Bardot, « monsieur Jourdain » du féminisme ? La chronique de Pauline Delassus

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.
LTD/DR

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« Réunion de femmes imbaisables » : voilà comment Brigitte Bardot, élégante, définissait le féminisme dans « Mon BBcédaire », publié en octobre chez Fayard. Bien sûr, elle ne s’incluait pas dedans. « Elle a libéré les femmes » entend-on pourtant depuis sa disparition, le 28 décembre. « Elle avait porté haut la bannière de l’émancipation de la femme » a-t-on lu en Une du Figaro. Sur LCI, son biographe Yves Bigot s’est enflammé : « C’est la plus grande féministe de la terre… Mais de manière ontologique, a-t-il nuancé. Il n’y a rien de politique, rien d’idéologique. »
Dans Le Point, Franz-Olivier Giesbert a osé le ridicule d’une comparaison prestigieuse « Elle a été le chaînon d’une longue lignée de féministes, mot qu’elle n’aimait guère, après les écrivaines George Sand ou Virginia Wolf ».
Eric Naulleau, sur CNews, a trouvé l’occasion de s’en prendre aux militantes contemporaines : « Cette femme qui n’aimait pas les féministes a fait plus pour l’émancipation des femmes que toutes les néo-féministes réunies. » Alain Wodrascka, auteur d’une biographie, a précisé dans La Dépêche : « Elle a été féministe sans le vouloir, simplement en vivant comme un homme, avec la même indépendance », oubliant au passage que cela n’a rien de « simple ».
Ainsi, Bardot aurait aidé le combat pour l’égalité des droits, malgré elle. Enfant de la haute et conventionnelle bourgeoisie parisienne des années 1950, elle fut indéniablement en avance sur son temps, par son allure décorsetée et, surtout, par sa force de caractère qui lui permit d’être sexuellement libérée à une époque où les femmes étaient cantonnées aux fonctions d’épouse et de mère.
Pour autant, Bardot était-elle la « monsieur Jourdain » du féminisme, émancipatrice à son insu ? Peut-on être féministe sans le vouloir ? La réponse, n’en déplaise à ceux (des hommes, principalement) qui depuis une semaine en font une Simone de Beauvoir en bikini, est non. BB fut même une ennemie, assumée, revendiquée, des combattantes des droits.
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« Nous ne sommes pas faites pour mener la vie d’un homme. Une femme est un être doux et vulnérable avant tout » lance-t-elle à Claude Sarraute en 1973. Quarante ans plus tard, elle s’affiche toujours aussi conservatrice – et simpliste – jugeant le mouvement MeToo « comique et idiot ». « Hélas, les femmes veulent devenir les égales des hommes », déplore-t-elle en 2025, dans son dernier ouvrage.
Être provocante, choquer la bienséance, ne permet pas de faire avancer la cause des femmes. Danser jambes nues sur une table en 1956 et avoir de nombreux amants, n’autorise pas à se voir décerner les lauriers du féminisme. Si BB fut engagée ce fut en faveur des Le Pen, dont elle était proche.
Si BB fut ardente ce fut dans son racisme et son homophobie, pour lesquels elle a été six fois condamnée devant les tribunaux. Tout au long de sa vie, son militantisme nationaliste et ses sorties haineuses l’ont rendue incompatible à toute forme de progrès politique, social et culturel au profit de ses pareilles.
Pour les animaux, contre leur maltraitance, la star a certes été la plus efficace des activistes, mais il est déroutant de la voir incarner la liberté de la femme quand celle qu’elle plébiscitait se nomme Marine Le Pen. Le Front national, devenu Rassemblement national, ses idées traditionalistes et rétrogrades, dont Brigitte Bardot était un actif soutien – elle vantait aussi les mérites de Philippe de Villiers –, n’a jamais considéré la lutte pour l’égalité salariale et contre les violences sexuelles.
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En bref, on ne peut être une femme d’extrême droite et une femme féministe. Un mystère demeure cependant, une contradiction incompréhensible : pourquoi prôner la soumission de la femme quand on a vécu sa vie en toute indépendance ?