Google, la menace se déplace

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(Crédits : reuters.com)
Que les choses soient claires : la bronca du Parlement contre le géant de l'Internet est une entreprise avant tout allemande.

Les deux députés les plus actifs derrière la résolution votée le 27 novembre pour mettre sur la table une possible scission de Google ont été le chrétien-démocrate Andreas Schwab et la sociale-démocrate Evelyn Gebhardt.

Cette levée de bouclier vient après la longue lettre de Mathias Döpner, le patron du tout-puissant éditeur de presse Axel Springer, à Eric Schmidt, le patron du géant américain, en avril... suivie deux mois plus tard par les déclarations du ministre fédéral de la Justice.

Heiko Maas avait annoncé la couleur en précisant que, « si Google abuse de sa position dominante pour écarter de manière systématique des concurrents, alors, en dernière instance, quelque chose comme un démantèlement devrait être envisagé ».

Que la pression soit la plus forte outre-Rhin n'a pas empêché la résolution d'être votée à 461 voix contre 189.

Margrethe Vestager, commissaire en charge de la concurrence, donc première responsable politique de l'enquête en cours sur le géant américain, avait cherché à relâcher la pression en déclarant, avant ce vote, qu'elle avait « besoin de temps » pour trancher.

Et de préciser : « La quantité colossale de données contrôlées par Google soulève une série de défis sociétaux. La protection des données personnelles est un des plus pressants. Le pluralisme des médias un autre... Tous ne sont pas principalement économiques ni ne relèvent de la concurrence. Beaucoup de questions ne peuvent être résolues à travers nos enquêtes sur les supposées pratiques anticoncurrentielles de l'entreprise. »

De leur côté, les conseils de Google sont droits dans leurs bottes.

Le démantèlement, à leurs yeux, n'est pas à l'ordre du jour. Est-il vraiment possible? En réalité, Bruxelles a déjà imposé l'unbundling... par la voie réglementaire et non pas en agissant comme autorité de la concurrence.

Elle s'est attaquée en outre à des entreprises généralement publiques exploitant des services en réseau : électricité, gaz et télécommunications au premier chef. Et en s'appuyant sur tout un armement intellectuel développé aux États-Unis par les théoriciens de l'offre, pour qui la séparation des infrastructures et des services était un must pour améliorer l'efficacité des services en réseau.

Et comme le dit la députée socialiste Virginie Rozière : « Le paradoxe, dans cette affaire, est que l'Union européenne est intransigeante avec les opérateurs de télécoms et très conciliante avec les fournisseurs de contenus. »

Alors que l'enquête de concurrence est dans l'impasse, que le prédécesseur de la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager a rejeté à trois reprises l'offre que lui faisait le géant américain pour aboutir à un règlement amiable, les Européens vont-ils sérieusement envisager la voie législative ? C'est toute la question. Le parallèle avec les services en réseau n'est pas si impertinent. Car à l'origine de leur libéralisation résidait la menace, par British Telecom, d'utiliser le droit de la concurrence comme levier pour obliger les opérateurs continentaux à ouvrir leurs marchés.

En attendant, le Parlement pose une question centrale, celle de la répartition dans la chaîne numérique de la valeur ajoutée, dont « les géants américains captent pour l'instant l'essentiel », estime Virginie Rozière. La Commission européenne n'a pas encore fait religion. Mais il y a fort à penser que la réponse ne pourra pas venir de la seule autorité de la concurrence.

De là à penser que, pour Google, la menace la plus sérieuse viendra du commissaire allemand Günther Öttinger, en charge de l'économie numérique, il n'y a qu'un pas. Reste que, pour une autorité supranationale européenne, il est nettement plus facile de démonter à coups de règlements et de directives une entreprise publique française ou italienne qu'une entreprise privée cotée en Bourse... qui plus est de l'autre côté de l'Atlantique.

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Commentaires
a écrit le 12/12/2014 à 11:22 :
tyjtj
a écrit le 09/12/2014 à 18:51 :
Faut être logique : même les US ont lâchement abandonné la loi dot-franck de séparation des monopoles et oligopoles.
Tu vas croire, toi, que les "Européens", sous domination US, vont séparer autre chose que du national..?? Les groupes privés paient les politiciens.
a écrit le 09/12/2014 à 16:03 :
L'EUROPE EST SOLIDAIRE : voir la première phrase du journaliste !

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