ENJEUX. Un carburant automobile décarboné à 93 % dans les Landes, des expérimentations de double cultures en Gironde et Lot-et-Garonne et des projets d'usines de kérosène durable dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes et la Haute-Vienne. La filière des biocarburants s'active aux quatre coins de la région avec une obsession : ne pas entrer en concurrence avec les productions agricoles alimentaires. Mais face à l'ampleur de la demande, c'est la forêt qui est mise sous pression.Avec ses hautes cheminées et ses fumées blanches, le site industriel de Ryam à Tartas, dans Les Landes, se repère à des kilomètres à la ronde. Depuis près de 80 ans, l'usine fabrique de la cellulose de haute pureté pour les téléphones portables, les lunettes et autres médicaments. Cette matière biosourcée est extraite du pin maritime du massif forestier des Landes de Gascogne. Mais, depuis le 12 avril 2024, des camions citernes remplis de bioéthanol sortent également quotidiennement de l'usine où une nouvelle installation aussi vaste que labyrinthique a été construite en 14 mois seulement.
C'est en 2017 que l'entreprise américaine Ryam (2.800 salariés dans le monde pour 1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires) a racheté ce site de production de cellulose au groupe canadien Tembec. Jusque-là une seconde usine, plus petite et baptisée Avebene, fabriquait des lignosulfonates, un coproduit de la cellulose utilisé notamment en agriculture. Mais Ryam a décidé d'y investir 36 millions d'euros pour y produire également du bioéthanol que l'on retrouve à la pompe à essence dans les carburants E-10 et E-85. Une manière de se diversifier en mettant un pied sur un marché porté par la dynamique de la transition énergétique.
Un tuyauterie complexe
Ce bioéthanol n'est pas produit à partir de ressources alimentaires mais en valorisant les coproduits de la fabrication existante de cellulose. « Cela nous permet de réduire de 93 % l'empreinte carbone de ce bioéthanol de seconde génération par rapport à un carburant classique pétro-sourcé », affirme Christian Ribeyrolle, le directeur du site et senior vice-président en charge des bio-matériaux au niveau mondial pour Ryam. Il faut dire que l'industriel américain a poussé assez loin le curseur de la décarbonation sur ce projet.
« Le bioéthanol est fabriqué à partir de la fermentation des sucres issus de la production de cellulose. Ces derniers sont distillés puis purifiés grâce notamment à un alambic de 27 mètres de haut ! », détaille Ludovic Berdinel, le directeur du site. Et cette bioraffinerie, alimentée à plus de 95 % par de l'électricité, est équipée d'une double boucle énergétique en circuit fermé avec l'usine de cellulose voisine. La première pour récupérer la chaleur fatale et diminuer la consommation d'eau et d'énergie, la seconde pour réinjecter les résidus de l'usine de bioéthanol dans le circuit initial de l'usine de cellulose. Une tuyauterie complexe capable de produire 21 millions de litres de bioéthanols chaque année qui sont déjà vendus à un pétrolier pour plusieurs années.