Les Suisses disent non à une économie sous contraintes environnementales
latribune.fr
Jugé trop contraignant pour l'économie et le mode de vie du pays, le projet des écologistes n'a pas convaincu les Suisses.
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Les Suisses ont largement rejeté, dimanche, une initiative écologiste visant à inscrire dans la Constitution le respect des limites naturelles de la planète. Jugé trop contraignant pour l'économie et le mode de vie du pays, le projet n'a pas convaincu.
En Suisse, le référendum « pour une économie responsable dans les limites de la planète » a été rejeté par 69,84 % des votants, selon les résultats provisoires des autorités fédérales publiés sur l'application VoteInfo. La participation a atteint près de 38 %, et le non l'a emporté dans l'ensemble des 26 cantons du pays.
Le texte visait à inscrire dans la Constitution helvétique le respect des limites planétaires, définies scientifiquement, afin d'encadrer la consommation des ressources et la production de polluants dans des proportions durables.
« Ce non n'est certainement pas un non à la protection de l'environnement », a néanmoins commenté le conseiller fédéral en charge de l'environnement, Albert Rösti, lors d'un point de presse. « C'était un non à une vie radicalement différente de celle que nous menons aujourd'hui en Suisse. »
Le gouvernement fédéral, les partis conservateurs et les milieux économiques s'étaient fermement opposés à cette initiative, estimant qu'elle mettait en péril l'économie et que les plans actuels de lutte contre le changement climatique étaient suffisants.
Avant le scrutin, l'UDC, la droite radicale et premier parti du pays, n'avait d'ailleurs pas mâché ses mots. « En résumé, nous détruirions la prospérité de la Suisse, avec un niveau économique similaire à des pays comme l'Afghanistan, Haïti ou Madagascar », avait osé déclarer Nicolas Kolly, élu UDC, pour discréditer le projet.
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Une campagne sous tension
Les écologistes dénoncent, eux, une campagne de l'opposition reposant sur la peur et le refus du changement. « Il y a eu une campagne des opposants réfractaires à tout changement », a regretté Margot Chauderna, coprésidente des Jeunes Vert-e-x-s, formation à l'origine de l'initiative, sur la chaîne RTS.
« L'objectif est d'aboutir en une décennie à une économie et une société où la quantité de ressources consommées et celle des polluants rejetés restent dans des proportions supportables par l'environnement », expliquait Greenpeace, favorable au oui, dans un communiqué. Si la défaite est claire, la coalition du oui voit un point positif dans cette campagne : avoir permis de faire connaître au grand public le concept de limites planétaires comme outil de lutte contre les crises environnementales.
Un changement trop radical pour les Suisses
Les commentateurs suisses ne sont guère surpris par ce rejet massif. « Les Suisses ne veulent pas adapter drastiquement leur mode de vie pour prendre soin de la planète », analyse le quotidien Tages-Anzeiger, qui estime que « c'est compréhensible ».
« L'initiative demandait la protection de l'environnement aux forceps », poursuit le journal germanophone, soulignant qu'en cas de victoire du oui, la Suisse aurait dû réduire drastiquement sa consommation en dix ans, ce qui « aurait nécessité des coupes sévères dans l'économie ». Le journal francophone La Liberté partage ce constat, estimant que le projet était trop exigeant pour les citoyens. « La mise en œuvre du texte des Jeunes Verts signifiait une remise en cause radicale du mode de vie de la population helvétique, à laquelle elle n'est pas prête à consentir. »