Richard Malka, avocat : « Pour quelle raison suis-je qualifié de “sale sioniste” »? »

Propos recueillis par Aurélie Marcireau

Richard Malka, avocat.
JF PAGA-Grasset

Propos recueillis par Aurélie Marcireau

Richard Malka, avocat.
JF PAGA-Grasset
LA TRIBUNE DIMANCHE — Après avoir « gagné » contre LFI – Raphaël Enthoven, qui avait qualifié LFI de « passionnément antisémite », a été relaxé du délit d’injure par le tribunal correctionnel de Paris – et alors que le parti a renoncé à tout recours, vous publiez votre plaidoirie*. « Je sais que ça va déclencher des milliers de personnes qui ne vont pas dire des choses aimables sur moi », prédisez-vous au début du livre. Qu’en est-il deux semaines après sa parution ?
RICHARD MALKA — D’abord, des milliers de personnes de tous horizons m’ont écrit, soulagées qu’on puisse dénoncer LFI et sa dérive, heureuses de ce procès et d’avoir conservé leur liberté d’expression – et donc de critique – d’un parti politique ! Mais j’ai aussi reçu quelques messages peu agréables. Des « sale sioniste » notamment. Mais aucune argumentation ou contestation des faits avancés. Pas une seule. Ce qui m’intéresserait, ce serait que l’on débatte concrètement des 50 exemples documentés que j’ai plaidés et publiés.
J’aimerais que l’on me dise pourquoi j’ai tort de voir une dérive antisémite dans les propos de Jean-Luc Mélenchon qui revisite les attentats de Mohammed Merah, ou qui accepte la publication des caricatures antisémites de Cyril Hanouna ou ses propos sur le peuple déicide, etc. Je préférerais vraiment le débat à l’invective !
De la même manière que j’aurais aimé qu’ils viennent argumenter au tribunal, plutôt que de pratiquer la politique de la chaise vide après avoir engagé ce procès. Les mélenchonistes n’auraient rien d’autre à dire que de procéder par amalgames, raccourcis et insultes ?
Les militants, dans leurs critiques, insistent sur l’idée que vous attaquez LFI à cause de sa position sur la Palestine…
Il n’y a pas un mot à ce sujet dans ma plaidoirie. Je ne reproche à LFI rien de ce qu’ils disent sur Israël. Ce n’est pas mon sujet, je ne m’intéresse qu’à la situation française. À partir de là, pour quelle raison suis-je qualifié de « sale sioniste » ? Le mot préféré des Insoumis sur les réseaux.
Ils font vivre dans la terreur la totalité des Juifs français, et en particulier les lycéens, les collégiens, les étudiants qui sont qualifiés ainsi du matin au soir, quel que soit le sujet sur lequel ils s’expriment. Il y a une espèce de jouissance à utiliser ces mots. Pour beaucoup, on a, à nouveau, le droit de dire « sale Juif » en utilisant un autre vocable.
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Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, vous a accusé sur BFMTV d’avoir un propos « outrancier » sans « aucun argument » et d’être « sorti du champ républicain ». Que lui répondez-vous ?
Comment peut-il me reprocher – ou plutôt reprocher à Raphaël Enthoven – de sortir du cadre républicain parce que ce dernier a utilisé les mots « déficient » et « con » alors que Jean-Luc Mélenchon qualifie un président d’université d’« Eichmann » et les journalistes de « laquais » qu’il serait « sain de haïr »…
J’aimerais qu’il explique cette contradiction. Invoquer cet argument alors qu’un de ses députés, Thomas Portes, joue avec des ballons à l’effigie de la tête d’un ministre, il faut oser. Qui est sorti du cadre républicain ? Pense-t-il s’adresser à un public à ce point fanatisé qu’il peut tout lui raconter ? Voilà des gens qui sont dans la violence outrancière à l’Assemblée nationale, depuis des années, et qui reprochent à Raphaël Enthoven un léger sarcasme. Ils se moquent du monde.
Manuel Bompard estime également que votre raisonnement révèle un préjugé raciste : tous les musulmans seraient antisémites…
Il est trop intelligent pour faire semblant de ne pas comprendre. Je ne reproche évidemment pas aux musulmans d’être antisémites. Je reproche à la direction de LFI de penser que les musulmans sont antisémites et d’instrumentaliser cette pensée. C’est différent.
Jean-Luc Mélenchon s’est félicité dans un tweet qu’ait été reconnu le caractère injurieux de ce qu’avait dit Raphaël Enthoven, tout en regrettant que ce ne soit pas punissable. Il a raison, non ?
C’est vrai. Le tribunal a considéré que les propos de Raphaël Enthoven étaient injurieux et a eu raison de le faire. Mais Jean-Luc Mélenchon oublie l’autre moitié de la phrase. Le tribunal a pris une décision extrêmement courageuse en considérant que cette injure est justifiée à raison des documents fournis. Il considère qu’il y a assez d’éléments pour pouvoir affirmer que ce parti est antisémite. Ce n’est pas rien.
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Que les jeunes, que ceux qui sont tentés d’adhérer à ce parti, et que les autres partis de gauche, que les électeurs de gauche qui ont en horreur l’antisémitisme et le racisme s’informent ! Il faut ouvrir les yeux. Ce parti est infréquentable et il le sera de plus en plus.
*Passion antisémite, de Richard Malka, Grasset, 144 pages, 11,99 euros.
Propos recueillis par Aurélie Marcireau