ENTRETIEN — Le porte-voix des mutuelles alerte sur les conséquences d’une augmentation éventuelle des complémentaires et plaide pour une réduction des dépenses liées au soin.
LA TRIBUNE DIMANCHE — La taxe sur les complémentaires santé, qui devait rapporter 1 milliard d’euros, a été rejetée par les députés. Avez-vous peur qu’elle revienne dans la navette parlementaire ? ÉRIC CHENUT — Oui, il est à craindre qu’une nouvelle fois taxer soit la solution de facilité. En réalité, ce n’est pas une taxe sur les mutuelles, mais plutôt une TVA sur la santé payée par les entreprises et les ménages. En quinze ans, nous sommes passés de 720 millions d’euros de taxes à 6,5 milliards. Ce n’est pas raisonnable et ce n’est pas juste. De fait, cette taxe est proportionnelle aux cotisations, donc plus vous payez de cotisations – c’est le cas notamment des retraités –, plus vous allez être taxés. Il faut des recettes supplémentaires, certes, mais il faut également retravailler les dépenses.
De quelle façon ? Il est nécessaire de revoir la pertinence des prescriptions et leur harmonisation. Cela pourrait faire des milliards d’euros d’économies. La fin de la surprescription de médicaments, de la redondance des actes ou encore les changements comportementaux sur l’alimentation et l’activité physique sont autant de leviers à actionner. La Haute Autorité de santé ainsi que les sociétés savantes ont établi des préconisations claires sur la prise en charge de nombreuses maladies. Les suivre permettrait à la fois des garanties pour les assurés, mais aussi une sérénité pour les professionnels de santé.
La ministre de la Santé a justifié cette taxe par le fait que les mutuelles ont vu leurs charges diminuer après l’augmentation du nombre de personnes en affection de longue durée (ALD), est-ce le cas ? Certes, il y a 300.000 personnes de plus chaque année qui entrent dans le dispositif d’affection longue durée [dont la prise en charge est de 100 % du montant remboursable par l’Assurance maladie]. Cela ne signifie pas, en revanche, de moindres dépenses pour les mutuelles. Les prestations acquittées par une mutuelle pour une personne en ALD sont à peu près deux fois supérieures à celles d’une personne qui ne l’est pas. La mutuelle permet de réduire des restes à charge qui, sans elle, seraient très élevés. Sortons des procès d’intention et des visions purement comptables et technocratiques.
Les cotisations ont augmenté de 6 % en moyenne cette année. Et en 2026 ? Je n’en ai aucune idée, nous avons généralement une idée claire de la situation en décembre. Mais la dynamique des dépenses de santé reste forte en raison du vieillissement de la population et des techniques médicales, qui coûtent de plus en plus cher.
Pour diminuer le coût de ces cotisations, l’idée d’un contrat de santé de base qui couvre moins revient souvent, alors que 2,5 millions de personnes n’ont pas de mutuelles en France. Ce sujet a-t-il avancé ? Nous avons présenté au premier semestre une proposition de refonte du contrat solidaire responsable au gouvernement. Si cela était suivi, les adhérents pourraient alors choisir un contrat plus ou moins couvrant, notamment ce contrat socle dont la prise en charge serait resserrée sur le ticket modérateur pour les consultations médicales et les médicaments à 65 %, l’hospitalisation ainsi que l’optique, le dentaire et l’audio. Cela permettrait de réduire de 30 % le coût du contrat comparé au coût moyen observé aujourd’hui. J’ai bon espoir que ces sujets de fond puissent avancer dans les semaines et les mois qui viennent avec l’exécutif.
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Vous lancez lundi 17 novembre les états généraux de la santé et de la protection sociale accompagnés des assureurs mutualistes et de plusieurs partenaires sociaux. Quel est l’objectif ? Face au déficit de la Sécurité sociale et aux difficultés d’accès aux soins, les gens se posent des questions sur la robustesse de notre système de santé et notre modèle de protection sociale. Or, depuis plusieurs années, on ne demande plus l’avis des assurés. Avec nos partenaires, nous souhaitons redonner la parole à nos concitoyens et aux professionnels de santé pour questionner les adaptations à engager afin de garantir l’accès aux soins de tous, la part de richesse que nous sommes prêts à allouer à notre système de santé et comment ces efforts sont répartis entre les générations. Ensuite, les politiques pourront reprendre tout ou partie de ce qui sortira de ces états généraux pour irriguer les programmes électoraux lors de la présidentielle de 2027. Je suis convaincu que les sujets de santé et de protection sociale seront au cœur des prochaines échéances électorales.