Christophe Chanhsavang, créateur du premier "bar à sieste" parisien

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Depuis l'ouverture, toute ma vie tourne autour de mon entreprise Zzz... Zen - Le Bar à sieste. / DR
Depuis l'ouverture, toute ma vie tourne autour de mon entreprise Zzz... Zen - Le Bar à sieste. / DR (Crédits : DR)
Après une carrière dans la finance, ce jeune trentenaire a décidé de suivre sa propre voie. Né au Laos, il a lancé à Paris « Zzz... Zen - Le Bar à sieste », pour démocratiser la philosophie zen et lever les tabous autour de la sieste en entreprise.

Son portable dans une main, le téléphone fixe dans l'autre, Christophe Chanhsavang jongle avec les demandes de réservations, sans jamais se départir de son calme olympien. Le gérant du Zzz... Zen - Le Bar à sieste accueille ses clients avec le sourire, propose un thé détox et détaille les conseils d'hygiène d'une voix douce, qui berce. On vient dans sa boutique pour dormir un moment dans des hamacs, des fauteuils massants ou des lits chauffés aux pierres de jade.

« J'ai voulu faire un lieu à mon image », explique cet adepte de la philosophie zen, qu'il s'emploie à insuffler en France, notamment dans le milieu du travail. Bavard, il est intarissable sur les bénéfices d'une demi-heure de repos après une pause déjeuner.

« Lors de mes premiers jobs d'étudiant, je sortais beaucoup en soirée et j'avais souvent des coups de barre à la mi-journée. Faute de salle dédiée au repos chez mon employeur, je dormais en salle de réunion... ou dans les toilettes. »

Un "polyglotte - trotter"

Son diplôme de l'école de commerce parisienne Inseec en poche, il enchaîne les expériences professionnelles au Royaume-Uni, en Grèce, au Canada et à Hong Kong. L'occasion, pour ce polyglotte qui parle mandarin, cantonais, allemand et anglais, de se forger un réseau de contacts qu'il mobilise aujourd'hui pour trouver les meilleurs fournisseurs à travers le monde.

De retour à Paris, il découvre une autre forme de fatigue, plus pernicieuse : l'épuisement nerveux qui naît du mal-être au bureau et/ou des conditions de travail difficiles.

« Le stress au travail, je sais ce que c'est. J'ai travaillé chez France Télécom lors de la vague de suicides ; j'ai rejoint la Société générale comme assistant trader sur les produits dérivés actions juste après l'affaire Kerviel, et je faisais de la gestion alternative chez Amundi quand a émergé la polémique sur l'optimisation fiscale. »

L'ex-banquier en sourit, aujourd'hui. Ces expériences l'encouragent à relever les défis qui jalonnent le lancement d'un service nouveau comme un bar à sieste. Après des débuts laborieux, le temps de faire connaître et comprendre son activité, il s'apprête à recruter un deuxième salarié.

Et il continue d'évangéliser les dirigeants aux vertus de la sieste pour leurs salariés en organisant des démonstrations. Il a ainsi initié les membres du Medef Île-de-France en décembre dernier.

Le stress au travail... Connaît pas !

Pour autant, ce n'est pas lui qui a eu l'idée du bar à sieste. Elle lui a été soufflée par Virginie, sa compagne.

« C'est moi qui ai eu l'idée, mais c'est Christophe qui la réalise, avec sa joie de vivre capable d'illuminer le quotidien des gens les plus moroses. Il faut le voir faire son show avec la clientèle ! » confie-t-elle, convaincue qu'« un entrepreneur qui débute a besoin du soutien de sa famille ».

C'est elle qui a permis de compléter le financement du projet, grâce à un prêt personnel. Les banques ont en effet décliné les demandes de financement professionnel adressées par Christophe Chanhsavang, qui a quitté son poste de salarié en 2010, avec des indemnités chômage, mais sans bonus ni parachute doré.

