La nuit tombe sur l’hôtel particulier des éditions Gallimard au cœur du 6e arrondissement de Paris. Avant de recevoir La Tribune Dimanche, Giuliano da Empoli raccompagne Emmanuel Carrère jusque dans le hall d’entrée. Les deux écrivains sont amis. L’auteur de Kolkhoze a signé le scénario de l’adaptation sur grand écran (en salles à partir du 21 janvier) du fameux Mage du Kremlin.
Cette année, Giuliano da Empoli a délaissé Poutine pour se concentrer sur les seigneurs de la tech. Cela a donné L’Heure des prédateurs. Sorti avant l’été, l’essai, qui s’est vendu à 200.000 exemplaires, a renforcé encore un peu plus la cote de l’ancien conseiller de Matteo Renzi – social-démocrate italien un temps à la tête de l’Italie – auprès des responsables politiques. Ces derniers le consultent tel un oracle.
Évidemment, lui qui s’inquiète de la montée en puissance des gourous ne peut que refuser cette étiquette : « Il n’y a plus besoin de gourou ou de voyant car l’avantage de notre époque, c’est que tout est clair, tout est dit. C’est une vraie différence avec le passé : tout ce qui était implicite est aujourd’hui devenu explicite. Par exemple, on savait très bien que l’Europe était dépendante des Américains militairement et technologiquement. Mais des formes étaient mises, c’était un peu caché. Plus maintenant. On savait que l’administration américaine était derrière le pouvoir de la tech ; dorénavant c’est explicite… »