COP29: les pays riches appelés à financer 440 à 900 milliards par an pour la solidarité climatique
latribune.fr
Avant d'avancer leur montant, les pays riches réclament de savoir comment leur argent public sera associé à d'autres sources de financement et demandent plus d'efforts aux pays en développement.
À deux jours de la fin de la COP29 à Bakou, les pays riches sont appelés ce mercredi à débloquer entre 440 milliards et 900 milliards de dollars chaque année pour financer l'aide climatique des pays en développement. Ils ont jusqu'à présent toujours gardé le silence sur le montant qu'ils sont prêts à consacrer, suscitant l'irritation.
Dernière ligne droite. Les ministres des pays membres de l'accord de Paris sur le climat, réunis à Bakou en Azerbaïdjan à l'occasion de la COP29, ont jusqu'à vendredi pour se mettre d'accord sur la façon de financer les quelque 1.000 milliards de dollars par an d'aide climatique nécessaires aux pays en développement. Cette somme leur permettra de déployer des panneaux solaires, de fermer des centrales à charbon, d'investir dans l'irrigation des villes ou encore de bâtir des digues pour les protéger face à la montée des eaux et les inondations.
Mais les pays développés sont toujours silencieux quant au montant qu'ils sont prêts à débloquer, au-delà de leur promesse précédente de 100 milliards annuels. Un montant qui se révèle d'ailleurs bien loin de ceux réclamés lors des consultations, d'après le ministre australien Chris Bowen.
« Nous avons entendu différentes propositions pour le chiffrage »de l'aide publique des pays riches.« De 900 milliards, 600 milliards et 440 milliards », a-t-il déclaré en séance plénière ce mercredi.
Aucun de ces chiffrages ne vient des pays développés, selon plusieurs délégués joints par l'AFP. « Nous entendons dans les couloirs des chiffres de 200 milliards offerts » par les pays riches, « c'est inimaginable, nous ne pouvons pas l'accepter », a fustigé le négociateur en chef bolivien, Diego Pacheco. « Tous les pays en développement sont d'accord pour dire qu'il faut au minimum 600 milliards par an de fonds publics » de la part des pays riches, a en outre appuyé Iskander Erzini Vernoit, de l'institut marocain IMAL.
Avant d'avancer leur montant à allouer, les pays riches exigent de savoir comment leur argent public sera associé à d'autres sources de financement (fonds privés, taxes mondiales nouvelles, par exemple sur l'avion et le commerce maritime, etc.). Ils demandent aussi aux pays en développement plus d'efforts sur la réduction des gaz à effet de serre. Ces derniers réclament d'abord leurs promesses financières. Un serpent qui n'en finit pas de se mordre la queue.
« Arrêtons le théâtre et passons aux choses sérieuses », a lancé lundi Simon Stiell, secrétaire exécutif de l'ONU Climat, pour tenter de siffler la fin de la récréation.
Et d'appuyer : la COP « ne peut pas se permettre que tout le monde dise "toi d'abord", ou que les pays attendent que d'autres fassent le premier pas ».
Au-delà du montant, les pays en développement, dont nombre sont surendettées, insistent pour que l'accord final prévoie que l'argent des pays riches soit fourni sous forme de dons plutôt que de prêts.
Newsletter
Climat & environnement
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.
D'autres pays appelés à mettre au pot
Les États-Unis ne veulent pas dévoiler combien ils s'engageraient à mettre au pot commun tant qu'ils ne sauront pas qui contribuerait et si l'argent du secteur privé serait pris en compte, ont expliqué lundi des responsables américains. Tout ne pourra pas venir des pays riches, a appuyé le commissaire européen chargé des négociations sur le climat à la COP29, Wopke Hoekstra. « D'autres ont la responsabilité de contribuer » à mesure de leur richesse et de leurs poids dans les émissions de gaz à effet de serre, a-t-il souligné.
Une allusion directe à la Chine. L'Europe espère qu'un tel pays mettra au pot volontairement. Le Vieux continent et les États-Unis sont eux obligés de contribuer en vertu de leur responsabilité de pollueurs historiques. Mais ils estiment qu'aussi bien la Chine, la Corée du Sud, Singapour et des pays du Golfe doivent participer de manière plus précise et transparente. À Bakou, Pékin n'est pas perçue comme hostile à ce sujet, au contraire, et les échanges UE-Chine sont décrits comme productifs.
Lors de cette COP29 se joue aussi l'héritage de la précédente, qui s'est tenue l'année dernière à Dubaï. Et où un appel avait été lancé à un abandon progressif des énergies fossiles. À ce sujet, 25 pays se sont engagés ce mercredi à ne plus ouvrir de centrale au charbon. Sans pour autant renoncer à l'extraction ni à l'exportation de charbon. Concrètement, ils s'engagent à ce que leurs prochains plans climatiques ne comprennent aucune nouvelle centrale au charbon sans captage de CO2.
Le Royaume-Uni, qui vient de fermer sa dernière centrale au charbon, le Canada, la France, l'Allemagne et l'Australie ont signé cet appel volontaire à Bakou. La présence de l'Australie a été saluée par les ONG environnementales. Car le pays dépend fortement du charbon et le gouvernement travailliste, au pouvoir depuis 2022, s'affiche volontaire pour s'en sevrer.
L'Angola, l'Ouganda et l'Éthiopie figurent parmi les autres signataires de cet engagement développé avec l'alliance « Powering Past Coal ». En revanche, la Chine, l'Inde et les États-Unis n'y sont pas. Or, ils font partie des pays les plus consommateurs au monde de ce combustible qui, lorsqu'il est brûlé, rejette plus de CO2 dans l'atmosphère que le pétrole et le gaz.