L'édito de Bruno Jeudy. Laurent Nuñez, fort Intérieur

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Quand il a été nommé ministre de l’Intérieur le 12 octobre, Laurent Nuñez pouvait souffrir de la comparaison avec son prédécesseur. Comment succéder à Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur éclair devenu présidentiable à vitesse supersonique ? Le chef des LR avait imposé son verbe tranchant et sa posture martiale dans un pays crispé par l’insécurité. Nuñez, lui, se présente comme son exact inverse : un « ministre opérationnel, sans ambition présidentielle ».
À 61 ans, ce haut fonctionnaire rompu aux arcanes de l’État se pose en anti-tribun, adepte de l’action plus que de la posture, du concret plutôt que des effets de manche. Et force est de constater que ses premières semaines plaident pour sa méthode. La traque express des cambrioleurs du Louvre –même si le butin se fait attendre –, deux projets d’attentat neutralisés, la libération de Boualem Sansal et le début d’un réchauffement avec Alger : autant de signaux qui installent son style, simple, rigoureux, presque clinique.
Dans la maison Beauvau, on connaît le personnage : inspecteur des impôts, sous-préfet à Vesoul puis à Bayonne, préfet de police à Marseille et à Paris, coordinateur du renseignement, secrétaire d’État de Christophe Castaner. Un « pro », certes un peu techno, mais un pur produit de l’État. Un homme qui a affronté le narcotrafic marseillais, piloté la sécurité des JO, encaissé les secousses de 2015 et la déferlante des Gilets jaunes.
À l’heure où l’hyper-communication règne, cet énarque de la promotion Cyrano de Bergerac préfère pourtant la sobriété aux envolées lyriques du héros d’Edmond Rostand. Comme l’écrivait Stendhal, « le meilleur style est celui qui se fait oublier ». La formule pourrait servir de boussole à cet homme de dossiers, de notes serrées et de décisions rapides. Mais derrière le technicien affleure aussi le politique. Car s’il est là, c’est aussi par fidélité à Emmanuel Macron, pour lequel l’insécurité demeure l’énorme talon d’Achille de ses deux quinquennats. Or les Français placent ce sujet en tête des priorités des municipales, dans un climat où l’extrême droite prospère sur l’idée d’un État défaillant.
Comme Sébastien Lecornu, le nouveau colosse de Beauvau mise sur la rigueur, la loyauté, le dévouement. Une manière douce, presque pateline, d’incarner l’autorité. Pas de phrases qui blessent, pas de coups de menton inutiles. Joseph Fouché, le ministre de Napoléon, aurait approuvé : « La police doit être vigilante, ses chefs fermes et éclairés. » Ni mère Fouettard ni commère bavarde donc.
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Le défi est là : restaurer la confiance, montrer que l’État tient la barre, tout en trouvant la ligne de crête entre visibilité et efficacité. Ni Pasqua, ni Sarkozy, ni Darmanin ; mais pas non plus Joxe ou Cazeneuve. Un équilibre subtil à inventer.
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Reste que la réussite de la méthode Nuñez dépendra d’un facteur implacable : le temps. Encore faut-il que le natif de Bourges atteigne le printemps et que le gouvernement Lecornu survive au vote budgétaire. L’ancien préfet le sait : servir l’État exige constance et endurance. Beauvau n’est pas une scène, c’est un marathon. Et pour passer de la parole aux actes, il faudra surtout pouvoir durer s’il veut servir cet État républicain qui lui est cher.