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Avec son nouvel album « Boulevard de l'enfance », Gauvain Sers pose un regard intime sur le monde

Éric Mandel

Publié le 17 avril 2026 à 06:30

Gauvain Sers sort, en 2026, son quatrième album "Boulevard de l'enfance".

Gauvain Sers sort, en 2026, son quatrième album "Boulevard de l'enfance".

LTD/YANN ORHAN

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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Quelque part entre Renaud et Francis Cabrel mais plutôt de la nouvelle génération, le chanteur Gauvain Sers revient avec un nouvel album « Boulevard de l'enfance ». Toujours aussi intime et engagé.

Si un jour ma plume est au bord du précipice / Si j’ai même plus le goût de cracher l’injustice  / Chanteur préhistorique pour les jeunes de maintenant / Et si j’ai brassé trop de fric pour écrire sincèrement / Est-ce que tu continueras à prendre toute la place dans mon lit ? » Dans cette nouvelle chanson (Chaque nuit) qui n’est pas sans rappeler le classique d’Alain Souchon Quand j’serai KO, Gauvain Sers se projette dans un avenir plutôt sombre comme pour mieux le conjurer.

« Devenir aigri, c’est le pire des sentiments ; je voulais parler des dangers du succès et de fidélité à ses convictions », souligne le chanteur, devenu en une décennie un poids lourd de l’industrie musicale avec ses hymnes humanistes et ses ballades intimistes écrites guitare à la main, à contre-courant des modes éphémères.

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À 36 ans, le gavroche de la chanson française, casquette en velours vissée sur la tête, n’affiche aucun signe d’embourgeoisement. Il prend toujours le métro, se tient à distance des coteries du showbiz et se ressource régulièrement dans la maison familiale au cœur de la Creuse. « Pour moi, le vrai luxe c’est d’avoir un joli chez-soi avec les gens que tu aimes », assure l’auteur-compositeur issu de la classe moyenne (père prof de maths, mère pharmacienne).

Avec ce quatrième opus, Boulevard de l’enfance, certainement le plus abouti de sa carrière, il confirme surtout une inspiration toujours féconde, entre tendresse et colère, introspection et constat social. « Comparé à mes précédents disques, j’ai pris un peu plus de temps pour le terminer, confie celui qui officia comme statisticien pour une compagnie d’assurances avant de se lancer dans la chanson. Depuis mes débuts, j’ai donné plus de 500 concerts, j’avais besoin de me reconnecter à la vraie vie. Et puis je suis devenu papa l’année dernière. C’est plein de premières fois très jolies. Je me suis aussi calmé sur les bringues avec les potes, ce qui n’est pas plus mal. »

Le thème de l’enfance s’est naturellement imposé comme le fil rouge du disque. Avec Un peu de nous deux, il écrit à son fiston une lettre malicieuse dans laquelle il l’imagine bardé des qualités et défauts de ses parents. Loin de se focaliser sur sa petite personne, Gauvain Sers prend soin d’élargir le propos avec des sujets parfois casse-gueule. Dans le bouleversant Presque une maman, il se glisse dans la peau d’une femme victime d’une fausse couche.

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J’en veux surtout aux politiques qui exploitent une détresse sociale née des trahisons de la gauche.

« J’ai besoin d’être dans l’empathie de personnes confrontées à des drames. Le sujet est venu de mes discussions avec des amies, j’ai aussi lu des articles, visionné des documentaires, un peu comme un journaliste. »

Dans la chanson Boulevard de l’enfance, interprétée avec Francis Cabrel, il rend également hommage à ces gamins nés sous une mauvaise étoile. C’est l’enfant-soldat en Somalie, une Chinoise qui turbine à l’usine, ce petit frère enrôlé par des narcotrafiquants au Mexique…

En disciple de Renaud, le trentenaire n’oublie pas de se mêler de politique, le stylo entre les dents. Son album se termine avec Si tu voyais grand-mère, un brûlot féroce sur la montée de l’extrême droite balancé sans moralisme. « Je n’en veux pas aux électeurs du RN, j’en ai même dans mon public. J’en veux surtout aux politiques qui exploitent une détresse sociale née des trahisons de la gauche. »

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Il a également choisi de mettre en musique sa lettre fleuve, Monsieur le Président, adressée en 2022 à Emmanuel Macron (12 millions de vues). « Depuis, rien n’a changé, il fallait en remettre une couche, souligne-t-il. Cette chanson, c’est la suite des Oubliés [son manifeste sur la fermeture d’une école en milieu rural, devenu un classique des mouvements sociaux]. »

À ce jour, il n’a toujours pas eu de retour du locataire de l’Élysée. « Pourtant, j’aimerais bien », sourit Gauvain Sers, qui se tient à bonne distance de la politique politicienne pour préserver sa liberté d’artiste, déclinant les appels du pied des partis pour utiliser ses chansons ou ambiancer des meetings.

« Il faudra peut-être le faire bientôt pour éviter un drame national », anticipe le chanteur, qui se désole de la désunion de la gauche et avoue un petit faible pour François Ruffin. En attendant, il prépare sa tournée qui débutera en septembre. « J’ai envie d’offrir un spectacle marquant avec de beaux décors, de la mise en scène. Le plus dur, c’est de trouver la bonne set list, entre anciennes et nouvelles chansons. Un vrai casse-tête, mais je ne me plains pas, c’est un problème de riche. » 

Éric Mandel

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