, dans lequel la nature passe du statut de décor à celui de personnage.
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Forme limpide, fond broussailleux ; Jonas Sollberger sait jouer avec les symboles, multiplier les fausses pistes, placer son lecteur en position d’affût sans que cela ne vire à l’exercice de style. Moïse s’est-il envolé pour de bon ? Élie doit-il se résigner à quitter l’âge des cabanes pour embrasser celui des tueries ? Et sinon courir jusqu’où ? Une cavale, mille questions.
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« Viens Élie », Jonas Sollberger, Éditions de Minuit, 144 pages, 17 euros.