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La chronique de Sophie Iborra. « On m’a appris à dire non » (Marilou Berry, actrice, comédienne et réalisatrice)

Sophie Iborra

Publié le 15 mars 2026 à 07:50

La chronique de Sophie Iborra - Marilou Berry

La chronique de Sophie Iborra - Marilou Berry

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La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

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Chaque mois, rencontre avec une femme de convictions. Dans cet épisode : Marilou Berry, actrice, comédienne et réalisatrice.

Sur scène, l’histoire commence presque comme une comédie. Une mère débarque à l’improviste chez sa fille un soir de Noël. Elle parle trop et pose trop de questions. Peu à peu, on comprend que derrière cette visite imprévue se cache un tout autre enjeu : celui d’une mère venue sauver sa fille d’une relation amoureuse toxique. C’est cette histoire que joue en ce moment Marilou Berry sur les planches des Bouffes Parisiens aux côtés de sa mère, Josiane Balasko.

Les violences conjugales et l’emprise psychologique, un sujet grave porté par deux actrices populaires devant une salle comble tous les soirs. « Être populaire, ça veut dire parler de tous les sujets au plus grand nombre », dit-elle simplement. Dans son esprit, il n’y a rien de péjoratif, bien au contraire, car dans certains milieux artistiques la popularité reste pourtant un compliment pour le moins ambigu. Marilou Berry n’a jamais semblé s’en inquiéter. Elle sait d’où elle vient et ce qu’elle doit au public. « On peut aller voir quelqu’un une fois par curiosité, mais si ce n’est pas bon, on ne revient pas », affirme-t-elle.

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Pour la comédienne, dans ce métier, la légitimité se construit sur la durée, au fil des films, des rôles et des rencontres avec les spectateurs. Certes, le nom qu’elle porte est connu et elle ne l’esquive pas. « Oui, être “fille de” peut faciliter l’entrée dans la profession, admet-elle. Mettre un pied dans la porte, c’est plus simple. » Mais la suite dépend d’autre chose : du travail, des choix et de la capacité à trouver son public.

Marilou Berry, la liberté en héritage

Dans cette trajectoire, la figure de sa mère occupe une place particulière. Ce que Marilou Berry admire chez Josiane Balasko, c’est d’abord l’indépendance et la liberté qu’elle s’est accordée très tôt d’écrire ses propres rôles et d’inventer des personnages féminins qui n’existaient pas dans le paysage de l’époque. Une manière aussi d’ouvrir la voie à d’autres actrices. Son enfance n’a pas tout à fait ressemblé à celle de ses camarades : un père sculpteur, une mère actrice, une maison où l’on comprend vite que l’art n’est pas un passe-temps mais un véritable travail. Ce qu’elle retient surtout de cette histoire familiale tient en une idée simple : le droit de remettre en question l’ordre établi. « On m’a appris à dire non », explique-t-elle avec fierté.

Cette liberté irrigue aussi sa manière d’aborder le thème central de la pièce écrite par Jean Robert-Charrier et mise en scène par Julie-Anne Roth : les violences conjugales. Depuis longtemps, Marilou Berry écoute et lit des témoignages de femmes confrontées à ces situations, notamment à travers le travail d’associations. Toutes décrivent la même mécanique : une emprise progressive, faite d’alternance entre déclarations d’amour et humiliations, qui finit par détruire la confiance en soi : « On pense souvent que ces femmes sont faibles. Pas du tout. Ce sont des femmes comme vous et moi. »

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Elle explique que dans ces situations la question n’est pas seulement de savoir pourquoi elles restent, mais comment elles en sont arrivées là. Et surtout comment l’entourage peut aider. « On ne peut pas sauver quelqu’un contre sa volonté, bien souvent ces femmes ne se rendent pas compte qu’elles sont victimes ; le plus important, c’est de ne pas rompre le lien », assure-t-elle.

Refuser les injonctions

En matière de féminisme, Marilou Berry ne se revendique d’aucune école mais reconnaît l’utilité des voix les plus radicales : « On a besoin de ces militantes. Ce sont elles qui posent les vraies questions. » Quant à la féminité, elle la regarde avec une certaine distance. Si l’actrice en aime tous les atours, elle refuse d’en faire une injonction. Pour elle, la féminité peut être un jeu, comme un costume que l’on enfile ou que l’on décide de laisser dans une malle. Elle raconte s’être trouvée aussi belle en faisant une taille 52 qu’un petit 34 et que son poids ne l’a jamais empêchée de vivre comme elle l’entendait. « Quand il y a de la gêne, il n’y a plus de plaisir », plaisante-t-elle.

Avec son verbe haut, son corps assumé et sa manière de remettre en question les diktats dans un milieu où l’on aime souvent opposer succès populaire et légitimité artistique, l’actrice, comédienne et réalisatrice de 43 ans n’a jamais vraiment choisi son camp. Peut-être est-ce cela, au fond, son héritage : refuser de choisir entre succès populaire et engagement, entre légèreté et véritables combats. Marilou Berry joue actuellement Ça c’est l’amour aux côtés de Josiane Balasko et Riad Gahmi au Théâtre des Bouffes Parisiens, à Paris, jusqu’au 26 avril.

Sophie Iborra

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