Syrie : « Les États-Unis ne traitent plus qu’avec Al-Charaa, un dur, selon Trump », par François Clemenceau

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On saura peut-être un jour ce qui s’est vraiment dit à Paris le 5 janvier lors d’une rencontre à laquelle ont participé de hauts responsables syriens, israéliens et américains. Mais il est fort probable que, ce jour-là, un « deal » comme les aime le président Trump a été conclu.
Les émissaires du nouveau maître syrien Ahmed Al-Charaa ont-ils fait comprendre aux délégués de l’État hébreu qu’il fallait en finir avec leur soutien aux Kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), pour que la nouvelle Syrie puisse recouvrer sa souveraineté sur la totalité de son sol ? Qu’il fallait enfin mettre en œuvre l’accord conclu au printemps dernier sous médiation américaine entre le pouvoir syrien et les Kurdes afin d’unifier enfin la Syrie dans toutes ses composantes ?
Toujours est-il que, dans la foulée, les forces syriennes ont repris leur offensive contre les bastions kurdes du nord-est, ceux-là mêmes que les FDS avaient repris de haute lutte au califat du groupe État islamique, avec le soutien de la coalition internationale anti-Daech.
Treize jours plus tard, le général Mazloum, chef des FDS, signait un cessez-le-feu avec le président Al-Charaa. Le rapport des forces, de un à cinq, au détriment des fantassins de la nouvelle « armée » syrienne, rejoints par les tribus arabes jusqu’ici alliées aux FDS, n’était pas supportable. Ces dernières se sont donc repliées sur leurs terres historiques frontalières de la Turquie et de l’extrême nord irakien.
À Washington, Donald Trump, le 20 janvier, louait alors les prouesses du président syrien, que les Saoudiens et les Turcs lui avaient chaleureusement recommandé dès le début de son nouveau mandat. « Il travaille très dur, plastronnait-il. C’est un mec fort, un dur avec un CV plutôt brutal. On ne peut pas avoir un enfant de chœur pour faire ce genre de boulot. » Et peu importe si au Centcom – le commandement des opérations militaires américaines pour tout le Moyen-Orient – les généraux ne parvenaient apparemment plus à faire comprendre au Bureau ovale ce que signifiait concrètement le « lâchage » des Kurdes.
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L’ex-promoteur immobilier Tom Barrack, envoyé spécial de Donald Trump et ambassadeur en Turquie, avait de toute façon donné le ton en expliquant directement au général Mazloum que les États-Unis ne traitaient plus désormais directement qu’avec le seul président AlCharaa.
Un parfait alignement des intérêts américains, saoudiens, turcs et syriens, en somme. Comme si dix années de combat et de sacrifices des FDS contre le terrorisme djihadiste de Daech ne pouvaient être remerciées autrement. Et sans trop imaginer comment le nouvel État syrien allait pouvoir continuer à assumer cette lutte contre les cellules résiduelles de l’ex-groupe État islamique à la place des FDS. Ni consulter la France, devenue concrètement maîtresse des opérations de la coalition contre Daech depuis que les Américains ont précédemment quitté son siège en Irak. Les forces spéciales françaises n’avaient-elles pas pourtant accompli depuis le début, aux côtés des FDS, un travail aussi discret qu’efficace ?
D’où l’inquiétude de l’Élysée quant à la suite des événements. Surtout lorsque le Wall Street Journal révèle qu’il est bien dans l’intention des États-Unis de redéployer hors de Syrie les quelques centaines de leurs soldats qui y étaient encore stationnés. « Il y a des messages passés de notre part sur la nécessité d’un transfert ordonné, mais aussi sur l’expertise que les FDS ont acquise et la nécessité pour l’État syrien de pouvoir l’intégrer pour pouvoir en bénéficier pleinement dans le cadre d’une discussion coordonnée avec la coalition contre Daech », dit-on à l’Élysée.
Sujet qui préoccupe aussi le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham, un proche de Trump, qui tweetait son angoisse jeudi soir en espérant voir son « inquiétude » partagée par ses collègues – républicains comme démocrates – quant aux implications d’un tel retrait, alors que ce pays est encore si « instable ». Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, devrait évoquer le sujet dès demain avec son homologue turc, Hakan Fidan, l’ancien chef des services de renseignement d’Ankara.
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Il est donc injuste de prétendre que la France a trahi les Kurdes à la suite de l’accord du 18 janvier entre le chef des FDS et le pouvoir à Damas. Mais elle aurait préféré leur intégration pacifique dans la nation syrienne, au prix de compromis politiques et économiques solides, sans prendre le risque de les livrer maintenant aux frappes des forces turques de l’autre côté de la frontière. La paix par la force, telle que la pratique sans états d’âme Donald Trump, s’est imposée. Un revers d’alliance, un de plus.