Méthodique, le jeune entrepreneur avait pourtant peaufiné son business plan lors d'une formation à l'entrepreneuriat Créajeunes, dispensée par l'Adie. Colette, tutrice bénévole dans cette formation, a été impressionnée par l'engagement de Christophe Chanhsavang :

« Quand il est arrivé au sein de la formation, il avait déjà beaucoup travaillé. Les statuts de l'entreprise étaient prêts à être rédigés, se souvientelle. Il a très vite trouvé un local qu'il a aménagé avec l'aide de sa famille. Mais il m'a surtout épaté au niveau communication : il a capté l'attention des journalistes dans des dizaines de titres. Il a même rencontré Stéphane Bern ! »

Le  « showbiz » marketing

Même la presse internationale, comme le Daily Mail britannique, se pique de curiosité pour son bar à sieste, un concept inédit en Europe. Autre fait d'armes de ce communicant inspiré : inviter au Zzz... Zen - Le Bar à sieste Sophie-Tith, Flo, Philippe et Florian, les quatre finalistes de La Nouvelle Star, le télécrochet diffusé sur D8. Christophe Chanhsavang a en effet un carnet d'adresses bien garni dans le « showbiz ». Dans ce milieu, on l'appelle Veng, son prénom laotien.

Également ancien danseur et entraîneur de hip-hop, Christophe Chanhsavang a cofondé en 2009 l'association Watt.

« C'était une structure pour faire la fête avec mes amis, parce qu'on était déçus par les soirées parisiennes et que nous étions convaincus de pouvoir faire mieux. »

Il rencontre alors Rino Coletti, un entrepreneur dans l'événementiel, qui organise notamment des vide-dressings géants avec sa structure dernière née, Violette Sauvage. Ensemble, ils lancent une série de soirées festives qui réunissent jusqu'à 3.000 personnes.

« J'ai proposé à Veng de devenir directeur artistique et régisseur. Il a fait venir des danseurs, la chanteuse soul Julia Cinna, un humoriste du Jamel Comedy Club et des cameramen. Il a tout piloté avec un grand sens du détail, souligne Rino Coletti. Sa créativité et son audace m'ont surpris : je me demande encore où il est allé chercher cette idée d'installer un DJ à quatre mètres de hauteur pour augmenter la jauge d'une salle. »

Il s'en est fallu de peu pour que Christophe Chanhsavang ne devienne entrepreneur dans ce secteur de l'événementiel culturel. Sa première impulsion entrepreneuriale l'a poussé en Chine en 2007, avec un projet de comédie musicale.

« Je voulais profiter de l'exposition médiatique liée aux Jeux olympiques de Pékin en 2008 pour faire connaître une compagnie de danseurs français. J'ai multiplié les contacts sur place pendant un an pour mettre sur pied les représentations. Mais je n'ai pas réussi à lever les fonds nécessaires. »

À écouter cet ancien de la Société générale, on comprend qu'il y a autant de banquiers mal financés que de cordonniers mal chaussés.

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Commentaires
a écrit le 27/01/2014 à 23:00 :
Et pendant ce temps la, google rachete une start up londonienne qui produit qqchose d autrement plus interessant pour 400 millions de dollars. Vive l entrepreuneuriat a la francaise tel qu il est presenté ici, on ira loin avec ca les gars!
a écrit le 26/01/2014 à 1:55 :
J'ai vu il y a bien 3 ans maintenant un reportage sur un bar à siestes en Espagne, et pensé que cela pouvait un jour naître à Paris. Bravo à ce jeune entrepreur, par notre il est faux de dire que c'est un concept inédit en Europe !
a écrit le 24/01/2014 à 11:27 :
Et dire que les parisiens se foutent des corses. S'ils ne manifestent pas dans la rue, ilsfrequentent les bars a chat (faute de carresser autre chose) ou il font la sieste. Le plus beau , c'est qu'ils payent.
Réponse de le 24/01/2014 à 13:39 :
Et encore, le summum du ridicule bobo c'est le bar...à eau ("chez Colette")
Où pour 10 euros la petite bouteille, vous pouvez déguster de l'eau norvégienne ou mieux, de l'eau "BIO".
Réponse de le 24/01/2014 à 17:37 :
Je suis Parisien, je travail 10h par jour et je préfère prendre 1/2 heure à midi pour reprendre de force. En Corse on dort 10h pour 1/2 heure de travail, c'est pas la même chose. Mais bon !! On va se plaindre!!

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