Algérie : Après la libération de Boualem Sansal, l’espoir renaît pour Christophe Gleizes

Les proches de Christophe Gleizes manifestent pour sa libération, le 30 juin 2025.
LTD/CHRISTOPHE SIMON

Les proches de Christophe Gleizes manifestent pour sa libération, le 30 juin 2025.
LTD/CHRISTOPHE SIMON
« Il est debout. » C’est ainsi que l’avocat Emmanuel Daoud décrit son client quatre jours avant son procès en appel. Christophe Gleizes doit comparaître mercredi à Tizi-Ouzou, capitale de la Kabylie, à 100 kilomètres à l’est d’Alger. Condamné le 29 juin à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national », le journaliste français « veut se battre pour prouver sa totale innocence », rapporte son avocat, qui ajoute : « Il respecte l’Algérie et la justice algérienne, et il veut convaincre ses juges de son innocence. »
Deux semaines et demie après la grâce et la libération de l’écrivain Boualem Sansal, et alors que les relations entre Paris et Alger reprennent tout doucement, le climat pourrait sembler plus favorable. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 17 novembre, la famille de Christophe Gleizes (sa mère, son beau-père et son frère) écrivait : « Nous avons toujours considéré que seul l’apaisement des relations entre la France et l’Algérie pouvait conduire à une issue favorable pour Christophe et aujourd’hui nous y croyons plus que jamais. » Le pigiste, collaborateur de So Foot et Society, est détenu à la prison de Tizi-Ouzou depuis cinq mois.
Mais que lui reproche la justice algérienne ? D’avoir été en contact, entre autres, de 2015 à 2017, avec un des responsables du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK). Un mouvement qui estime que la région doit pouvoir choisir son statut (autonomie ou État indépendant).
Les Kabyles défendent une forte identité face au pouvoir central arabo-musulman. Les habitants de ces montagnes berbérophones, entourées de hauts plateaux et bordées par la Méditerranée, parlent l’amazighe, la langue kabyle. Le MAK est minoritaire au sein de ces Kabyles algériens – qui représentent environ 20 % de la population du pays. Mais en mai 2021, le pouvoir a décidé de le classer comme organisation terroriste. Soit plusieurs années après les premiers contacts du journaliste avec l’un de ses responsables.
En mai dernier, le Français de 36 ans s’est rendu en Algérie pour un reportage sur la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK). Cet amoureux du foot veut raconter l’histoire humaine de ce club majeur d’Afrique du Nord. La JSK est une des équipes les plus titrées et les plus populaires du pays. C’est aussi le club porte-drapeau de la Kabylie, dont il arbore les couleurs jaune et vert.
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Christophe Gleizes arrive avec un visa de touriste, parce qu’un visa de journaliste est pratiquement impossible à obtenir. Pour préparer son terrain, il avait aussi repris contact avec le responsable du MAK, qui est un des dirigeants de la JSK.
« Dans le journalisme, cela s’appelle une source, explique Antoine Bernard, directeur du plaidoyer et de l’assistance à Reporters sans frontières (RSF). Il est légitime d’avoir des contacts, sinon il n’y a pas de journalisme. Quant au visa, oui, c’est une bêtise, mais il n’aurait pas eu besoin de le faire s’il avait obtenu un visa de journaliste. Cela ne fonde en aucun cas une condamnation pour apologie de quoi que ce soit. Christophe n’a jamais fait l’apologie de quoi que ce soit, et a fortiori de terrorisme. » Me Daoud ajoute : « Notre client n’est qu’un journaliste sportif, d’investigation, passionné par son métier et le football. Il n’a dans la main qu’une plume et un ballon. »

L’avocat français, qui va pouvoir se rendre à Tizi-Ouzou, se dit « déterminé et confiant », comme son confrère algérien Amirouche Bakouri. « Les infractions reprochées à Christophe Gleizes ne sont pas caractérisées, explique-t-il. Il nous appartient de convaincre la cour criminelle de Tizi-Ouzou de la spécificité du métier de journaliste et de la nécessité pour celui-ci de croiser ses sources. »
D’autres soutiens se disent sereins mais restent prudents aussi. La situation demeure extrêmement sensible. D’autant que, plusieurs semaines avant le procès en première instance en juin, les signaux semblaient positifs. Le juge d’instruction avait décidé de laisser Christophe Gleizes sous contrôle judiciaire, non de le placer en détention provisoire. Assigné à résidence à Alger, le journaliste avait vu sa surveillance quotidienne levée.
« Et pourtant il a été condamné à sept ans ferme en juin, remarque Antoine Bernard, ce qui est un désastre. »
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Pour marquer hier les cinq mois de détention du pigiste, Reporters sans frontières a tourné une vidéo de soutien. Vingt-six sportifs, artistes, journalistes ont rappelé qu’ils pensaient à lui. Et ont réclamé « la libération et la justice pour Christophe… qui n’a fait que son métier de journaliste ».