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« Les JO n’ont jamais été un sujet à la maison » : dans l'intimité de Thibault Anselmet, ce forçat de la montagne

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Stéphane Colineau

Publié le 19 février 2026 à 06:30

Thibault Anselmet, aux championnats du monde, aux Crosets (Suisse), le 3 mars 2025.

Thibault Anselmet, aux championnats du monde, aux Crosets (Suisse), le 3 mars 2025.

LTD/AFP/GABRIEL MONNET

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

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Thibault Anselmet est candidat à l’or en ski-alpinisme, que certains jugent plus physique que le vélo. Une histoire de famille.

Été 2010, Bonneval-sur-arc (Savoie). Thibault Anselmet a 12 ans quand son père, Fabien, l’emmène pour un footing en pente raide, jusqu’à 3.000 mètres d’altitude, là où l’oxygène se raréfie. Le préadolescent encaisse l’effort sans broncher. Le paternel lance un sprint. Et observe les projections de cailloux de part et d’autre du sentier sous l’effet de la vitesse. Puis se rend compte que ce n’est pas lui mais son fils, collé à ses basques, qui malmène le paysage.

C’est à ce moment qu’il prend conscience de ses capacités hors norme. Lui-même a été champion d’Europe en relais de ski alpinisme sous les couleurs de l’équipe de France. A couru douze fois la Pierra Menta, se glissant dans le top 10 de ce monument de la discipline.

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Seize ans plus tard, les deux hommes continuent de fréquenter les hauteurs ensemble. Jeudi, Fabien Anselmet veillera sur Thibault depuis le bord de la piste olympique. Son fils compte parmi les favoris de l’épreuve de sprint, ce concentré intense et spectaculaire de ski-alpinisme. Il a remporté la dernière étape de la Coupe du monde disputée une semaine avant le début des JO, et est le triple tenant du titre du gros globe de cristal, offert au vainqueur du classement général. À chaque succès ou presque, Thibault Anselmet a pu compter sur la présence de son père, capable d’alerter sur les pièges et les singularités du parcours comme de le rassurer d’un regard.

L’attelage s’est formé dès les premières compétitions de Thibault, alors en troisième en internat. Son père le récupérait en fin d’après-midi au collège pour l’accompagner à des courses nocturnes, où toutes les catégories se mêlaient. « Je me mettais à fond et papa faisait les montées à mes côtés », se souvient l’athlète. Cela a duré quelques années. Peu à peu, il a devancé les meilleures femmes, puis les meilleurs tout court.

Jeune retraité des compétitions, Fabien Anselmet n’arrivait plus à suivre – « il est bien meilleur que moi, physiquement et mentalement », admire-t-il. Son épouse, Sandrine, ancienne basketteuse de niveau régional, n’était jamais loin, appréciant ces sorties familiales éternellement tournées vers le sport et la montagne. Le petit frère, Jérémy, désormais membre de l’équipe de France mais non sélectionné pour ces JO (ils sont quatre, avec Emily Harrop, Margot Ravinel et Pablo Giner Dalmasso), était lui aussi dans les parages. Comme Marion, la sœur cadette, elle aussi compétitrice de haut niveau avant de mettre sa carrière entre parenthèses pour des raisons familiales. « Avec son goût pour l’excellence, Thibault a donné envie aux autres », diagnostique la maman.

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Il a d’abord fallu freiner ses envies. L’adolescent réclamait mais son père, « convaincu qu’il fallait laisser son corps se former », a cherché à le protéger. Fabien Anselmet : « Le ski alpinisme est très dur, plus que le vélo selon les cyclistes eux-mêmes. On n’a aucun moment pour souffler, se protéger derrière un partenaire ou un adversaire. »

Un épisode a modelé le rapport à son corps du futur champion. À 14 ans, Thibault subit une opération en urgence. Bénigne, certes, mais l’hôpital le terrorise. En sortant, il n’a qu’une crainte : y retourner. Le moindre pépin de santé le plonge dans l’inquiétude. Des crises d’angoisse apparaissent. Depuis, il s’écoute beaucoup.

Il se définit même comme « une petite nature », sans y voir une faiblesse : « Cette période de ma vie m’a aidé à me construire, à aimer le sport et à devenir performant. J’en ai tiré une perception très fine de mes sensations. On n’a pas des cartouches en quantité illimitée, alors je sais faire des courses à 80 %. Et à l’entraînement, je respecte mon corps. »

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Même si le format long, de loin le plus prestigieux de la discipline, est absent de cette première olympique, il pourrait tirer profit de sa science de gestionnaire à Bormio. « Je devrais arriver à mon top cette semaine, j’ai construit ma préparation autour de cet objectif, souligne-t-il. J’ai même fait une impasse en Coupe du monde pour ça. » Ce qui ne va pas de soi : le Graal du ski alpinisme reste le gros globe de cristal.

« C’est vrai que les JO n’ont jamais été un sujet à la maison », admet Sandrine Anselmet, sans minimiser leur portée. « Thibault s’investit tellement que toute défaite est cruelle, prolonge son père. À chaque compétition, on est stressé à cause de ça. Je crois même qu’on ne prend pas pleinement conscience de la chance qu’on a. » La magie olympique pourrait aider… 

Stéphane Colineau

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