La chronique de François Clemenceau. France-Algérie : longues vues et rétroviseurs

Découvrez la chronique de François Clémenceau.
LTD/Fabien Clairefond

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Pas de photos, pas de prises de parole en public, pas de communiqué commun : la visite de travail, jeudi 20 novembre à Alger, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay et de sa délégation aura été des plus discrètes. Et cette volonté de garder le silence sur les échanges semble avoir été respectée côté algérien, où l’on ne tient pas à apparaître comme des accélérateurs de la reprise du dialogue.
Anne-Marie Descôtes et son homologue Lounès Magramane sont deux diplomates chevronnés. En septembre 2023 et février 2024, ils avaient tous les deux organisé, dans la foulée du succès de la grande visite d’État d’Emmanuel Macron en Algérie en août 2022, les 10e et 11e sessions de consultations politiques franco-algériennes, respectivement à Paris et à Alger.
À l’époque, ils affichaient un grand sourire. La crise qui a suivi a été tellement longue et brutale qu’il nous semble avoir presque oublié ces décennies de voisinage du monde d’avant. Pas franchement idylliques, plutôt même parfois houleuses ou orageuses, mais sans commune mesure avec ce que nous vivons aujourd’hui.
Car entre-temps, oui, il y a eu la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par la France à l’été 2024. La justice française a également mis en examen en avril 2025 un agent consulaire algérien soupçonné d’avoir participé un an plus tôt à une tentative d’enlèvement d’un influenceur algérien qui s’opposait au gouvernement du président Tebboune.
Les deux pays ont fini par rapatrier leurs ambassadeurs, et les agents consulaires supplémentaires que réclamait Alger n’ont pas été accrédités. Tout au long de cette période, les milliers d’OQTF décidées par nos préfets à l’encontre de ressortissants algériens n’ont été validées par Alger qu’au compte-gouttes. Les services de police et de renseignement – qui ont des dizaines d’années de coopération positive derrière eux, notamment dans la lutte antiterroriste – n’échangent plus officiellement depuis presque deux ans.
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À Alger, le 20 novembre, les deux équipes de diplomates et de hauts fonctionnaires de chaque côté de la table ont pu se parler. Pas de porte claquée ni d’étalage d’états d’âme. La délégation française était à la godille, entre le retour à Paris de Boualem Sansal et le procès en appel à Tizi Ouzou de notre compatriote Christophe Gleizes qui doit se tenir le 3 décembre. En attendant, il fallait bien empiler les dossiers prioritaires de ce qu’on appelle au Quai d’Orsay « la relance de la dynamique ».
Si tout se passe bien, donc, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez se rendra à Alger début décembre, à l’invitation de son homologue Saïd Sayoud. Le Mali, voisin de l’Algérie, devrait être au menu de leurs conversations car il y a là une inquiétude commune grandissante face à la menace djihadiste. Il n’est pas improbable non plus que le Medef soit invité à revenir voir prochainement ses partenaires algériens du Conseil de renouveau économique algérien (Crea).
Il va y avoir ces jours-ci la délivrance de trois accréditations à caractère d’urgence qui concernent trois consuls généraux et les autorités algériennes devraient agir par réciprocité, indique une source française citée par la presse algérienne. Ce week-end, le président de la République aurait pu s’entretenir avec Abdelmadjid Tebboune en marge du G20 de Johannesburg. Mais le président algérien y a envoyé son Premier ministre. Rien ne presse, mais il ne faudrait pas d’ici à leur prochaine rencontre que le climat soit de nouveau pollué par des professionnels de l’instrumentalisation.
En effet, cette reprise de dialogue continue d’être dénoncée – non sans arrière-pensées de sabotage – des deux côtés de la Méditerranée. En Algérie, avec l’obsession chez certains du rétroviseur, comme une grammaire où le futur serait inexistant. « La relation ne progressera pas tant que Paris n’acceptera pas de la reconfigurer sur une base strictement égalitaire, débarrassée des réflexes postcoloniaux qui continuent de la hanter », écrivait ainsi jeudi le site d’informations conspirationniste Algérie patriotique.
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Quelques jours plus tôt à Paris, n’était-ce pas Jordan Bardella qui lâchait sur BFMTV : « Nous avons donné l’indépendance à l’Algérie, elle doit maintenant nous donner la nôtre […], le régime algérien doit cesser ses provocations » ? Ce n’est pas avec ce genre de postures générées par des combats d’arrière-garde que l’on avancera. Nos deux jeunesses, qui n’ont pas vécu la guerre d’Algérie, ne méritent pas de la revivre à travers les discours usés jusqu’à la corde des ultra-nostalgiques des années FLN-OAS. Nos deux nations méritent tellement mieux.
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