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ClimatEnergie & Environnement

Gaz : pourquoi l'Europe a laissé ses stocks se vider cet hiver

Photo de Agathe Perrier

Agathe Perrier

Publié le 19 mars 2025 à 12:06 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:28

Alors que les prix moyens du gaz étaient redescendus à 34 euros du mégawattheure (MWh) sur les marchés de gros en 2024, ils sont attendus autour de 45 euros du MWh cette année.

Alors que les prix moyens du gaz étaient redescendus à 34 euros du mégawattheure (MWh) sur les marchés de gros en 2024, ils sont attendus autour de 45 euros du MWh cette année.

Nigel Roddis

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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INFOGRAPHIE. Remplis à seulement un peu plus d'un tiers, les stocks de gaz européens sont presque dans le rouge. S'ils devraient suffire pour couvrir les besoins jusqu'à la fin de l'hiver, des inquiétudes portent déjà sur l'été, lorsqu'il va falloir faire le plein.

En cette fin d'hiver 2024-2025, les réserves de gaz sont très basses dans l'Union européenne. Au 16 mars, les stocks n'étaient plus remplis qu'à 34 %, contre 60 % en 2024 à la même époque, selon les chiffres de la Commission européenne.

Or, cette énergie est essentielle pour la sécurité énergétique du Vieux Continent puisque les réserves couvrent 30 % de la consommation hivernale gazière de l'UE, indique Bruxelles. Pas de quoi s'inquiéter néanmoins : « Il reste une marge suffisante pour couvrir les besoins jusqu'à la fin de la saison froide », assure le Conseil européen.

Froid et faible production éolienne et solaire

Ce faible niveau s'explique par une hausse de la consommation du gaz cet hiver en Europe. D'une part, car les températures ont été plus basses que les années précédentes. La demande de gaz pour faire tourner les centrales électriques a aussi été dopée par une production solaire et éolienne en berne, notamment en Allemagne et en France. Enfin, il y a eu moins d'importations russes en raison de l'arrêt du transit de gaz russe en Ukraine depuis fin 2024 - il ne représentait toutefois que 5 % du volume consommé en Europe.

Les opérateurs auraient pu compenser cette augmentation de la demande en important davantage, mais ils ont préféré puiser dans les réserves. Ce, à cause de la hausse des prix du gaz enregistrée depuis fin 2024.

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Gaz : pourquoi le marché se crispe en Europe

La situation ne devrait d'ailleurs pas s'améliorer. Alors que les prix moyens du gaz étaient redescendus à 34 euros du mégawattheure (MWh) sur les marchés de gros en 2024, ils sont attendus autour de 45 euros du MWh cette année. Soit un niveau presque deux fois plus élevé qu'avant 2022 et la crise énergétique liée à l'invasion russe en Ukraine. Le gestionnaire français du réseau de transport de gaz, NaTran, anticipe toutefois qu'ils redescendront à 27 euros du MWh grâce à une offre plus abondante... mais seulement en 2028.

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Course au ravitaillement

Reste que les Vingt-Sept vont bien devoir reconstituer leurs stocks. Depuis la guerre en Ukraine, l'UE impose un objectif de remplissage des réserves à 90 % au 1er novembre, ou au plus tard au 1er décembre, avec des paliers intermédiaires (lire encadré ci-dessous). Le plein se fait en général, ou du moins commence, dès l'été. La période estivale 2025 pourrait donc être marquée par une course au gaz pour ravitailler les stocks avant l'hiver, estime l'AIE. Car, compte tenu de leur niveau plus bas que les années précédentes, il faudra « des arrivées de gaz beaucoup plus importantes (...) ce qui augmentera l'appel de l'Europe aux marchés mondiaux du GNL [gaz naturel liquéfié] », souligne l'agence.

L'UE s'est massivement tournée vers ce gaz liquide depuis la guerre en Ukraine pour compenser la baisse des importations de gaz russe. Or, le GNL s'avère coûteux et très convoité partout dans le monde. Pour ne rien arranger, la politique du président américain Donald Trump, complique encore un peu plus ce cercle vicieux : « Si demain, les États-Unis réduisent leurs exportations de GNL vers l'Europe pour privilégier le marché national, cela aggravera encore le problème », indiquait récemment l'économiste Jacques Percebois, spécialiste des marchés de l'énergie, dans une interview à La Tribune.

A LIRE AUSSI

La France devient le plus gros importateur européen de GNL russe

Appel à la sobriété

L'AIE estime toutefois que la croissance de l'offre mondiale de GNL devrait s'accélérer cette année, passant de +1,5 % en 2024 à +5 % en 2025. Reste que cette progression compensera seulement en partie l'arrêt du transit de gaz russe par l'Ukraine, souligne-t-elle. Le marché du gaz restera donc tendu en 2025.

Les Européens ne doivent d'ailleurs pas compter uniquement sur cette « énorme vague » de GNL - selon l'AIE -, venue notamment des États-Unis et du Qatar, prévient l'AIE. Ils devront encore fournir des efforts de sobriété et d'efficacité énergétique, diversifier leurs approvisionnements en gaz, et multiplier les sources de flexibilité des réseaux électriques (aujourd'hui assurée par les centrales à gaz), liste l'agence. L'année débute à peine que les défis sont déjà nombreux.

À lire également

  • Gaz : la consommation au plus bas en France, comme le niveau des stocks
  • Gaz : une consommation record en 2024, des tensions attendues en 2025
  • Décarbonation du gaz : cette nouvelle réglementation qui sème la zizanie dans la filière

Les obligations de stockage prolongées ?

Suite au boom des prix de l'énergie avec l'invasion russe en Ukraine, l'UE a adopté en juin 2022 un règlement sur le stockage de gaz. C'est ce texte qui impose l'objectif de remplissage des réserves à 90 % au 1er novembre. Ces règles doivent normalement prendre fin au 31 décembre 2025, mais Bruxelles a proposé début mars de les prolonger de deux ans supplémentaires.

« Le stockage de gaz a protégé les citoyens de l'UE contre le risque de ruptures d'approvisionnement. C'est pourquoi il est essentiel que nous continuions à utiliser cet outil », a justifié le commissaire à l'énergie et au logement, Dan Jørgensen.

Cette proposition sera prochainement examinée par le Parlement européen et le Conseil européen, qui décideront, ou non, de lui donner suite.

Agathe Perrier

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