« On se lève et on se casse. » C’était la formule d’Adèle Haenel aux Césars face à Roman Polanski. Et c’est sans doute le meilleur résumé de la prise de conscience par les Européens de la rupture avec les Américains cette semaine à Davos. Se lever et s’en aller, c’est donc ce qu’ont fait des leaders du Vieux Continent mardi soir lors du dîner le plus influent de l’année, qui marque l’ouverture du forum.
De mémoire de participants, c’est historique : jamais personne n’avait claqué de porte ni hué qui que ce soit au sein de l’événement économique le plus sélect au monde, qui a pour théâtre une station de ski des Alpes suisses transformée tous les ans en bunker. Un forum dans lequel on peut attendre un thé à la cafétéria entre Bill Gates, Mark Carney, Jensen Huang et Sundar Pichai.
L’Histoire retiendra que c’est Christine Lagarde qui a lancé le mouvement. Mais, comme l’ont raconté les participants, la présidente de la BCE n’est pas partie seule : ils sont des dizaines à s’être levés pour quitter la salle après avoir hué Howard Lutnick, le conseiller spécial de Donald Trump.
La révolte de Davos s’est déroulée précisément après le plat, lors de ce dîner donné par Larry Fink, coprésident par intérim du Forum économique mondial et surtout PDG du plus grand groupe de gestion d’actifs du monde, BlackRock. C’était son premier dîner d’ouverture de Davos en tant que « host », puisqu’il vient de prendre ce poste après le départ fracassant du fondateur du World Economic Forum, Klaus Schwab. Et il bouscule les règles, allant pour certains jusqu’à « vendre le forum aux Américains ». « Trump fait ce qu’il veut. C’est en mode : “Et pour déclarer la guerre, c’est combien ?” » observe ainsi un économiste européen.