« Les Années bleues », de Victor Dekyvère : notre premier roman coup de cœur de la semaine

« Les Années bleues », de Victor Dekyvère, Rivages, 256 pages, 20 euros.
LTD/IGOR KOV

« Les Années bleues », de Victor Dekyvère, Rivages, 256 pages, 20 euros.
LTD/IGOR KOV
Journaliste et chroniqueur, visage bien connu des familiers du petit écran (et notamment des téléspectateurs de C l’hebdo, où il exerça des années durant, tout en décalages bienvenus, ses talents autour de l’actualité culturelle), Victor Dekyvère sacrifie donc aujourd’hui – comme nombre de ses confrères l’ont fait récemment et avec un succès parfois inégal – à l’entrée dans la carrière littéraire. Récit générationnel ample et juste qui ne confond jamais vessies et lanternes, son premier roman, Les Années bleues, est une belle réussite.
De quoi s’agit-il ? De la douleur lancinante que rien ne parvient vraiment à apaiser d’être né là où il n’aurait pas fallu. C’est-à-dire pauvre, à Roubaix, en 1950. Là où Élias, le héros du livre, loin des usines et des terrils, voudrait pouvoir s’imaginer une ligne d’horizon.
Trois rencontres, l’adolescence venue, la lui apporteront. Celle d’abord de Julien, puis celle de Benoît. Ils ne viennent pas du même milieu que le narrateur, l’un bourgeois, l’autre plus artiste, mais le reconnaissent tout de même d’emblée dans la cour de leur lycée comme l’un des leurs. Et rien, pas même la vie, les carrières, les oublis, les trahisons, ne parviendra à les séparer tout à fait.
Et puis il y a Violaine. Rencontrée elle aussi durant les années 1960 par les trois compères, elle est comme le rêve amoureux fait chair d’Élias. Et parce qu’elle aime plus que tout la musique, celui-ci en fera son métier et sa passion, jusqu’à connaître à Paris, dans la trentaine, un succès inattendu et un brin tardif, guère consolateur pourtant…
Ce qu’il y a de remarquable, au sens premier du terme, dans cette « symphonie pour cœurs désaccordés » qu’est ce coup d’essai de Victor Dekyvère, c’est l’humilité (qui n’est pas toujours la vertu la mieux partagée des primo-romanciers) avec laquelle il mène son affaire. Aucun coq-à-l’âne malvenu, aucune fausse audace dans ce récit sagement agencé en un grand flash-back (tout commence en effet par l’enterrement en 2019 de l’un des personnages) parfaitement maîtrisé.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

À lire également
Ce qui compte pour l’auteur, c’est de peindre en quelque sorte sur le motif pour mieux laisser affluer les émotions. De sa province natale (celle aussi de Dekyvère) à un Paris qui ne lui offre plus que le spectacle de son échec, de sa vieille douleur, Élias fuit et se fuit pour mieux toujours se perdre. Le pire, pourtant, n’est pas toujours sûr puisqu’aussi bien les voix au fond du jardin de sa mémoire font entendre comme un sourd et lancinant écho. L’exercice sera profitable, au héros, au romancier, au lecteur.
Les Années bleues, de Victor Dekyvère, Rivages, 256 pages, 20 euros.