Patrick Artus, économiste : « Les titres de la tech américaine sont beaucoup trop chers »

Propos recueillis par Maxime Heuzé

Patrick Artus Ossiam est conseiller scientifique et économiste.
LTD/DR

Propos recueillis par Maxime Heuzé

Patrick Artus Ossiam est conseiller scientifique et économiste.
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LA TRIBUNE DIMANCHE — En 2025, ce sont les valeurs de la tech américaine qui ont porté les marchés financiers, grâce à l’intelligence artificielle. Qu’en sera-t-il en 2026 ?
PATRICK ARTUS OSSIAM — L’année dernière, les marchés américains ont été portés par la bonne croissance des États-Unis qui ont affiché plus de 4,3 % au troisième trimestre. Sauf que cette hausse du PIB a été quasiment exclusivement tirée par la consommation des 10 % des ménages américains aux revenus les plus élevés, qui ont vu leur niveau de vie augmenter grâce à la bonne performance des portefeuilles boursiers.
La croissance américaine est donc fragile, car elle ne dépend que d’une poignée de personnes et de la bonne tenue de la Bourse. Cela m’amène à avoir beaucoup de réserves quant aux perspectives de l’économie et de la Bourse américaine cette année.
Quant aux actions technologiques, je crois qu’il faut être très prudent. Elles sont beaucoup trop chères et génèrent de tout petits bénéfices par rapport aux montants colossaux de leurs investissements. Rien qu’OpenAI vaut 500 milliards de dollars et génère 12 milliards de revenus pour 21 milliards de pertes.
Les États-Unis deviennent très risqués, qu’en est-il des marchés européens ?
La croissance européenne est attendue à 1,2 % en 2026 mais cela me paraît bien trop élevé. Nous n’avons plus de gains de productivité, plus de hausse du taux d’emploi ni de la natalité. Or ce sont trois facteurs déterminants pour parvenir à la croissance.
Certes, les actions européennes sont bien moins chères que les valeurs américaines. Mais cela est normal, vu la différence de hausse du PIB aux États-Unis et en Europe. Je pense donc que beaucoup d’investisseurs ont trop d’attentes sur les actions européennes et pourraient être déçus.
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2026 sera donc une année difficile pour les actions, pour vous. Cela veut-il dire qu’il vaut mieux investir dans les obligations ?
C’est une année qui est tout aussi risquée pour le marché obligataire. Le plan de relance du Japon risque de tirer les taux japonais à la hausse et de transvaser une partie des investissements dans les obligations européennes et américaines vers le marché nippon. Or, dans ce cas, cela risquerait de faire monter les taux obligataires des deux côtés de l’Atlantique. Sauf que, quand les taux montent, le prix des obligations déjà émises baisse sur le marché secondaire, ce qui nuit aux détenteurs de ces actifs.
Si les actions et les obligations sont trop risquées, 2026 sera-t-elle à nouveau une bonne année pour l’or ?
Tout à fait ! Même si les prix des métaux précieux et non précieux, comme le cuivre, ont beaucoup monté, ils restent de très bons actifs à détenir en 2026. Et pour cause : les déficits publics européens et américains sont colossaux et les banques centrales sont tentées de baisser leurs taux directeurs et d’imprimer de l’argent en quantité. Cela veut dire que nous pourrions connaître un retour de l’inflation, ce qui serait bon pour les cours des métaux.
Et il ne faut pas oublier que la capitalisation de l’or ne représente qu’un tiers de la Bourse américaine. Donc, si 10 % du capital investi dans les actions est déplacé vers l’or, le cours du métal jaune pourrait encore progresser de 30 % voire 50 %.
Propos recueillis par Maxime Heuzé