A Sarrebrück, siège de l’équivalent universitaire d’Arte…

 |   |  867  mots
(Crédits : DR)
A l'heure où le chômage frappe cruellement les jeunes, l'Université franco-allemande place près de 70% de ses diplômés en moins de trois mois. La recette: un double diplôme d'une université ou grande école française et allemande et le bilinguisme.

Sarrebruck, juste de l'autre côté de la frontière avec la France, capitale de la Sarre, ancienne possession des princes électeurs archevêques de Trèves, pays minier, ancien département français sous le Premier empire, et qui a failli devenir un état indépendant et la capitale de l'Europe après la guerre (elle participe même aux Jeux Olympiques de 1952), avant d'être rattachée définitivement à la République fédérale d'Allemagne le 1er janvier 1957… En grande partie détruite en 1944 et 1945, la ville a reconstitué son patrimoine historique, marqué par le travail de l'architecte Friedrich Stengel, l'un des plus brillants artisans de l'art baroque du XVIIIème siècle.  

Un accord bilatéral conclu en 1997 

Mais Sarrebruck mérite aussi d'être connue pour une autre raison : elle abrite une université unique en son genre, l'Université franco-allemande (UFA), créée en 1997 par les états français et allemand, aux termes de l'accord dit de Weimar, signé par Hubert Védrine et Klaus Kinkel alors qu'ils étaient ministres des affaires étrangères de leurs pays respectifs.  L'objectif visé était alors de promouvoir les échanges entre les établissements d'enseignement supérieur français et allemands. Les exemples ne manquent pas de conventions de ce type qui se sont évaporées dans les méandres de l'administration et de la politique. Celle de Weimar fait exception. L'Université franco-allemande, présidée aujourd'hui par Patrice Neau, agrégé d'allemand, professeur en civilisation et histoire culturelle des pays de langue allemande à l'Université de Nantes, compte aujourd'hui 5 500 étudiants, auxquels sont proposés 154 cursus binationaux et trinationaux. Plus de 14 000 étudiants ont ainsi reçu un double diplôme, français et allemand, délivré par les meilleurs établissements d'enseignement supérieur des deux pays. La commission scientifique de l'UFA, présidée par le professeur Godefroy Kugel, ancien directeur de l'Ecole des Arts et Métiers à Metz a sélectionné des cursus au sein de 170 établissements allemands et français (universités, écoles d'ingénieurs, école de commerce et de gestion, instituts d'études politiques, grandes écoles, universités techniques), englobant les sciences de l'ingénieur, les sciences naturelles, les mathématiques, l'informatique, l'économie, la gestion, le droit, les sciences humaines et sociales, dont les niveaux sont jugés équivalents. Les étudiants sélectionnés par l'UFA après examen de leur dossier et  dans un certain nombre de cas, entretien avec un jury, effectuent leurs études (licence, maitrise, doctorat) dans les deux établissements partenaires, alternativement en France et en Allemagne, et reçoivent en fin de cursus un double diplôme. Ils bénéficient d'une aide financière à la mobilité lorsqu'ils étudient hors de leur pays d'origine (270 euros par mois), versée par l'UFA. Ainsi un diplômé d'IEP Paris sera aussi diplômé de l'Université libre de Berlin, un diplômé de Supelec ou de l'Université d'Aix-Marseille le sera aussi de la prestigieuse Université technique de Munich, et inversement.  Et des accords de même type ont été élaborés entre l'Ecope Polytechnique et les universités techniques de Munich et de Karlsruhe et entre l'ENA et l'Université des sciences de l'administration de Spire, en Rhénanie-Palatinat. « C'est un système unique au monde, une sorte d'équivalent d'Arte dans le domaine universitaire », se félicite Patricia Oster-Stierle, Vice-présidente de l'UFA et professeur de littérature française à l'Université de la Sarre.  « Il ne s'agit pas d'une simple juxtaposition d'études françaises et allemandes, mais de véritables cursus intégrés bi-culturels ».   

Deux formes d'éducation différentes 

Comment les étudiants de l'UFA jugent-ils ces cursus ? Atel Zekri, d'origine tunisienne, suit un double cursus à l'Ecole européenne d'ingénieurs et génie des matériaux de Nancy (EEIGM) et à l'Université de la Sarre. Le bilinguisme lui procure un avantage décisif, estime-t-il, même s'il avoue avoir éprouvé quelques difficultés à s'adapter aux deux systèmes d'enseignement, français et allemand. « Les étudiants sont davantage responsabilisés en Allemagne, la recherche personnelle y est plus intense » dit-il. Même analyse chez Tabea Hörneschemeyer, jeune étudiante en art et management de la culture à l'Université de Lorraine et à l'Université de la Sarre : « au début j'ai été un peu décontenancé par le système français que je trouve trop encadré, pas assez libre, je me suis presque sentie comme retournée au lycée. Mais on apprend aussi beaucoup et je crois qu'il faut prendre le meilleur des deux systèmes » juge-t-elle. Mais au delà de ces différences culturelles, les étudiants de l'UFA reconnaissent que de posséder deux diplômes et de maîtriser parfaitement la langue allemande ou française, est un plus indéniable sur le marché du travail. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : une enquête réalisée en 2011 auprès de 1 200 étudiants montre que près de 70% d'entre eux ont trouvé un emploi en moins de trois mois, à 60% en CDI, et plus d'un étudiant sur deux a commencé sa vie professionnelle en Allemagne, pour 28% en France et 19% dans un pays tiers. Et plus de 80% d'entre eux recommandent sans hésitation à de futurs étudiants d'effectuer aux aussi un cursus intégré franco-allemand…. 

X

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/04/2017 à 14:25 :
Bonjour, je me nomme honoré, étudiant en génie civil licence 2 à l'université de Conakry , en Guinee-Conakry, j'aimerais poursuivre mes études dans un pays européens en polytechniques, j'ai cherché à avoir une pré-inscription dans une université mais je sais pas vraiment la méthode, s'il vous plaît j'aimerais avoir votre avis et aide. Merci
a écrit le 03/10/2013 à 8:12 :
Je suppose qu'il s'agit d'humour, parce que si cette université est le pendant d'ARTE, elle a du mouron à se faire et ses étudiants font double peine... Sinon, j'avoue être un peu perdu: je croyais que les équivalences de diplômes au sein de l'UE étaient établies et fonctionnelles. Si c'est le cas, quid de cette approche?
Réponse de le 07/10/2013 à 22:29 :
moi j'en ai un de ces fameux double-diplômes, je ne m'en suis jamais vraiment servie;) et bon, pour la comparaison ac arte je la trouve un peu exagérée aussi...
a écrit le 02/10/2013 à 13:41 :
Sarrebrück ? C'est ni francais ni allemand. Le nom est soit Sarrebruck soit Saarbrücken.
(Wikipedia offre aussi Saarbrigge comme version sarroise ou le luxembourgois Saarbrécken.)

Je m'étonne assez souvent en voyant des versions hybrides. Le FC Bayern Münich est classique, mais il y a aussi Frankfort, Nüremberg etc.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :