Trump et le Proche-Orient au fond des urnes. La chronique de François Clemenceau

Découvrez la dernière chronique de François Clémenceau.
LTD/Fabien Clairefond

Découvrez la dernière chronique de François Clémenceau.
LTD/Fabien Clairefond
Le business des Miles, moteur insoupçonné de la rentabilité d’Air France-KLM
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Aux États-Unis, l’épargne s'effondre à des niveaux historiques
« Nous pensions être face à une crise conjoncturelle. Elle est devenue structurelle » : Lavazza pris dans la tempête du marché du café
Sabah Abouessalam-Morin : « À Edgar Morin, l’homme de ma vie »
Engie va supprimer environ 1 000 postes dans ses fonctions support d’ici à 2028
« Israël n’est pas notre allié. C’est probablement plutôt notre ennemi. » Qui a dit cela ? Un étudiant américain propalestinien sur le campus de Harvard ? Un partisan du nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, qui vient de prendre ses fonctions après avoir promis d’interdire à Benyamin Netanyahou de débarquer dans sa ville ? Une élue démocrate issue des quartiers où vivent de nombreux citoyens musulmans dans l’Illinois ? Non.
Il s’agit de Nick Fuentes, un podcasteur néonazi dont le New York Times nous assure que 30 à 40 % des jeunes cadres du Parti Républicain écoutent ses diatribes sur les réseaux sociaux. Il n’a que 27 ans, pas de diplôme mais une énergie politique et narcissique remarquée. Depuis l’assassinat de l’idéologue ultra-conservateur chrétien Charlie Kirk, il est apparemment en piste pour lui succéder en influence auprès de la jeunesse de droite américaine.
C’est aussi lui qui, selon un recensement publié par la revue Le Grand Continent, a proféré récemment : « Des Américains vont mourir pour Israël, et tout cela parce que les Juifs exercent un pouvoir immense sur l’Amérique. Nous sommes un État vassal. »
Qu’en pensent les électeurs américains à dix mois du scrutin de mi-mandat au Congrès, alors que Donald Trump s’est juré d’en finir avec les guerres au Proche-Orient et de contraindre Benyamin Netanyahou à offrir aux Palestiniens une perspective d’horizon politique qui ressemblerait à un État ?
Qu’en pensent les électeurs juifs américains qui ont voté à presque 80 % pour Kamala Harris en 2024 mais surtout les autres 20 %, qui ont choisi Trump et se remettent à étudier les racines antisémites historiques de l’extrême droite aux États-Unis ?
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Les élections de mi-mandat ne seront pas anticipées. Il y a en revanche de fortes chances que le renouvellement de la Knesset israélienne s’opère d’ici à la fin octobre. Benyamin Netanyahou aimerait aller au bout de son mandat, mais on voit bien que ses alliés de l’extrême droite ultranationaliste persistent dans leur menace de démissionner s’il met vraiment en œuvre le plan de paix de Donald Trump, et notamment sa phase 2 de retrait progressif militaire à Gaza.
Si des élections devaient se tenir demain en Israël, nous disent les derniers sondages, le rapport des forces serait inchangé : le Likoud et ses partenaires religieux auraient toujours besoin de l’ultradroite identitaire et suprémaciste pour conserver le pouvoir.
Lors de son rendez-vous à Mar-a-Lago lundi dernier, Donald Trump s’est efforcé de ne pas fragiliser Netanyahou en public. Le président américain a multiplié les pressions sur le président israélien, Isaac Herzog, afin que le chef du gouvernement soit gracié dans les affaires de corruption qui menacent son avenir politique.
Mais le milliardaire républicain a bien conscience que toute impasse à Gaza, sans parler de la colonisation chaque jour plus brutale de la Cisjordanie, sera aussi la sienne devant l’électorat américain.
Et puis, il y a le Liban. « Les Israéliens semblent vouloir en finir avec la menace du Hezbollah à leur frontière nord, confie le président du parti Kataeb, Samy Gemayel, dans un entretien publié dans le dernier numéro de la revue L’Hémicycle. Netanyahou pourrait obtenir des accords de paix avec la Syrie et le Liban avant les élections pour qu’il les aborde en grand vainqueur. Il sait qu’il peut compter sur Donald Trump pour lui donner les moyens d’y parvenir. »
Et qu’importe si une grande partie du travail de désarmement du Hezbollah a été courageusement effectuée par les forces armées libanaises elles-mêmes, dans le cadre d’une coordination supervisée par la France et les États-Unis. Il est vrai que la milice chiite a replié une partie de son arsenal dans le nord du pays et qu’elle tente de l’augmenter.
Mais une nouvelle guerre dans ce pays si profondément dévasté par les crises contribuerait-elle à la stabilité nécessaire du Liban, qui passe notamment par de prochaines élections législatives prévues au printemps ?
À quoi serviraient un nouveau président et un nouveau gouvernement acquis de haute lutte politique et diplomatique, notamment avec l’aide de la France, si les Libanais ne peuvent voter pour leur représentation nationale et fournir la preuve que, sans guerre avec Israël, le Hezbollah perd forcément de sa légitimité, lui qui prétend incarner le fer de lance de la « résistance » ?
À lire également
Trois États aux destins liés, trois nations pluralistes avec des degrés de démocratie différents, trois peuples tiraillés par les extrémismes, tentés par la politique du pire. Où la sagesse et la raison devraient se manifester dans les urnes, plutôt que de céder la place au simplisme et aux haines.
OPINION. « Et si la gauche française pouvait s’inspirer d’Andy Burnham ? » par Gaspard Gantzer, consultant et ancien conseiller de François Hollande
OPINION. « L'IA au service de l'humanité : le pape l'exige, l'Europe doit l'imposer », par Sandro Gozi, député européen
OPINION. « Le grand déclassement est déjà là », par Jean-Luc Ginder, économiste
Final Four de handball féminin : l’Europe parle français