Le G20 sous pression pour trouver 1.000 milliards de dollars d'aides climatiques
latribune.fr
Les membres du G20 (19 pays, ainsi que l'Union européenne et l'Union africaine) représentent 85% du PIB mondial et 80% des émissions de gaz à effet de serre. (photo d'illustration)
Les dirigeants du G20 se retrouvent ce lundi à Rio de Janeiro pour un sommet tendu alors que les difficiles négociations reprennent dans le même temps à la COP29.
[Article publié le lundi 18 novembre 2024 à 08h22 et mis à jour à 13h57] Les pays reprennent ce lundi leurs négociations à la conférence sur le climat de l'ONU à Bakou. Mais le déblocage pourrait venir des dirigeants des 20 plus grandes puissances qui se réunissent à Rio également aujourd'hui. Les chefs d'Etat et des gouvernements des plus grandes économies avancées et émergentes, parmi lesquels les présidents des deux superpuissances, l'Américain Joe Biden et le Chinois Xi Jinping, doivent tenter d'avancer sur la question du financement climatique.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé dimanche les dirigeants du G20 à assumer leur « leadership » et à faire « des compromis » pour permettre « un résultat positif à la COP29 », où les négociations sur le sujet piétinent depuis une semaine. Pour rappel, les membres du G20 (19 pays, ainsi que l'Union européenne et l'Union africaine) représentent 85% du PIB mondial et 80% des émissions de gaz à effet de serre.
« Sans réduction rapide des émissions, aucune économie du G20 ne sera épargnée par le carnage économique lié au climat », a lancé de son côté, ce week-end, le chef de l'ONU Climat, Simon Stiell.
Financer les pays en développement
L'objectif est d'inscrire dans le marbre onusien comment financer de l'ordre de 1.000 milliards de dollars par an d'aides climatiques à destination des pays en développement. Cet argent permet de construire des centrales solaires, d'investir dans l'irrigation ou de protéger les villes contre les inondations.
L'Union européenne est le premier contributeur mondial, mais en période d'austérité, elle est peu encline à augmenter ses budgets internationaux. Signe qu'une solution est envisagée à Rio lundi et mardi, le chef de la délégation brésilienne à la COP29, André Aranha Corrêa do Lago, est reparti de Bakou pour préparer le G20.
Le chiffre de 1.000 milliards d'aides annuelles pour les pays en développement d'ici 2030 est l'estimation du besoin par des économistes réputés, mandatés par l'ONU, Nicholas Stern et Amar Bhattacharya. Mais tout n'est pas censé venir des pays riches, et c'est tout le problème. Seuls les pays développés sont, selon les textes de l'ONU, obligés d'aider.
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Mais l'Europe veut un signal des pays émergents comme la Chine qu'ils participeront, volontairement. Pékin n'est pas perçu ici comme hostile, au contraire. Une réunion entre responsables chinois et européens à Bakou a été une lueur d'espoir dans une semaine morne.
Le commissaire européen chargé des négociations sur le climat à la COP29, Wopke Hoekstra, a déclaré également ce lundi que l'Union européenne continuerait à montrer la voie sur la finance climatique vers les pays en développement, mais souligné que cela ne suffirait pas. « Nous continuerons à montrer la voie, et à accomplir notre juste part et même davantage », a déclaré Wopke Hoekstra, de retour à Bakou pour les cinq derniers jours de la conférence de l'ONU.
Multiples divergences
Par ailleurs, la réélection de Donald Trump et le retrait de la maigre délégation argentine font craindre un retrait des Etats-Unis et de l'Argentine de l'accord de Paris, le moteur diplomatique pour la réduction des gaz à effet de serre.
Buenos Aires a soulevé certaines objections et ne signera pas « nécessairement » le texte, a dit à l'AFP le chef de la délégation argentine, Federico Pinedo, sans entrer dans les détails. Même si le président argentin, Javier Milei, n'a « pas confirmé » ses intentions à Emmanuel Macron, dimanche à Buenos Aires, selon le Français.
La finance n'est pas le seul point de discorde. Un participant note « une sorte de retour de bâton » de la COP28, qui a arraché l'an dernier un appel à l'abandon progressif des énergies fossiles. Des pays menés par le groupe arabe et celui comprenant l'Inde et la Chine refusent de s'engager davantage sur la réduction des émissions tant que les négociations financières n'avancent pas.
Le président brésilien de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, hôte du sommet du G20, espère marquer de son côté des points sur des dossiers sociaux. Lui qui se pose en champion du « Sud global » et des plus défavorisés. Lula compte frapper un grand coup avec le lancement ce lundi matin d'une Alliance globale contre la faim et la pauvreté. Lula pousse aussi en faveur d'une taxation des plus riches. Les ministres des Finances du G20 s'étaient engagés à « coopérer » sur le sujet à Rio en juillet et à Washington en octobre.
La crainte d'un retour de Trump
L'ombre de Donald Trump, qui revient à la Maison Blanche en janvier, va également planer sur la réunion de Rio. Le retour au pouvoir du républicain, partisan des énergies fossiles et pourfendeur du multilatéralisme, alimente les craintes d'affaiblissement des ambitions mondiales de lutte contre le réchauffement climatique et d'une fragmentation internationale encore plus grande.
Le président américain sortant Joe Biden a envoyé à son successeur un message en faveur de la protection de l'environnement, dimanche lors d'une étape en Amazonie brésilienne. Depuis le cœur de la forêt tropicale à Manaus, il a défendu son bilan en matière de lutte contre le réchauffement climatique, selon lui une « menace existentielle » pour l'humanité.
«Nous entrons sans aucun doute dans un scénario mondial beaucoup plus imprévisible, mais aussi avec beaucoup plus d'espace pour les pays du Sud, pour la Chine, etc., pour articuler leurs propres visions, parce que l'ancien ordre est sur le point de s'effondrer», a souligné Oliver Stuenkel, professeur en relations internationales à la Fondation Getulio Vargas (FGV) de Sao Paulo.
Xi Jinping, arrivé dimanche à Rio en provenance de Lima où il a participé à un sommet Asie-Pacifique comme Joe Biden, doit d'ailleurs multiplier les réunions bilatérales.